Evénements

XVIIe Conférence des Ambassadeurs (26-28 août 2009)

Discours prononcé par Ministre des Affaires Étrangères, Celso Amorim (27 août 2009)

"Agir pour une meilleure gouvernance mondiale"

Monsieur le Ministre des Affaires étrangères de la France, mon ami Bernard Kouchner,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

C`est une grande satisfaction d`être reçu au Quai d`Orsay et de m`adresser aux ambassadeurs français.

J`aimerais me concentrer sur trois thèmes, en réalité entrecroisés : les concepts qui orientent l`action diplomatique du gouvernement du président Lula ; l`exceptionnalité du moment que traversent nos relations bilatérales ; et le rôle que le Brésil et la France peuvent jouer ensemble dans la réforme du système de gouvernance mondiale.

La politique extérieure du gouvernement du président Lula est orientée, à la fois, vers la défense de l`intérêt national et vers la construction d`un ordre international plus juste et plus démocratique. En même temps, le gouvernement Lula a fait de l`exercice de la solidarité par rapport à d`autres pays en développement un élément central de notre diplomatie. Cela n`est pas le résultat exclusif d`une attitude généreuse ou prétendument altruiste. Cela correspond aux intérêts du pays à long terme.

Le principe de non intervention a toujours régi la politique extérieure du Brésil. Mais ce principe doit être nuancé par la « non indifférence » ; c`est-à-dire la disposition à collaborer, par des moyens légitimes, avec d`autres pays qui se trouvent dans des situations particulièrement difficiles.

La présence brésilienne dans l`opération de paix de
l`ONU en Haïti en est un exemple. Le Brésil a contribué à la stabilisation des conditions de sécurité, pour la consolidation des institutions d`Etat et pour la promotion du développement dans ce pays des Caraïbes.

Une autre dimension de la politique extérieure brésilienne est la disposition à s`engager activement dans la construction des normes qui régissent les relations internationales. Notre diplomatie prétend contribuer à la conformation de l`ordre international dans une perspective multilatérale et humaniste, fondée sur la paix, la démocratie, les droits de l`Homme et la promotion du développement à l`échelle mondiale. À cette fin, il ne suffit pas de réagir aux événements internationaux. Il est nécessaire d`être proactif et créatif.

La constitution du G20 de l`Organisation Mondiale du Commerce (ne pas confondre avec le G20 financier), composé de pays en développement, en faveur de la libéralisation agricole dans le cadre du cycle de Doha, est un exemple de cette position non-conformiste. La création de l`Union des nations sud-américaines (Unasul), qui cherche à donner corps à l`intégration sud-américaine sur des bases juridiques, a été, dans une large mesure, dûe à l`initiative brésilienne. La convocation du Sommet de l`Amérique Latine et des Caraïbes (CALC), sur la côte du Sauípe, à Bahia, en décembre de l`année dernière, a représenté une avancée dans le processus d`intégration régionale. C`est la première fois que tous les pays latino-américains et caribéens - et seulement eux - se sont réunis au niveau de Chefs d`Etat.

Le Brésil a cherché à suivre une perspective universaliste dans sa politique extérieure. Nous avons des intérêts et des responsabilités sur tous les continents et nous ne jalonnons pas notre action extérieure aux choix ou préjugés idéologiques.

La pratique d`une diplomatie "tous azimuts" se caractérise par le dialogue avec des pays opposés dans un même conflit ; avec des pays où sont en place des régimes politiques différents du nôtre ; et avec des pays avec lesquels nous ne sommes pas d`accord sur différents points de l`agenda international. Aucun pays ne peut se donner le luxe d`entretenir des relations uniquement avec des pays avec lesquels il n`y a que des affinités, sous peine de perdre des opportunités de dialogue et de coopération, au bénéfice de causes communes. Aux constructions géopolitiques hermétiques, nous préférons un « engagement constructif » sur les questions internationales. Car il n`y a pas de sujet international qui nous soit étranger.

La concrétisation d`un agenda international à caractère universel s`est manifestée surtout par le rapprochement vis-à-vis d`autres pays en développement en Afrique, en Asie et au Moyen Orient.

Aujourd`hui, le Brésil exporte plus vers les pays en développement que vers les pays riches, contrariant une tendance historique. Ce renversement est le résultat de la diversification des partenariats commerciaux, qui a aidé à réduire l`impact de la crise financière internationale sur l`économie brésilienne.

