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Referendum britannique - Migrations - Entretien de Harlem Désir, secrétaire d’État chargé des affaires européennes, avec « France 2 » (Paris, 18 février 2016)

Q - Il y aura tout à l’heure un sommet européen important auquel vous participerez avec François Hollande, on le dit décisif parce qu’il pourrait s’agir d’une sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Décisif, on le dit souvent, sortie d’un grand pays de l’Union, c’est la première fois.

R - Ce serait sans précédent et donc notre position, c’est ni Brexit, ni veto. Ni Brexit, ni veto britannique sur l’intégration future de la zone euro. Pas de Brexit parce que nous pensons que l’intérêt de la Grande-Bretagne, mais aussi l’intérêt de l’Europe, c’est que la Grande-Bretagne reste dans l’Union européenne. Quand vous voyez les grandes crises auxquelles nous sommes confrontés, la crise des réfugiés qui sera aussi à l’ordre du jour, les enjeux de sécurité, le terrorisme, la guerre en Syrie, mais aussi la nécessité de relancer l’économie européenne dans un environnement qui est quand même très incertain, nous avons besoin de rester unis. Il ne faut surtout pas de fragmentation de l’Union européenne.

Q - Mais si on dit déjà aux Anglais qu’ils ne sortiront pas, est-ce que déjà on n’est pas en train de céder sur ce qu’ils demandent ?

R - C’est pourquoi je disais qu’il y a un certain nombre de limites aux dérogations qui peuvent être accordées à la Grande-Bretagne, elle en a déjà beaucoup. Elle ne participe pas à l’euro, elle ne participe pas à Schengen et elle ne participe pas à un certain nombre d’autres politiques communes en matière de justice et affaires intérieures.

Il y a un certain nombre de choses auxquelles il faut que nous restions très fermement attachés. D’abord il ne peut pas y avoir de droit de veto de la Grande-Bretagne sur les décisions qui sont prises par les pays de la zone euro et qui les concernent, parce que nous, nous sommes convaincus qu’il faut poursuivre l’approfondissement économique, social, financier de la zone euro. Deuxièmement il y a des règles que nous prenons dans l’Union européenne à 28 et qui concernent notamment la régulation financière et là il y a des enjeux d’intégrité du marché intérieur en matière de services financiers.

Q - Les Anglais veulent notamment des avantages pour la bourse de Londres.

R - Oui.

Q - Est-ce que là-dessus l’Europe, la France peuvent céder ?

R - Non là-dessus, il faut être clair. Il doit y avoir les mêmes régulations financières, la même supervision, la même lutte contre les excès des dérèglements des marchés financiers dans toute l’Union européenne, que ce soit dans la zone euro ou hors de la zone euro. Il y a des décisions qui sont prises à 28, elles doivent s’appliquer aussi bien en Grande-Bretagne que partout ailleurs en Europe, aussi bien dans la zone euro qu’en dehors. C’est une question à la fois d’équité de la concurrence. Sinon, il y aurait une concurrence qui serait faussée au détriment des places financières qui sont dans les autres pays, si elles étaient les seules à devoir appliquer un certain nombre de règles prudentielles, de règles sur les bonus des traders, de règles qui permettent tout simplement d’éviter l’instabilité financière et la crise.

Et, par ailleurs, la Grande-Bretagne bénéficie du fait qu’elle est dans l’Union européenne. Quand on participe à un club, en l’occurrence à une union économique, à une union financière, on doit aussi en respecter les règles. C’est un point sur lequel le président de la République a été évidemment très clair dans la rencontre qu’il a eue avec David Cameron lundi à Paris.

Nous voulons aider, convaincre les citoyens britanniques de choisir de rester dans l’Europe lors du référendum qui sera organisé.

La place du Royaume-Uni est dans l’Europe avec ses alliés, surtout en ce moment de grande instabilité internationale. Nous avons nous-mêmes une relation évidemment très intense avec la Grande-Bretagne dans beaucoup de domaines, avec des échanges économiques très denses. Dans le domaine de l’énergie, nous avons de grands projets, par exemple celui de l’EPR. Dans le domaine de la défense aussi. Dans les domaines aussi culturels, universitaires, il y a énormément d’étudiants français en Grande-Bretagne, tout cela nous rapproche. Nous voulons aider la Grande-Bretagne à rester en Europe, mais nous disons que la Grande-Bretagne doit respecter les règles de fonctionnement de l’Union européenne et le choix qu’ont fait un certain nombre de pays, eux, d’aller plus loin dans l’union et dans la coopération dans de nombreux domaines.

Q - Et pour qu’elle reste il faudra bien faire des concessions, Angela Merkel disait hier je crois que beaucoup des revendications britanniques étaient justifiées.

