

G. Jugie / IPEV
La recherche scientifique repose sur la mise en réseau des observations et des résultats entre les pays impliqués. Les conditions extrêmes rendent d’autant plus nécessaire cette collaboration. Grâce à la dynamique impulsée par les quatre Années polaires internationales (1882-1883, 1932-1933 1957-1958, 2007-2008), les travaux scientifiques ont réussi à dépasser les convoitises économiques et des conflits politiques.
Réserve dédiée à la paix et à la science
En Antarctique, 37 bases scientifiques représentant 20 nations sont implantées de façon permanente. Cas unique dans l’histoire, le continent antarctique est un territoire international protégé jusqu’en 2041 par le Traité sur l’Antarctique, signé en 1959, et par le Protocole de Madrid, signé en 1991. Toute forme de revendication territoriale est gelée, et l’exploitation des ressources énergétiques, les activités militaires, les essais nucléaires et le dépôt de matières dangereuses sont interdits. Mais qu’adviendra-t-il après 2041 ?
Un océan convoité
Si le pôle Nord, au centre d’un océan, ne peut être revendiqué par aucun état, ce n’est pas le cas des eaux les plus proches des rivages. L’Arctique est une région très convoitée pour ses nombreuses ressources énergétiques, malgré la convention de Montego Bay, en 1982, entre le Canada et la Russie, considérant l’océan Arctique comme une zone spéciale.
Pour la recherche, les bases permanentes sont regroupées sur l’archipel de Svalbard au nord de la Norvège. Depuis le Traité de Paris, en 1920, cette région bénéficie d’un statut particulier, autorisant le libre accès à d’autres pays. À ces bases, s’ajoutent de nombreuses installations temporaires, l’Arctique étant plus simple d’accès que l’Antarctique.
Brise-glace, tracteurs à chenilles, avions… La recherche en milieu polaire nécessite des moyens logistiques et techniques de pointe très spécifiques. Il s’agit aussi bien d’acheminer les personnels, les éléments d’infrastructure, le matériel de mesure, que le carburant et les vivres nécessaires aux campagnes de terrain. Sans compter la construction et la maintenance des bases et des équipements. Mais leur complexité, leur lourdeur et leur coût impliquent une étroite concertation internationale et, sur place, une bonne coordination entre les techniciens, les ingénieurs et les chercheurs. Pour la France, c’est l’Institut polaire français Paul-Émile Victor (Ipev) qui coordonne les programmes scientifiques et assure le soutien logistique et technique de la recherche. L’Ipev met aussi en œuvre des campagnes océanographiques au moyen des navires Astrolabe et Marion Dufresne.
Paul-Émile Victor
C’est sous l’impulsion de l’ethnologue et explorateur Paul-Émile Victor (1907-1995) que la France s’engage dans l’exploration moderne des régions polaires, par la création en 1947 des Expéditions Polaires Françaises. Ici, Paul-Émile Victor, sur le bateau Fjelberg, campagne d’été 1949 au Groenland.
Une chenille dans « l’enfer blanc »
Raid composé de tracteurs et de traîneaux organisé chaque été austral pour ravitailler la base franco-italienne Concordia à l’intérieur du continent antarctique. À une vitesse de 10 km/h environ, l’aller-retour depuis la base française Dumont d’Urville à 1 100 km sur la côte prend 20 à 25 jours.