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Entretien de Matthias Fekl avec le journal Handelsblatt (27 janvier16)

Le ministre du commerce extérieur lance la campagne « Créative France » en Allemagne. Dans une interview avec le Handelsblatt il pense qu’en « 2016, l’Europe joue son avenir et aussi son âme, par sa capacité d’accueillir dignement des réfugiés. » Il promet que la France prendra sa part. Si à Paris, quelques uns le voient succéder à Laurent Fabius, c’est une question qui ne se pose pas pour lui : « Il y a un ministre reconnu qui est en place et un gouvernement qui travaille. »

Interview réalisée par Thomas Hanke

Vous lancez une nouvelle campagne « Créative France ». Quels sont les objectifs – et les differences avec d’autres initiatives qui existent déjà ?

L’objectif de cette campagne est de montrer combien la France est une économie créative, innovante et industrielle, dans tous les secteurs, totalement intégrée dans la mondialisation et les chaines de valeurs mondiales.

Cette campagne est déclinée dans 10 pays où le gouvernement français souhaite encourager les investisseurs à venir en France pour créer de l’activité économique et des emplois. A cette campagne sont associées de nombreuses personnalités françaises de renommée internationale. Elle a été lancée au Japon par le Premier Ministre le 6 octobre dernier et j’étais présent, hier mardi, à Munich pour en assurer le lancement en Allemagne.

Quelle est votre diagnostic quant à l’attractivité de la France ?

La France est très attractive dans de nombreux domaines, et s’est engagée dans des réformes de fond pour la renforcer encore. C’est le cas, par exemple avec le CiCE et une baisse des charges de 50 milliards d’euros, c’est sans précédent pour agir sur la compétitivité de nos entreprises. Il y a la baisse de la dépense publique, la réforme territoriale qui s’inspire aussi d’une certaine façon de l’Allemagne et tout le travail pour simplifier l’administration. La France est très dynamique et en mouvement.

Les investissements de l’étranger, y compris allemands, témoignent d’ailleurs du fort intérêt que cela suscite. Les entreprises allemandes qui sont déjà installées en France apprécient les conditions qui leur sont faites. La moitié des investissements enregistrés en 2014 sont d’ailleurs des d’extensions d’entreprises déjà présentes en France. Cela indique que l’environnement des affaires est somme toute satisfaisant puisque les entreprises continuent d’investir et s’engagent pour l’avenir.

Cette campagne Creative France est également l’occasion de rappeler que l’Allemagne est le deuxième pays d’origine des investissements étrangers en France.
Plus de 3000 filiales allemandes sont présentes dans notre pays et elles emploient un peu plus de 350 000 personnes. Prenons les derniers chiffres. En 2014, nous avons enregistré 141 investissements allemands sur le territoire national soit plus de 1 tous les 3 jours…il s’agit de la meilleure performance enregistrée en dix ans en termes de flux !

A l’étranger, on a surtout l’impression que la France fait du surplace, que d’autres pays se sont beaucoup plus réformées ?

Il y a un movement de réformes continu. Nous commençons cette semaine une nouvelle réforme du marché du travail, avec l’idée d’adapter le droit du travail à l’économie telle qu’elle est aujourd’hui, en respectant le modèle social français.

Concernant les nouveaux projets d’investissement, il n’y a pas un très grand écart entre la Grand Bretagne, l’Allemagne et la France. Mais chaque projet en GB crée 2,5-fois plus d’emplois qu’en France.

Vous avez raison d’évoquer la question de l’emploi qui est essentielle. Cela souligne l’importance, notamment, de la réforme du droit du travail qui est un immense chantier ouvert depuis plusieurs mois, et qui aboutira à une réforme d’ampleur. Le Premier ministre reçoit cette semaine même un important rapport de M. Badinter sur le sujet.

On a l’impression que les propres entreprises ne croient plus à l’attractivité de leur pays. Entre 2013 et 2015, ils ont crée 57 000 postes, l’Allemagne huit fois plus, l’Espagne onze fois plus.

Le gouvernement est au travail et nous continuons les réformes économiques. Aujourd’hui, le coût du travail dans l’industrie est désormais inférieur à celui de l’Allemagne et la France a fait de gros efforts sur l’innovation et la simplification de la vie des entreprises. Désormais, il y a l’enjeu de la confiance. C’est le message que je veux faire passer aujourd’hui.

Vous envisagez deux ans pour la réforme du code du travail – dans le meilleur des cas, elle entrera en vigeur après les prochaines élections présidentielles !

C’est tout à l’honneur du Président de la République de faire des réformes de fond, au lieu de les soumettre au rythme des élections ! Une réforme si importante que celle du droit du travail ne doit d’ailleurs pas se décreter du jour au lendemain mais se construire sur la base du consensus. Enfin, j’invite tout le monde, aussi en Allemagne, à ne pas sous-estimer le danger du populisme et de l’extremisme en France et à ne pas sous-estimer ce que cela signifie pour le gouvernement qui continue à travailler dans ces conditions. Il faut donc créer du consensus, et faire preuve de courage.

Le président iranien vient à Paris mercredi et jeudi, vous avez preparez sa visite, l’économie française peut-elle profiter de la levée des sanctions ?

