Discours de Mme LOISEAU - Inauguration du bâtiment Havel - Strasbourg (5 juillet 2017)

Madame Havlová [veuve de V. Havel],
Monsieur le Président du Parlement européen, cher Antonio Tajani,
[Madame la médiatrice]
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Maire de Strasbourg, Cher Roland Ries,
Mesdames et messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

C’est un honneur et un plaisir de représenter aujourd’hui le gouvernement français, pour l’inauguration d’un nouveau bâtiment du Parlement européen, bâtiment si impatiemment attendu et si opportunément baptisé du nom d’un très grand Européen, Vaclav Havel. Impatiemment attendu, ce bâtiment reflète l’accroissement de l’activité parlementaire, fruit des processus d’approfondissement et d’élargissement qui ont fait de l’Union européenne ce qu’elle est aujourd’hui, un espace unique au monde aussi bien par ses ambitions que par ses résultats, le garant de la paix, de la liberté et de la justice sociale de notre continent, une Union à laquelle la France est profondément attachée, comme l’élection du Président Emmanuel Macron vient d’en témoigner avec éloquence.

Le choix de dédier ce bâtiment à Vaclav Havel ne pouvait être plus opportun tant il reflète la place de ce grand homme dans le panthéon européen. Il est aussi d’une frappante actualité.

En premier lieu, parce qu’il symbolise par sa trajectoire personnelle et par son combat les valeurs les plus nobles de la construction européenne : la liberté, les droits de l’homme, la démocratie, l’Etat de droit mais aussi la culture comme socle de nos valeurs communes. Comme artiste toujours, comme dissident lorsque l’oppression régnait et enfin comme Homme d’Etat et premier Président de la République tchèque, Vaclav Havel a œuvré sans relâche au service de la liberté et contre le totalitarisme. Autorité morale, il a mené un combat qui doit continuer de nous inspirer. Car si nous pouvons légitimement être fiers de vivre sur un continent où la démocratie et le respect des droits de l’homme sont une réalité tangible, comme en témoignent, pour ne citer qu’elles, les institutions strasbourgeoises que sont le Parlement européen, le Conseil de l’Europe et sa cour européenne des droits de l’homme, nous devons être animés de la pleine conscience que dans ce domaine rien n’est jamais acquis, au sein de l’Union européenne comme ailleurs.

En deuxième lieu, Vaclav Havel symbolise pour nous tous l’unité et la réconciliation de notre continent, qui est l’une des réussites les plus fondamentales de la construction européenne. Il nous montre le chemin, celui d’une Europe inclusive et solidaire qui, s’appuyant sur des valeurs communes, veille à rester unie dans la diversité.

Grand Européen, Vaclav Havel était également un grand ami de la France. Sa première rencontre avec François Mitterrand remonte au 9 décembre 1988 à Prague, lorsque le Président Français d’alors s’entretint avec lui aux côtés de plusieurs autres dissidents tchécoslovaques. Dès l’année suivante, la Révolution de Velours et son accession à la présidence permirent de resserrer encore les fils de la relation entre nos deux pays et de sceller nos retrouvailles au service de notre engagement commun pour une Europe de valeurs.

Vous me permettrez d’évoquer également aujourd’hui une autre grande figure européenne, Simone Veil, à laquelle nous avons rendu un hommage solennel ce matin aux Invalides. Résistante à la barbarie nazie, révoltée contre toutes les injustices, progressiste, féministe, militante de la cause européenne, elle aura été la première présidente du Parlement européen, choisie par des députés eux-mêmes élus pour la première fois au suffrage universel direct en 1979. Je remercie chaleureusement le Président Tajani ainsi que plusieurs autres personnalités européennes d’avoir pris part à l’hommage qu’a rendu la nation Française à Simone Veil. Pour nombre de mes compatriotes, elle est un exemple. Pour moi qui ai eu l’honneur de la connaître, elle demeure un modèle.

Venons-en maintenant à cette ville de Strasbourg, où nous sommes réunis, et à la force du symbole qu’elle représente, celui de la réconciliation de l’Europe.
A la fois témoin et victime des conflits qui ont déchiré la France et l’Allemagne et au-delà toute l’Europe, Strasbourg incarne mieux que tout autre lieu sur notre continent le projet de paix qui se trouve au cœur de la construction européenne. C’est pour cette raison que le siège du Parlement européen, mais aussi celui du Conseil de l’Europe et de la Cour européenne des droits de l’homme y ont été établis. La cérémonie européenne d’hommage à ce grand européen qu’était Helmut Kohl, à laquelle le Président de la République a tenu à participer ici même samedi dernier, ne pouvait être imaginée ailleurs qu’ici même, où le monde entier s’est précipité sans hésitations ni réticence.

La France est fermement attachée à la dimension européenne de Strasbourg et à l’accueil du siège du Parlement européen, dans le plein respect des traités. Il est vrai, j’entends des questions, parfois des critiques, je lis des suggestions, présentées comme créatives, même si elles manquent singulièrement de réalisme. A ceux qui les émettent, le ministère de la parole. Pour ma part, c’est dans le principe de réalité que je souhaite inscrire mon action. De ce point de vue, j’ai pleinement conscience que l’accueil du siège du Parlement sur son territoire implique pour la France un certain nombre de responsabilités. Avec les acteurs locaux, publics et privés que je remercie pour leur engagement, mais aussi avec de nombreux parlementaires attachés au siège strasbourgeois, les autorités françaises sont pleinement mobilisées pour répondre au mieux, très concrètement, aux besoins de l’institution parlementaire. Je tiens à assurer l’ensemble des représentants du Parlement européen de mon entière disponibilité à travailler avec eux sur ce sujet, ainsi que dans tous les domaines qui doivent nous permettre de rendre notre Union plus forte.

Le choix de Strasbourg comme siège du Parlement européen, n’est pas seulement inscrit dans les traités. Il est ancré dans l’Histoire mais plus encore il représente le présent et le futur de notre Union. Une Union qui se garde de n’avoir qu’un seul centre, de s’enfermer dans une bulle et de méconnaitre la réalité des territoires qui composent notre continent. Ce choix d’une Europe polycentrique, alors que la construction européenne est ressentie comme trop lointaine, trop bureaucratique, trop distante par nombre de nos concitoyens, est plus important que jamais. Quel contre-sens, quel repoussoir ce serait de centraliser les institutions européennes dans une seule ville ? Car ne nous y trompons pas : Ceux qui s’interrogent aujourd’hui sur Strasbourg mettront un jour Luxembourg ou Francfort sur la table, à moins qu’ils ne pratiquent en la matière un « deux poids deux mesures » qui est l’exact inverse de ce dont notre Union a besoin.

Vous le savez, le Président de la République s’est résolument engagé dans sa campagne en faveur de la construction européenne. Ma priorité aujourd’hui est d’être à la hauteur de cet engagement et de démontrer à nos concitoyens que nous pouvons construire une Europe qui permette de mieux les protéger et d’être plus proche d’eux. La tâche devant nous est immense, difficile mais exaltante. J’aurai besoin de vous pour m’aider à convaincre les Européens qu’ils ont toute raison de croire en notre si beau projet. Vous pouvez compter sur moi pour le porter avec vigueur. Je voudrais terminer par cette citation de Vaclav Havel auquel je souhaite laisser le dernier mot : “L’Espoir est un état d’esprit (…) Ce n’est pas la conviction qu’une chose aura une issue favorable, mais la certitude que cette chose a un sens, quoi qu’il advienne.”

Je vous remercie.

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