A Gaziantep, une nouvelle génération de journalistes syriens voit le jour (18 septembre 2015)

L’action de la France en faveur du peuple syrien prend de multiples formes. A Gaziantep, ville turque frontalière de la Syrie, un incubateur des médias a été ouvert en août 2014 par CFI, l’agence française de coopération médias, avec le soutien de l’Union européenne. Objectif : former une nouvelle génération de journalistes, dans la perspective de la reconstruction du pays et de la réconciliation. Dialogue avec sa responsable, Nour Hemici.

Comment est né ce projet ?

L’action de CFI en faveur des médias syriens s’est développée progressivement. On a d’abord commencé au Liban, en soutenant les premiers groupes de syriens qui avaient quitté le pays. On leur fournissait de l’équipement : ordinateurs, caméras, enregistreurs etc. A l’époque, notre action était encore confidentielle. Puis en 2013, en coopération avec IMS (ndlr : l’ONG International Media Support), nous avons mis en place la radio Rozana, qui émettait depuis Paris à destination du public syrien. Toutes ces actions ont contribué à la naissance du projet d’incubateur des médias syriens, installé à la frontière turque depuis août 2014.

Comment fonctionne l’incubateur ?

Nous disposons d’un plateau équipé pour former des journalistes de télévision et de radio. Et nous formons également des journalistes de presse écrite ou web. Nos formations sont techniques, mais nous abordons aussi les enjeux éthiques et déontologiques. L’incubateur aide à diffuser les reportages produits : nous avons soutenu la création d’un réseau de distribution de journaux dans le Nord de la Syrie. Au total, ce sont 100 000 exemplaires qui sont distribués chaque mois.

Quel est le profil des journalistes qui intègrent l’incubateur ? Comment sont-ils sélectionnés ?

Ce sont des hommes et des femmes, âgés de 22 à 38 ans environ. Ils sont de toutes les confessions, de toutes les ethnies et nous produisons des reportages en arabe, en assyrien, en kurde etc. Ils représentent la Syrie dans sa diversité. La plupart d’entre eux sont mis en contact avec l’incubateur de façon assez spontanée, par le biais des réseaux que nous avons déjà constitués – notamment lors de nos formations. Au total, depuis que l’incubateur existe, nous avons formé près de 200 journalistes.

Parmi tous les reportages que l’incubateur a contribué à produire, quel est celui qui vous a le plus marquée ?

Je dirais que c’est un reportage vidéo réalisé par de jeunes journalistes du Centre d’Alep pour les médias. On y voit des avions du régime bombarder des infrastructures médicales et civiles à Alep : des barils d’explosifs sont largués sur des hôpitaux, des parkings d’ambulance, une morgue. Ce reportage montre que la résolution de l’ONU interdisant les bombardements à l’aide de barils d’explosifs n’est pas appliquée (ndlr : la résolution 2139) sur l’accès humanitaire en Syrie a été votée le 22 février 2014. C’est un reportage extrêmement marquant qui a été largement diffusé par les médias locaux à Gaziantep, auprès des Nations Unies et de différentes organisations internationales.

Video report about the Syrian regime attacks against the hospitals and medical sector in Aleppo city, the video has been edited at the Syrian Media Incubator Studio by @Aleppo Media Center "AMC" AMC - مركز حلب الإعلامي

Posted by ‎Syrian Media Incubator I حاضنة الإعلام السوري‎ on jeudi 28 mai 2015

CFI dans le monde arabe, c’est aussi :

Safir Lab, un programme d’accompagnement, d’invitation, de tutorat et de partage d’expériences destiné à de jeunes porteurs de projets issus des pays arabes.

Ebticar Media, un soutien au développement et à la consolidation de médias en ligne innovants.

4M Machrek, amélioration de la viabilité, du pluralisme et de la qualité de 10 médias en ligne dans le Machrek.

Découvrez l’interview d’Etienne Fiatte, directeur de CFI expliquant le rôle de l’institution :

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