J’étais à Téhéran en septembre avec plus de 135 sociétés françaises et je l’ai dit : l’Iran est un grand pays et nous souhaitons travailler avec le gouvernement iranien sur tous les domaines de l’économie, dans le respect du cadre de l’accord de Vienne. Conformément à celui-ci, les sanctions de l’Union européenne ont été levées aussitôt que l’AIEA a attesté de la bonne mise en œuvre par l’Iran de ses engagements nucléaires. Depuis ce jour (le 16 janvier 2016) les entreprises peuvent donc travailler avec l’Iran dans tous les domaines où les sanctions ont été levées.

Ça veut dire tout, sauf le nucléaire ?

Je le répète, nous travaillons dans le respect des dispositions de l’accord de Vienne. Les liens entre nos pays sont anciens, il y a par exemple entre 11 et 12 millions de voitures françaises qui roulent en Iran. Il y a l’aéronautique bien sûr, l’énergie, toutes les infrastructures, mais aussi tous les besoins des classes moyennes, qui souhaitent accéder à de nouveaux modes de vie. Cette visite sera aussi l’occasion de lancer de nombreuses coopérations dans le domaine institutionnel, support important pour nombre de nos entreprises.

Ca concerne aussi l’achat éventuel de plus de 100 Airbus ?

L’aéronautique est un secteur d’expertise de la France et Airbus est en discussion avec la compagnie Iran Air qui a de nombreux besoins.

Concernant la France et l’Allemagne, on a l’impression que chaque pays s’enfonce dans ses propres soucis, terrorisme d’un côté, crise des réfugiés de l’autre. Ce sont des problèmes qu’il faut traiter au niveau européen, mais il n’y a pas d’approche europénne.

En 2016, l’Europe joue son avenir. Elle joue aussi son âme, par sa capacité d’accueillir dignement des réfugiés qui fuient les massacres de monstrueux assassins dans leurs pays. Ils cherchent l’asile qui est une tradition commune de l’Europe. Elle joue aussi son avenir dans sa capacité de garantir la sécurité de ses citoyens et de ses frontières.

L’Europe doit aller au-delà de l’économie ?

Au début, elle n‘était pas conçue pour traiter des questions que je viens d’évoquer. C’est à l’Europe de se réinventer sur ses bases-là. Il y a un travail franco-allemand important là-dessus : aujourd’hui (mercredi), Bernard Cazeneuve participe d’ailleurs à la réunion du cabinet allemand, c’est un symbole fort. C’est ensemble que la France et l’Allemagne ont obtenu de nombreux résultats. La réforme du code Schengen, la mise en place de ces hot-spots qu’il faut conforter, la réforme de Frontex. S’il n’y avait pas eu l’extraordinaire confiance franco-allemande, nous n’aurions pas obtenu ces résultats.

Est-ce que la France ne devrait pas accueillir plus de réfugiés pour alléger le fardeau de l’Allemagne ?

Il faut que chacun prenne sa part, et que les décisions soient prises ensemble, en commun. Un Etat seul ne peut pas décider de manière efficace et opérationnelle. La France y prend toute sa part. Nous sommes d’ailleurs en première ligne dans un autre domaine, comme la lutte contre le terrorisme.

Quand vous dites “l’Europe jou son âme dans la question des réfugiés”, cela implique que ce n’était pas déraisonnable d’accueillir les Syriens ?

L’Europe se fonde sur des valeurs, des principes, Habermas parlerait peut-être même de patriotisme constitutionnel. Dans ces références constitutionnelles, qui s’imposent presque comme un droit supérieur, il y a l’asile et il y a l’accueil. On voit bien les craintes et difficultés que cela suscite dans nos sociétés. Mais c’est l’honneur de l’Europe que de savoir relever ces défis.

Les projets pour renforcer l’Europe passent trop par l’économie ?

Il faut un renforcement de la zone Euro, on le dit depuis des années, mais ça reste vrai. Seulement - un projet politique n’existe durablement que s’il est ancré dans le « cœur des citoyens ». J’ai proposé un service civique européen : chaque jeune devrait avoir le droit avant ses 18 ans de passer six mois dans un autre pays européen. En quelques années, on aurait ainsi créé une génération des jeunes européens, de tous les milieux sociaux, qui auraient une expérience concrète de l’Europe. Nous sommes dans une année où il faut porter beaucoup de projets concrets, parce que la fin de l’Europe que nous connaissons depuis 70 ans est possible. Il ne faut pas laisser les anti-européens taper tout le temps sur l’Union Européenne.

On parle beaucoup des contradictions entre le premier ministre, le ministre de l’économie et vous, c’est un problème pour le gouvernement ?

La ligne du gouvernement est fixée par le président et le premier ministre, et par personne d’autre. Maintenant, qu’il y ait des sensibilités différentes, heureusement ! ce serait sinon un gouvernement technocratique sans profondeur historique, culturelle, politique.

Emmanuel Macron, Myriam el Khomry, vous même avez le même age. Y-a-t-il une rivalité entre vous, ou est-ce que vous vous voyez comme une “génération Hollande” ?
Notre génération vit avec d’excellentes opportunités, mais c’est aussi la génération du chômage, de la précarité, des difficultés à entrer dans la vie active. Le monde a beaucoup changé et nous ne sommes évidemment pas la génération des trente glorieuses ! Mais je ne crois pas qu’être jeune, ce soit une qualité en soi.

On s’intéresse beaucoup à la succession de Laurent Fabius, c’est une responsabilité qui vous intéresse ?

Je n’ai aucune information à ce sujet ! Aujourd’hui, il y a un Ministre des Affaires étrangères reconnu et avec de nombreux succès diplomatiques à son actif, qui est en place et un gouvernement qui travaille.


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