États-Unis - Lutte contre le terrorisme - Discours de Jean-Marc Ayrault à l’occasion de la plantation d’un arbre offert à la France par le mémorial du 11 septembre de New York (Paris, 23 février 2017)

"Les Américains ont été nombreux à se joindre à nos compatriotes présents sur leur territoire lors des nombreux rassemblements organisés en hommage aux victimes de ces attentats. Nous sommes tous réunis aujourd’hui avec des sentiments mêlés, la gravité qu’inspire la douleur des épreuves que nous avons traversées, mais l’espoir aussi qui renforce notre détermination à faire front ensemble."

Madame et Messieurs les Ministres,
Chère Juliette,
Cher Harlem,
Madame la Chargée d’affaires de l’ambassade des États-Unis, Chère Madame Uzra Zeya,
Chers Monsieur et Madame Saada,
Chère Madame Lohez,

Vous qui venez ici honorer la mémoire de vos proches disparus à New York le 11 septembre 2001, merci de votre présence, même si ce moment est douloureux pour vous, je le sais.

Je voudrais aussi saluer les représentants des associations françaises d’aide aux victimes. Je n’oublie pas non plus les représentants de la Croix-Rouge, des pompiers et des sapeurs-pompiers de la réserve sanitaire. Je voudrais aussi saluer le directeur de l’American School of Paris, et bien sûr tous les élèves qui avez souhaité vous associer à cette cérémonie. Bien sûr, je veux saluer tous les diplomates présents, les ambassadeurs.

Mesdames et Messieurs, je voulais vous accueillir ici au Quai d’Orsay pour cette cérémonie.

Comme je vous le disais Madame, j’étais à l’assemblée générale des Nations unies en septembre dernier, et le 18 de ce même mois, j’ai souhaité me recueillir sur le site des attaques du 11 septembre 2001 pour dire que la France n’oublie pas la tragédie survenue aux États-Unis il y a bientôt 16 ans. La France demeure solidaire du peuple américain, tout autant que le peuple américain a su montrer sa solidarité avec la France après les attentats qui ont touché douloureusement notre pays à Paris en janvier et en novembre 2015, puis à Nice et à Saint-Étienne-du-Rouvray en 2016.

Les Américains ont été nombreux à se joindre à nos compatriotes présents sur leur territoire lors des nombreux rassemblements organisés en hommage aux victimes de ces attentats. Nous sommes tous réunis aujourd’hui avec des sentiments mêlés, la gravité qu’inspire la douleur des épreuves que nous avons traversées, mais l’espoir aussi qui renforce notre détermination à faire front ensemble.

Avec le recul, les attaques du 11 septembre 2001 ont marqué le début du XXIe siècle de la façon la plus sinistre qui soit. Depuis, la menace terroriste s’est renforcée, transformée et a contraint nos démocraties à se mobiliser encore davantage pour protéger nos concitoyens et aussi défendre les valeurs universelles auxquelles nous croyons. Ces valeurs qui constituent le fondement-même de nos sociétés, des sociétés ouvertes, des sociétés libre pour défendre notre mode de vie.

C’est ce que nous sommes finalement, c’est notre manière d’être, de penser et de vivre que visent les terroristes en multipliant les actes de barbaries, en frappant des innocents et en détruisant des symboles. La meilleure réponse à leur opposer, c’est de rester ce que nous sommes profondément, c’est-à-dire avant tout, amoureux et défenseur de la liberté.

Le poirier de Chine que nous a remis le mémorial du 11 septembre, nous l’avons planté aujourd’hui, devant le ministère des affaires étrangères où nous sommes. Cet arbre, c’est un survivant des décombres du World Trade Center. J’étais très ému lorsque l’on m’a remis ce petit pot à New York en visitant le Mémorial, ce petit arbre qui repartait, ce « Survivor tree » que l’on n’imaginait pas possible quand on a visité les lieux et quand on voit ce qu’il reste. Quand on voit ce camion de sapeur-pompiers new yorkais calciné, on mesure quelle a été la souffrance de ceux qui voyaient ce qui était en train de se produire et qui savaient que leur vie allait les quitter.

Ce petit arbre était là comme le symbole du refus du renoncement, comme le symbole de la vie et de la renaissance.

C’est donc ici au Quai d’Orsay que nous avons souhaité le replanter, ici en France, comme un symbole d’espoir. Un symbole fort tout d’abord, parce que quand il a été découvert dans les ruines des tours jumelles en octobre 2001, cet arbre aux racines arrachées et aux branches cassées aurait pu mourir. Il aura fallu plusieurs années de soin pour qu’il puisse être planté en 2010 sur le site-même des attentats. Il est donc devenu le symbole, le témoignage de cette capacité à surmonter les épreuves. Il est devenu le témoignage de cet élan vital et de la résilience de nos sociétés pour montrer leur capacité à se relever, sans jamais renoncer. Par sa seule existence, ce petit arbre que nous avons planté ici ce matin est un message d’espoir, comme ces arbres de la Révolution française, plantés en leur temps, pour célébrer la liberté durement acquise dans de nombreux villages de France et qui fleurissent depuis plus de deux siècles maintenant.

C’est aussi un symbole fort parce que c’est un arbre dont l’espèce est originaire d’Extrême-Orient, il doit son nom scientifique, Pyrus calleryana, poirier de Callery, à un Français, Joseph-Marie Callery qui l’avait rapporté de Chine en 1858. Il était lui-même agent du ministère des affaires étrangères de la France.