R - Il y a en fait quatre séries de points qui ont été mis en discussion à la demande des Britanniques et du Premier ministre David Cameron. Sur beaucoup de ces points, c’est vrai que les propositions qui ont été faites - c’est ce à quoi nous avions incité les Britanniques -, peuvent contribuer à servir l’intérêt général européen, à améliorer le fonctionnement de l’Union européenne. Il y a un point, on appelle cela compétitivité, qui concerne le fait qu’il y ait de la simplification pour les petites et moyennes entreprises qui travaillent avec les institutions européennes, que le marché intérieur de l’énergie fonctionne mieux, c’est une de nos priorités notamment après la COP21, qu’il y est un marché européen du numérique, même si nous sommes attentifs à des sujets comme le droit d’auteur. Dans tous ces domaines évidemment la discussion a été unanime.

Q - Mais il faut être clair si on veut que les Britanniques restent, on va quand même faire des concessions.

R - Oui alors, ce qu’ils ont voulu surtout c’est que soit bien clarifiées deux ou trois choses. Une, c’est qu’ils ne sont pas tenus, eux, d’aller plus loin dans l’intégration. Il y a un terme dans les traités qui dit que les pays de l’Union européenne souhaitent une union sans cesse plus étroite et chacun pourra l’interpréter comme il le veut. Cela nous l’avions déjà dit, ce sera redit et c’est le constat qu’il y a une Europe différenciée. Nous respectons le choix de la Grande-Bretagne de ne pas vouloir participer à certaines politiques communes, mais ce qu’il faut c’est que ceux qui le veulent et qui sont convaincus qu’il est nécessaire d’aller plus loin, de l’avant ensemble, puissent le faire, et c’est cet équilibre-là qui sera discuté ce soir.

Q - Ce que les Anglais obtiendront, est-ce que tous les autres ne vont pas être tentés de le demander aussi ?

R - C’est aussi un des risques parce que par exemple ils demandent à ce que les travailleurs européens venant par exemple de Pologne - ils sont très nombreux en Grande-Bretagne - ne bénéficient pas immédiatement de toutes les prestations sociales auxquelles ont droit les Britanniques, qu’il y ait un délai pour lutter contre des abus sociaux.

Q - Quatre ans.

R - Quatre ans, c’est une des références qui a été avancées dans ce débat. Mais, il faut faire attention parce que nous sommes très attentifs à préserver les principes de l’Union européenne, notamment la liberté de circulation, la liberté pour tous les citoyens européens d’aller travailler dans un autre pays et, à partir du moment où ils vont travailler dans cet autre pays, d’être traités d’une façon égale. Maintenant qu’il y ait des exceptions temporaires et que l’on lutte contre des abus, des gens qui viendraient juste pour toucher les prestations sociales, cela va faire l’objet de la discussion mais je crois que la Pologne, la Roumanie, un certain nombre de pays de l’Est évidemment vont vouloir en discuter longuement pour que cela ne se généralise pas et, vous avez raison, il ne faut pas que l’exception devienne la règle.

Q - L’autre gros dossier de ce sommet, c’est la crise migratoire, là aussi on a l’impression d’une impuissance européenne.

R - Non, je ne le crois pas. Ce que je crois c’est qu’il y a en tout cas une urgence à ce que toutes les décisions qui ont été prises lors des précédentes réunions des conseils européens ou des conseils justice affaires intérieures, c’est-à-dire les réunions des ministres de l’intérieur, soient vraiment mises en œuvre, notamment la mise en place des centres d’enregistrement des réfugiés en Grèce et en Italie, ce qu’on appelle les hotspots, et la lutte contre les filières de l’immigration irrégulière.
Le plan d’action avec la Turquie qui doit précisément permettre d’identifier ces bateaux de criminels, de trafiquants d’êtres humains qui au péril de la vie des réfugiés continuent à envoyer des gens en pleine mer, pour qu’ils soient renvoyés vers le point de départ et que les procédures de traitement des demandes d’asile soient plutôt faites au départ de la Turquie et non pas en laissant les gens risquer leur vie en traversant la Méditerranée. Ce qui va être fait lors de ce Conseil européen, c’est de soutenir la mise en œuvre de ces centres d’enregistrement, d’envoyer plus de moyens en Grèce et en Italie, notamment au travers de l’agence Frontex qui doit considérablement se développer et de vérifier que le plan d’aide à la Turquie qui a permis notamment d’octroyer des fonds pour l’accueil des réfugiés est vraiment mis en œuvre du côté de la Turquie.

Q - Merci.

R - Merci beaucoup.


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