Au moyen de mécanismes de concertation interrégionale, comme le Sommet Amérique du Sud-Pays arabes (ASPA) et le Sommet Amérique du Sud-Afrique (ASA), nous avons exploré de nouvelles frontières diplomatiques, commerciales et culturelles, pas seulement au bénéfice du Brésil mais aussi de tout le continent sud-américain.

Le Forum Inde-Brésil-Afrique du Sud a répondu à la volonté de trois grandes démocraties, pluriculturelles et multiraciales de trois régions différentes du monde en développement, de créer un mécanisme de dialogue et de concertation politique. Au moyen d`un fonds conçu pour financer des projets de développement, l`IBAS s`est impliqué dans la réduction de la pauvreté. Des projets du Fonds trilatéral ont déjà fait bénéficier les populations d`Haïti, du Cap Vert, de Guinée-Bissau et de la Palestine. Bientôt, le Burundi, le Laos, le Botswana et le Timor-Leste pourront également recevoir l`aide du fonds. Les projets du fonds IBAS sont un exemple de coopération entre des pays en développement et des pays plus faibles économiquement.

La coopération sud-sud est un aspect fondamental de la politique extérieure brésilienne. La construction d`un ordre international plus démocratique n`est pas seulement le fruit d`une motivation d`ordre moral. Le Brésil a intérêt à ce que les relations internationales reposent sur des règles équitables. Il est nécessaire de traduire les changements structuraux qui ont lieu dans les relations internationales contemporaines en transformations institutionnelles. C`est là, je pense, une vision partagée par le Brésil et la France.

Mesdames et Messieurs,

Tout cet accent mis sur la coopération sud-sud ne s`est pas fait au détriment de nos relations avec d`autres pays. Nous avons construit un partenariat stratégique avec l`Union européenne. Nous entretenons des relations étroites avec les Etats-Unis. Nous avons approfondi notre relation traditionnelle avec le Japon.

Les relations Brésil-France vivent une période d`expansion remarquable. Il existe entre nous un vaste réseau d`intérêts et de points de vue communs. Les présidents Lula et Sarkozy se rencontrent fréquemment. Le président Lula a effectué une visite à Paris en juillet dernier et le président Sarkozy reviendra au Brésil dans les jours prochains, en qualité d`invité d`honneur lors des commémorations de notre indépendance.

Le partenariat stratégique Brésil-France, dont le plan d`action a été signé en décembre de l`année dernière, prévoit la mise en place de projets dans plusieurs domaines, comme les sciences et technologies, la défense, l`énergie, l`environnement, l`économie, les migrations, l`éducation et la coopération avec des pays tiers.

Le Brésil et la France partagent presque 700 kilomètres de frontières, la plus grande limite terrestre française. En février 2008, les présidents Lula et Sarkozy se sont rencontrés à Oiapoque (entre la Guyane française et l`état brésilien de l`Amapá), avec l`objectif d`intensifier la coopération transfrontalière entre nos pays. Le président Sarkozy a affirmé que le développement de la Guyane française passe par le Brésil. C`est dans ce contexte que s`insère la construction du pont sur le fleuve Oyapock, dont le chantier devra être achevé en 2010.

Les deux présidents ont pris la décision de créer un centre franco-brésilien de biodiversité, dont l`objectif est d`assurer la conservation, l`exploitation durable des ressources naturelles et le partage juste et équitable des bénéfices issus de l`utilisation des ressources génétiques.

Les initiatives dans le cadre de la défense, qui reposent sur l`engagement de transfert de technologie et qui ont des volets technique, opérationnel et de formation, constituent un élément très important du partenariat stratégique.

Nos relations économiques s`épanouissent. Le commerce bilatéral a fortement progressé durant ces dernières années. La France a été, l`an passé, la sixième source d`investissements directs au Brésil.

Le Brésil et la France ont un potentiel pour devenir de grands partenaires dans la coopération technique trilatérale. Avec le Mozambique, nous avons déjà formé des techniciens en agriculture. Avec les Camerounais, nous sommes prêts à rendre viable le projet de soutien à l`aquaculture. En Haïti - le pays le plus pauvre des Amériques -, nous travaillons pour créer une banque de lait à l`intérieur du pays, visant à améliorer la santé maternelle et infantile de la population.

Le rapprochement avec l`Afrique est une priorité de la politique extérieure brésilienne. Le président Lula a déjà effectué dix voyages sur ce continent depuis qu`il a été investi. Il a visité plus de vingt pays. Peu d`autres leaders non africains - ou même africains - auront un tel historique. En tant qu`invité spécial du Sommet de l`Union Africaine, à Syrte, en juillet, le président Lula a réitéré son engagement en faveur de la coopération solidaire en Afrique.

