Traditionnellement, la future mère accouche à la maison, parfois chez sa mère ou dans sa belle-famille. Dans certaines sociétés, soucieuses d’écarter la souillure féminine, il existait un lieu réservé à la naissance et aux femmes ayant leurs règles.
La médicalisation a rendu quasi obligatoire l’accouchement en maternité ou au dispensaire Quand on le peut, on choisit surtout un médecin, ou une sage-femme… et on les suit là où ils exercent.
Mais l’accouchement peut aussi avoir lieu dans l’urgence, sur le chemin du marché ou sur la route de l’exode ; dans une ambulance ou sous le feu des armes.
| À l’hôpital | Au dispensaire |
![]() Une salle de travail à l’hôpital Tarnier, Paris, 1936
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![]() Somalie, 2002
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À la maison comme à l’hôpital, la femme accouche dans un lieu clos et protégé, où seules certaines personnes sont admises. D’une culture à l’autre, on retrouve le souci de marquer et de purifier l’espace d’accouchement.
Au Maghreb, jeter du sel et du henné aux quatre coins de la pièce éloigne les génies malfaisants. Un encens réputé bénéfique brûle dans un braséro près de la porte.
À l’hôpital, l’usage de produits désinfectants à l’odeur hygiénique caractéristique, le port de vêtements stériles et de gants protègent de la contamination et des microbes.
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Dans le braséro, sont brûlés gomme de férule, poudre d’alun, graine de Harmel et gros sel. Cet encens est réputé bénéfique : il purifie l’espace, les objets et les corps et protège des dangers invisibles. |
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Les odeurs nous renseignent. Celle de l’hôpital indique qu’on veille ici constamment à empêcher la souillure et les microbes de s’installer. Dans l’histoire des hôpitaux l’odeur a plusieurs fois changé, mais la signification reste la même. |

Le trio traditionnel
de l’accouchement
Eucharius Rösslin,
1513
C’est une femme mûre, expérimentée, toujours disponible. Connue dans le village ou le quartier, elle a vu naître bien des jeunes mères et connaît tous les secrets. C’est la matrone, la « bonne mère ». On l’appelle même pour laver les morts. Pas un métier, une vocation ; un service que l’on rend pour aider et pour vivre.
Au 18ème siècle, afin d’enrayer une terrible mortalité péri-natale, Madame du Coudray, maîtresse sage-femme, parcourt la France pour former des accoucheuses. Ses élèves sont d’anciennes matrones et, fait nouveau, des jeunes filles. En 25 ans d’itinérance, elle en forme 5 000.
Au début du 20ème siècle, les autorités coloniales créent des cours d’élèves sage-femmes en Afrique et en Indochine. pour lutter contre la mortalité et éduquer les mères selon les normes occidentales. Jeunes, célibataires et sans enfants, elles vont imposer des pratiques d’hygiène, lutter contre les maladies vénériennes, le tétanos ombilical, les avortements ; accoucher les femmes à domicile ou au dispensaire ; éduquer les matrones traditionnelles dont les pratiques inquiètent les autorités.
Pourtant, face à la mère, quelque chose, à travers le temps est resté, de la matrone à la sage-femme, qui rassurent la mère et accueillent l’enfant.

Sage-femme libérale à domicile
Pays-Bas, 1994
Dans les grandes maternités hospitalières, où se font plus de 3 000 accouchements par an, une même sage-femme est rarement en mesure d’accompagner une naissance du début à la fin. La législation lui impose des tranches de 12 heures et, cette durée écoulée, travail en cours ou pas, elle passe le relais.
Pour la « libérale » qui se déplace à domicile les contraintes sont autres : liberté d’action mais pas de sécurité d’emploi ; accompagnement global mais responsabilité à assumer seule, sans le soutien et l’émulation d’une équipe pluridisciplinaire.
Il reste qu’une sage-femme et une mère ont besoin de faire connaissance, de partager savoirs et émotions afin de pouvoir nourrir l’essentiel : le lien de confiance.