Accès rapide :

Discours de Laurent Fabius - Remise des insignes de Grand Officier de la Légion d’Honneur à Kofi Annan (2 mai 2013)

Monsieur le Secrétaire général, cher Kofi Annan,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de vous recevoir au Quai d’Orsay, cher Kofi Annan, pour vous remettre aujourd’hui, au nom de la République, un haut témoignage de notre estime et de notre reconnaissance.

Devant vos amis, de grands serviteurs de la diplomatie et plusieurs de mes prédécesseurs avec qui vous avez travaillé, j’ajoute aujourd’hui une ligne à la longue liste des récompenses et des prix qui vous ont été attribués. C’est que vous avez fait progresser un grand nombre de causes. Une, en particulier, vous a tenu particulièrement à cœur : la « responsabilité de protéger ». Cette même exigence a guidé votre action personnelle. Car pour vous, vivre, c’est être responsable de ceux dont la vie est menacée.

Votre vie, vous l’avez mise au service des Nations Unies, où vous avez passé quarante cinq ans. Dix ans Secrétaire général, vous avez profondément marqué cette institution. Vous avez agi avec ténacité et efficacité face aux crises. Vous avez été un réformateur et un visionnaire mobilisant par exemple l’ONU autour des objectifs du millénaire. La crise irakienne de 2003 reste probablement l’épisode le plus critique de vos mandats. Dans ce moment de tension extrême, vous avez tenu bon. En août 2003, un de vos proches collaborateurs et amis, vers lequel vont nos pensées, Sergio Vieira de Mello et vingt-deux autres membres du personnel, perdirent la vie dans l’attentat contre le quartier général des Nations Unies à Bagdad. Car l’ONU paie aussi le prix du sang pour préserver la paix dans le monde. Il reste que votre analyse de la situation irakienne était la bonne et que vous avez tout mis en œuvre pour faire triompher la raison et le droit. Ce n’est donc pas un hasard si vous apparaissez, aujourd’hui, auprès de beaucoup de femmes et d’hommes à travers le monde, comme l’incarnation de la fonction de Secrétaire général des Nations Unies.

Votre action n’a pas cessé en 2006, à la fin de votre second mandat. Toujours ce sentiment de responsabilité qui vous pousse à agir. Avec l’élégance et la constance qui sont votre marque, vous avez multiplié les initiatives. A la tête de votre Fondation créée en 2007, vous encouragez l’amélioration des processus électoraux notamment en Afrique. Vous présidez la Commission mondiale sur les élections, la démocratie et la sécurité. Vous soutenez le développement agricole du continent avec l’Alliance pour une révolution verte en Afrique, l’AGRA. Vous présidez l’Africa Progress Panel qui agit face aux risques politiques et sociaux liés au chômage des jeunes et aux inégalités. Récemment, vous avez aussi pris l’initiative d’une Commission sur l’impact du trafic de drogues sur la gouvernance, la sécurité et le développement en Afrique de l’ouest. Et vous avez pris la tête de la Fondation de soutien à l’Organisation mondiale contre la Torture. « Tout commence, dites-vous avec raison, par la torture d’une personne, par des mauvais traitements infligés à une personne, par la violation des droits humains d’un seul individu ».

Responsabilité encore avec votre rôle récent dans la crise syrienne. A Genève en juillet dernier, l’espoir d’un accord politique renaissait. Malheureusement, le Conseil de Sécurité, bloqué par les vetos russe et chinois, est impuissant à faire cesser cette tuerie.

Pour reprendre le mot de Roosevelt – et ceci pourrait être une bonne définition -, vous êtes un « modérateur du monde », passionnément modéré, un homme de conviction et de valeurs à une époque qui doute des siennes. Tout au long de votre carrière, vous avez démontré votre persévérance à arracher des progrès, même modestes pour la paix, les droits de l’homme, le développement. Alors que nous entrons dans le troisième millénaire « à travers une porte de feu », comme vous l’avez dit après les attentats du 11 septembre, vous n’avez jamais cessé votre combat pour la justice et le droit.

« La responsabilité des grands États est de servir et non pas de dominer les peuples du monde » avez-vous dit un jour. La responsabilité des hommes d’Etat ou, comme vous, des hommes d’univers est la même.

Ce sont ces qualités qui vous ont valu de recevoir le prix Nobel de la paix en 2001 conjointement avec les Nations Unies. La République française se reconnaît dans ces idéaux et cet engagement. C’est à eux et à toutes vos équipes qu’elle rend hommage aujourd’hui en vous élevant à la dignité de Grand Officier de la Légion d’Honneur.


PLAN DU SITE



MENTIONS LÉGALES & INFOS PRATIQUES

Tous droits réservés - Ministère des Affaires étrangères et du Développement international - 2014