Plusieurs accords ont été signés avec la Commission Africaine. Nous avons inauguré un bureau de l`Institut brésilien pour la recherche agricole (Embrapa) au Ghana. Nous sommes en train de développer une ferme modèle de coton au Mali. Nous travaillons à l`installation d`une usine de médicaments antirétroviraux au Mozambique.

Le développement de l`Afrique est principalement la responsabilité des Africains eux-mêmes. Mais c`est le devoir des pays qui ont le plus bénéficié de leur souffrance de contribuer à la promotion du développement de ce continent encore si pauvre mais avec un pontentiel si grand. Le Brésil et la France ensemble y peuvent jouer un rôle très important.

Le partenariat entre le Brésil et la France ne se résume pas à la diplomatie, à la politique internationale et aux échanges économiques. Il y a plus qu`une association, il y a une véritable complicité entre nos peuples. La culture française a attiré des générations de Brésiliens, particulièrement dans les arts et les sciences. A son tour, la diversité de la culture brésilienne a éveillé un vif intérêt dans la société et les milieux intellectuels français.

La grande répercussion de l`Année du Brésil en France, en 2005, et de l`Année de la France au Brésil cette année est la preuve de cette intégration.

Mon ami Bernard,

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,

Le renforcement des relations bilatérales entre le Brésil et la France se traduit par une harmonie croissante sur le plan multilatéral. Nos gouvernements partagent le sentiment que le partenariat stratégique doit servir à la recherche de réponses communes aux défis du monde actuel.

Le Brésil et la France ont la même vision quant à la nécessité d`un ordre international plus juste, démocratique et solidaire. Le pouvoir international doit être décentralisé, de façon à limiter les actions arbitraires et unilatérales.

Nous vivons dans un monde toujours plus interdépendant. Les décisions d`un pays - ou d`un ensemble de pays - affectent tous les autres sur des thèmes qui paraissaient auparavant faire partie du domaine exclusif de chaque Etat.

En même temps, on observe une plus grande participation des pays en développement aux relations internationales. La crise actuelle a rendu le processus encore plus visible et, je dirais, irréversible, dans la mesure où elle a révélé que la gouvernance mondiale ne peut pas être le monopole d`un club restreint de puissances.

Il y a quelques semaines, dans cette même ville, j`ai déclaré que le G8 était mort. Je profite de l`opportunité pour expliquer mon raisonnement. Il se peut que ce groupe de pays continue d`exister, de se réunir, de produire des déclarations et de faire des photos de famille. Mais dans la politique, soit interne, soit internationale, une entité ne peut se passer ni de légitimité ni d`efficacité.

Aujourd`hui, ces deux éléments manquent au G8. Au sujet de la légitimité, il y a toujours eu des explorations et des doutes, car le G8 a toujours été un club de riches, sélectif et peu représentatif. Quant à l`efficacité, le groupe ne semble pas en avoir non plus, puisque les grands pays en développement, indispensables au fonctionnement de l`ordre international d`aujourd`hui, n`en font pas partie.

Le groupe pourra, cependant, se redéfinir, dans la mesure où le processus d`incorporation des pays émergents - le G5 (Brésil, Afrique du Sud, Chine, Inde et Mexique), plus l`Egypte et, éventuellement, d`autres pays - se dirige vers la constitution d`un ensemble plus inclusif et diversifié. En effet, l`émergence d’une « nouvelle géographie internationale » a été anticipée par le président Lula dès le commencement de son premier mandat.

Il est nécessaire que ce mouvement en plein processus d`éruption dans le monde réel soit traduit dans les processus décisionnels des institutions internationales. J`ose dire que nous devons « multilatéraliser le multilatéralisme », au moyen d`une réforme des institutions internationales qui prenne en compte le poids des pays en développement dans le nouvel ordre mondial. Un ordre international plus juste sera nécessairement plus légitime et plus efficace.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Le débat sur la gouvernance mondiale a donné une impulsion à l`alliance entre le Brésil et la France. Dans un article conjoint publié le 7 juillet, les présidents Lula et Sarkozy ont appelé la communauté internationale à s`unir en faveur d`une ambitieuse réforme institutionnelle.

