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Libye - Lutte contre le terrorisme - Entretien de Jean-Marc Ayrault avec TV5MONDE (3 octobre 2016)

Q - Jean-Marc Ayrault, le conflit en Libye, c’est l’un des grands dossiers pour vous. Vous êtes d’ailleurs justement aujourd’hui lundi, à l’initiative d’une réunion à Paris. Avec qui et quel en est l’objectif ?

R - D’abord, les pays de la région directement concernés et puis un certain nombre de partenaires - je pense aux États-Unis, à l’Italie, à l’Espagne, à l’Allemagne, à la Grande-Bretagne. J’ai pris cette initiative au nom de la France car nous souhaitons la réussite du gouvernement d’entente nationale de M. Sarraj. La communauté internationale, lors de l’assemblée générale des Nations unies - il y avait 22 pays réunis -, a rappelé son soutien à ce gouvernement d’entente nationale.

Mais en même temps, on voit bien qu’il y a des difficultés intérieures pour rassembler vraiment tous les Libyens et il y a des divergences entre le gouvernement de Tripoli mais aussi le Parlement de Tobrouk. Et puis il y a différentes sensibilités, il y a différentes personnalités. Il faut donc rassembler. Pourquoi rassembler ? Parce que nous voulons la réussite de la Libye et pour cela, il faut que le Premier ministre Sarraj fasse de nouvelles propositions pour élargir son gouvernement - je pense notamment trouver une place au général Haftar qui est présent à l’est sur le plan militaire, pour que toutes les forces libyennes soient unies pour développer le pays.

Par exemple, les ressources pétrolières, il faut qu’elles soient sous l’autorité du gouvernement de M. Sarraj, il faut que cet argent soit utilisé au service du développement de la Libye, au service des Libyens qui en ont bien besoin. Et puis il faut aussi que toutes les forces libyennes s’unissent pour lutter contre le terrorisme aussi bien à Syrte qu’à Benghazi.

Vous allez me dire : mais pourquoi la France, pourquoi l’Europe nous intéressons-nous à ce point à ce qui se passe en Libye ? Parce que d’abord nous souhaitons la stabilité de la Libye pour les Libyens mais aussi parce que nous sommes très proches des frontières de l’Europe. Et l’on sait qu’en ce moment, la Libye est un territoire de passage pour des dizaines de milliers de migrants et les pauvres personnes qui fuient la misère de leur pays s’en vont jusqu’aux rives de la Méditerranée centrale, exploités par des passeurs, exploités par des trafiquants humains, des trafiquants de drogue, des trafiquants d’armes et souvent périssent en mer. Et donc je crois que cette situation, il faut qu’elle change et pour cela, nous avons besoin d’un gouvernement libyen stable et, pour qu’il soit stable, il faut qu’il soit rassemblé.

Q - On précise qu’il y a aussi des Égyptiens, des Turcs et des Emirati présents à cette réunion que vous organisez…

R - Du Qatar aussi…

Q - Du Qatar également. Jean-Marc Ayrault, vous l’avez cité, cet homme, le général Haftar. Il n’est pas seulement, comme vous le dites, présent militairement dans l’Est du pays, il contrôle tout simplement aujourd’hui avec ses hommes tous les terminaux pétroliers…

R - Non, ce n’est pas tout à fait le cas…

Q - Pas tout à fait le cas… en tous les cas au moins trois des plus importants.

R - Je crois qu’il faut être très clair : la production pétrolière, la commercialisation du pétrole, les ressources du pétrole appartiennent à tous les Libyens et pour que les choses marchent, pour que le pétrole soit d’ailleurs vendu puisqu’il y a des règles internationales, cela ne peut être que dans le cadre de la légalité du pays, de la Libye, cela ne peut pas se faire contre le gouvernement libyen. Donc, dans l’intérêt des Libyens, il faut que la Compagnie nationale du pétrole, la NOC, ait le contrôle de la production et de la commercialisation et que les ressources viennent à la Banque centrale pour qu’elles ne soient pas dilapidées. Et vous savez bien que la seule ressource ou la ressource principale de la Libye, c’est le pétrole et les Libyens ont vraiment besoin de soutien financier…

Q - Mais le gouvernement que vous avez cité tout à l’heure, reconnu par les Nations Unies…

R - …par la communauté internationale, oui…

Q - …et qui est basé à Tripoli, lui, a vu d’un très mauvais œil justement la montée en puissance de cet homme ; il se dit parfois que les Occidentaux entre guillemets, notamment la France, en coulisses, le soutiendraient. Qu’en est-il ?

R - Non, nous soutenons le gouvernement de M. Sarraj qui est le gouvernement d’entente nationale, qui est issu des accords de Skhirat qu’il faut appliquer, mettre en œuvre. Et cela demande des efforts du gouvernement pour s’élargir et inclure l’ensemble des forces politiques libyennes de toutes les régions libyennes dans la clarté, dans la transparence et le général Haftar fait partie des personnalités qui devraient trouver une place.

S’agissant de la défense, s’agissant de l’armée, bien entendu, il faut qu’il y ait une organisation et une gouvernance du volet militaire mais s’agissant du pilotage d’ensemble, cela ne peut se faire que par le pouvoir civil. Donc tout cela doit être clarifié et nous avons, à l’occasion de cette réunion, rappelé tous ces objectifs et nous voulons aider le gouvernement libyen justement à les atteindre.

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