La boucle est donc bouclée et ce poirier retrouve au Quai d’Orsay la place qui est naturellement la sienne. C’est une histoire extraordinaire que j’ai découverte en visitant le Mémorial. J’ignorais d’où venait cet arbre et quel avait été son parcours.

Les premiers fruits de l’arbre survivant ont été récoltés à l’automne 2011. Deux années plus tard, des étudiants du Queens ont pris soin des jeunes plans qui résultaient de la récolte de ces fruits. C’est depuis lors que le Mémorial du 11 septembre fait don, chaque année, de plans de l’arbre, à trois lieux frappés par des attentats, des fusillades ou des catastrophes naturelles.

D’abord des villes américaines, puis Madrid lourdement touchée en 2004 lors de l’attentat de la gare d’Atocha. En 2016, c’était donc au tour de la France en même temps que celui des villes de San Bernardino et d’Orlando, elles aussi malheureusement frappées par le terrorisme, de recevoir ces plans.

Mesdames et Messieurs, je voudrais rendre hommage à Mme Alice Grunwald, directrice du musée du Mémorial du 11 septembre. Je salue les efforts entrepris par des institutions comme le Mémorial pour entretenir notre mémoire collective.

Je voudrais aussi rappeler le nom des cinq victimes françaises et franco-américaines des attentats du 11 septembre 2001, dont certaines des familles sont présentes aujourd’hui, et auxquelles j’adresse un salut fraternel et amical : Michel Colbert, Danielle Delie, Jérôme Lohez, Éric Ropiteau, Thierry Saada. Ces noms symbolisent l’unité et la solidarité entre les peuples français et américains. Ces liens entre nos peuples, Thierry Saada et Michel Colbert les incarnaient. Ils travaillaient tous deux dans le secteur de la finance chez Cantor Fitzgerald dont plus de 650 salariés sont morts dans les attentats. Thierry Saada allait être père d’un petit Lior né le 27 septembre 2001.

Éric Ropiteau âgé seulement de 24 ans avait été recruté par la même société deux mois auparavant.

Danielle Delie était employée dans la compagnie d’assurance Marsh & McLennan, elle vivait depuis de nombreuses années aux États-Unis.

Enfin, Jérôme Lohez travaillait comme ingénieur pour la société d’assurances Empire Blue Cross and Blue Shield. Il allait rencontrer aux États-Unis sa future femme qui a créé après sa mort, la « Jérôme Lohez Fondation » pour obtenir des bourses aux étudiants français et américains qui souhaitent étudier en France ou aux États-Unis.

Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

Ce poirier nous est offert en hommage aux victimes du terrorisme qui a durement frappé notre pays ces deux dernières années, tuant 238 personnes.

Depuis 2001, des attentats ont été déjoués grâce à la coopération anti-terroriste, mais aussi grâce à la bravoure de nos citoyens. Le président Hollande a ainsi reçu trois jeunes soldats américains, Alek Skarlatos, Spencer Stone et Anthony Sadler qui, dans le Thalys reliant Amsterdam à Paris, avaient déjoué un attentat le 21 août 2015. Ils ont été décorés de la légion d’Honneur pour leur courage extraordinaire, un courage qui rappelait le sacrifice de leurs aînés durant la Seconde Guerre mondiale, et qui avait déjà permis de nous mobiliser ensemble pour défendre la liberté de tous les Européens.

La coopération entre la France et les États-Unis est étroite et particulièrement en matière de lutte contre le terrorisme. La France veut maintenir cette coopération au plus haut niveau, comme je l’ai dit au nouveau secrétaire d’État des États-Unis que j’ai rencontré la semaine dernière en Allemagne. Je crois profondément en la solidité de l’alliance franco-américaine contre la menace terroriste et la volonté de nos deux pays de l’éradiquer, notamment en Irak, en Syrie, où les États-Unis et la France affrontent ensemble la barbarie de Daech.

Nous l’avons souvent affirmé et je le répète aujourd’hui, la France est le plus vieil allié de l’Amérique, son premier allié même. La France est un pays ami de l’Amérique et des Américains et c’est au nom de cette amitié profonde que j’ai souhaité que l’on puisse ensemble planter cet arbre qui je l’espère va s’épanouir dans ce jardin, devant ce bâtiment identifié à la diplomatie française. Il nous rappellera chaque jour que nous ne sommes pas seuls dans la lutte contre le terrorisme et qu’à l’instar de nombreux combats que la France et les États-Unis ont mené côte à côte, une nouvelle fois, nous vaincrons pour la défense de valeurs communes qui pour nous sont des valeurs universelles.

Voilà Mesdames et Messieurs ce que je souhaitais vous dire aujourd’hui, en exprimant encore une fois ma gratitude pour toutes celles et tous ceux qui se mobilisent chaque fois que l’horreur nous atteint : tous ces secouristes, tous ces policiers, tous ces militaires, tous ces sapeurs-pompiers, tous ces médecins, tous ces psychologues, tous ces bénévoles, tous ces citoyens et toutes celles et tous ceux qui ne renoncent jamais.

Je pense bien sûr aux associations qui savent qu’après la blessure physique, il y a aussi la blessure morale à guérir et ils seront toujours là à leurs côtés pour les aider. Je voudrais aussi leur adresser toute ma reconnaissance.

Mesdames et Messieurs, c’était un moment émouvant et c’est aussi un moment qui permet de rappeler l’ancienne et riche relation entre les États-Unis et la France. Je souhaite vraiment qu’elle puisse se poursuivre, qu’elle n’oublie jamais d’où nous venons, les combats que nous avons menés, et en particulier celui pour la liberté.

Merci de votre attention, vive la France, vive les États-Unis, vive l’amitié franco-américaine.

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