L` « Alliance pour le changement » proposée par nos deux présidents souhaite séduire d`autres leaders en faveur d`une gouvernance qui renforce le multilatéralisme tout en se basant sur une structure multipolaire. Comme l`ont déclaré nos présidents, « nous ne pouvons pas nous occuper des problèmes du XXIe siècle avec des institutions datant du XXe siècle. »

Les Nations unies doivent répondre à cet appel. Pour cela, l`organisation doit être réformée. Le pas fondamental devra être la restructuration de son Conseil de Sécurité, qui aujourd`hui n`est ni efficace ni représentatif. Sa légitimité réside actuellement seulement dans son autorité d`origine : la Charte de l`ONU. Pour aller au-delà de la seule légitimité juridique, il faut que l`organe retrouve aussi sa légitimité politique et morale. Cela implique, entre autres, l`incorporation de pays en développement comme membres permanents.

L`ONU ne doit pas, ne peut pas, rester en marge de l`impulsion de la réforme de la gouvernance mondiale. Si les changements en faveur de la réforme du Conseil de Sécurité ne produisent pas de résultats palpables, les pays émergents qui se sentent en condition d`avoir plus d`influence dans les questions internationales ne resteront pas inertes. Ils chercheront d`autres forums, formels ou informels, pour faire valoir leurs aspirations. Le risque d`érosion de l`autorité du Conseil de Sécurité des Nations unies n`est positif pour personne.

La France a coparrainé le projet de résolution présenté par le G4 à l`Assemblée générale. Parmi les membres permanents du Conseil, la France défend fermement son élargissement. Le Brésil remercie les manifestations publiques d`appui du gouvernement français.

Le G20 financier a démontré que la construction de l`architecture financière internationale post-crise ne pourra pas se passer des pays en développement. À Londres, nous avons obtenu des grandes avancées vers la démocratisation de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international par le biais de la redistribution des quotas de chaque institution jusqu`en 2011. Nous savons qu`il y a en Europe des difficultés à ce sujet. Mais nous comptons sur le soutien de la France pour accélérer cette réforme urgente.

Le Brésil et la France sont d`accord quant à la nécessité de refondation du système financier international. Nous souhaitons des mécanismes de supervision, de régulation et de transparence plus solides. De cette façon, il y aura plus d`encouragements pour que les finances soient consacrées à la production et au développement, au détriment de la spéculation et du crime.

La Conférence de Copenhague se présente comme une opportunité prometteuse pour le renforcement du régime international de lutte contre le réchauffement de l`atmosphère. Nous devons créer un système de gouvernance transparent et inclusif, qui soit capable d`assurer une base financière et technologique pour affronter les défis du changement climatique.

Au Sommet de L’Áquila, les plus grandes économies du monde se sont mises d`accord sur le fait que la température mondiale n`augmente pas au dessus de 2ºC par rapport aux niveaux qui prévalaient avant la révolution industrielle. Il nous revient de travailler, dans le cadre plus large de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques, pour la distribution équitable des engagements de réduction, selon le principe des « responsabilités communes et différenciées ». Sans doute, les pays en développement doivent-ils contribuer aux efforts mondiaux pour la diminution des changements climatiques. Le Brésil est bien sûr disposé à prendre des engagements clairs et quantifiables. Mais il est indispensable que les pays riches réduisent effectivement leurs émissions. On ne peut pas s`attendre à ce que l`achat du droit que les pays ont de se développer libérera le monde du réchauffement et des tragédies qui lui sont associées.

Le changement climatique représente un défi grave, qui exige un effort de tous. Bien que les pays agissent dans le cadre de blocs, à l`exemple de la France dans l`Union européenne et du Brésil dans le G77, nous devons travailler ensemble et établir des ponts, de façon à garantir le succès final de la Conférence de Copenhague.

Nos deux pays ont également cherché à s`articuler en faveur d`une meilleure gouvernance globale qui concilie la protection de l`environnement et la promotion du développement. Il y a près de deux ans, le Brésil a organisé, à Rio de Janeiro, une réunion ministérielle sur l`environnement et le développement durable, au cours de laquelle la proposition française de réforme de la gouvernance environnementale a été discutée. Le Brésil pense qu`il peut contribuer à ce que ce thème retrouve la priorité qui lui est due. À cette fin, il est disposé à siéger, en 2012, une grande conférence qui évaluera des actions et esquissera des lignes pour l`avenir : la Rio + 20.

La réduction de la faim et des inégalités aura comme résultat un futur plus prospère et plus pacifique pour tous. Les gouvernements du Brésil et de la France se sont employés à renforcer l`initiative de l`Action mondiale contre la faim et la pauvreté et à développer des mécanismes financiers innovateurs. La création de l`Unitaid est l`un des résultats de cette initiative. Plus de 90 pays pauvres, surtout en Afrique, bénéficient de l`achat, pour près de la moitié du prix, de médicaments contre le VIH/SIDA, le paludisme et la tuberculose. C`est une tâche inachevée qui doit avoir une suite.

Le Brésil et la France sont des acteurs fondamentaux dans le processus de reprise de l`accord Mercosul-Union européenne, dont l`importance est soulignée par l`impasse dans les négociations du cycle de Doha. L`Union européenne est déjà le plus grand partenaire commercial et investisseur dans le Mercosul. Le flux commercial bi-régional a dépassé les 108 milliards de dollars l`année dernière. Des investissements productifs ont augmenté dans la même proportion. Je suis convaincu que nous sommes face à une opportunité unique pour avancer dans les négociations.

En acceptant le défi de libéraliser le commerce entre nos régions, nous montrerons au monde notre aversion pour les tentations protectionnistes. Un plus grand rapprochement entre l`Amérique du Sud et l`Europe aura aussi d`importantes implications géopolitiques, y compris dans le renforcement de l`engagement en faveur de la démocratie.

Dans la mesure où les deux parties seront à même de montrer une attitude pragmatique, sans abandonner leurs objectifs centraux, nous pourrons conclure rapidement les négociations. Au-delà des mérites intrinsèques à l`accord, sa signature sera un signal puissant pour que les autres pays perçoivent l`importance de la conclusion du cycle de Doha.

Le Brésil continue d`attribuer une grande importance à la conclusion du cycle. Outre son objectif central, de réduire les distorsions dans le commerce de produits agricoles au bénéfice des pays en développement, l`aboutissement des négotiations sera un élément important dans la quête d`une récupération économique durable.

Mesdames et Messieurs,

Avant de conclure, je souhaite faire un bref commentaire sur la situation de l`Amérique du Sud. J`accompagnerai le président Lula, demain, à la Conférence extraordinaire de l`Unasul, à Bariloche, en Argentine, qui abordera, entre autres thèmes, la question des bases nord-américaines en Colombie.

Bien sûr, le Brésil respecte le droit souverain de la Colombie de signer les accords internationaux qu`elle juge pertinents afin de préserver l`ordre dans son pays. Toujours est-il que la présence de bases étrangères en Amérique du Sud éveille des sensibilités de nature politique - et même psychologique -, qui doivent aussi être prises en compte.

Tout arrangement de ce type - qu`on l`appelle bases, installations ou simplement « présence » - exige la transparence, voire des garanties légales quant à l`emploi du personnel et des équipements étrangers.

D`autre part, le renforcement du dialogue franc et ouvert entre tous les pays est essentiel pour rétablir la confiance, surtout dans les cas où les relations sont déjà détériorées.

Je tiens à souligner l`importance de l`Unasul comme forum de dialogue à la disposition des pays de l`Amérique du Sud. Beaucoup de critiques se sont empressés de signaler des points de friction entre les pays de la région. Ils en ont conclu que ces divergences constituent un échec prématuré de l`organisation sud-américaine. Mais l`existence d`un forum permanent de dialogue contribue justement à l`atténuation des tensions et à éviter la prise des positions irréconciliables. La rencontre de demain au niveau présidentiel, à Bariloche, offre une opportunité pour que les différends entre les pays de la région soient résolus de façon coopérative et pacifique.

La grande mobilisation diplomatique en faveur de la reprise du dialogue entre l`Equateur et la Colombie après les événements du 1er mars de l`année dernière est un exemple éloquent de la manière dont les forums régionaux - dans ce cas, le Groupe de Rio - peuvent être utiles. Durant la récente crise en Bolivie, l`action de l`Unasul a été décisive pour la pacification politique dans ce pays.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Les transformations structurelles par lesquelles passe le monde sont les prémisses de la reconfiguration du système international sur des bases plus démocratiques et moins asymétriques.

Nous avons la possibilité de laisser derrière nous le clivage nord-sud en faveur d`un nouveau pacte pour la promotion de valeurs humanistes à l`échelle mondiale.

Le Brésil et la France, représentants de ce qu`on a convenu d`appeler respectivement le Sud et le Nord, se sont engagés à contribuer à cette transformation.

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