Tchad : penser et agir pour mieux vivre ensemble la capitale de demain (5 août 2015)

L’Institut français du Tchad (IFT) mène depuis 2013 un vaste programme : "N’Djamena, un observatoire de l’imaginaire national". Celui-ci a pour objectif de réunir des compétences (institutions culturelles, artistes, chercheurs et élus) pour travailler au décryptage de ce qui peut faire le ciment d’une identité nationale.

À l’inverse des autres villes de l’État tchadien qui incarnent chacune une identité particulière, N’Djamena est un carrefour migratoire des populations et des ethnies. La ville-capitale devrait tirer son identité du dialogue entre tous les peuples du Tchad qui l’habitent. Seulement, force est de constater que N’Djamena est une ville où les populations vivent rarement ensemble. Une situation héritée des conflits de 1979 et qui persiste toujours aujourd’hui malgré la paix recouvrée. Avant cette période chacun s’accorde à penser que le partage entre les quartiers sud et nord était une réalité aujourd’hui devenue très abstraite.

Comment contribuer à la restauration de l’identité de N’Djamena ?

En proposant :

Un dialogue interculturel avec les habitants

  • Organiser des résidences de création associées à une réflexion sur les espaces publics ;
  • Restaurer la place des artistes en qualité "d’auteurs publics" au sens "d’écrivains publics" pour restituer la parole ou le regard des habitants. Ceux-ci mettent en scène les relectures de la ville qu’en font les habitants ;
  • Inciter au débat public dans un esprit de démocratie participative ; proposer la mise en place des "États généraux pour le renouveau de N’Djamena".

Un travail scientifique

  • Organiser la collecte, la conservation et la valorisation des patrimoines identitaires autour de l’écriture d’un projet pour le musée national et la bibliothèque nationale ;
  • Mettre en place un laboratoire universitaire au sein de l’université de N’Djamena adossé à une université française. Laboratoire destiné à produire un feed back sur les projets artistiques mis en œuvre.

Focus sur les projets "Liaisons urbaines" et "Mutations urbaines"

En mars 2014, l’IFT et l’Institut français – Paris (IF - Paris) organisaient des journées d’études conçues comme une étape de réflexion pour faire une première synthèse des travaux menés par les équipes artistiques immergés dans l’espace public tout au long des années 2013 et 2014 dans le cadre du projet "Mutations urbaines". Ces journées ont aussi été l’occasion d’imaginer comment la requalification de la place à vivre de Chagoua peut constituer un lieu de convivialité sociale et culturelle au
service des populations et des artistes
(projet "Liaisons urbaines").

"Mutations urbaines" est un programme de résidences d’artistes en immersion dans l’espace public au contact des populations. Les projets sont sélectionnés pour leur capacités à inciter le décloisonnement des populations et l’émergence de dialogues interculturels.

A ce jour ces projets ont été sélectionnés :

  • un premier, d’initiation à la danse contemporaine pour enfants et adolescents, incluant formations, ateliers de création, restitutions publiques…, porté par l’association Ndam Sena ;
  • un second autour de la photographie et du théâtre est porté par Abdoulaye Barry (photographe, lauréat des Rencontres de Bamako 2009), Léonnie Youmba (comédienne, dramaturge, directrice artistique de la Cie Cult’Arts) et Abdoulaye Oumaté (comédien, metteur en scène, directeur artistique de Djamh Afrik) ;
  • un troisième autour du conte et des arts visuels est coordonné par Maxime Ganza et Eric Tak (plasticiens) et le collectif de conteurs, Coco Titi. Ils interviennent sur des thématiques de sensibilisation à des questions d’utilité publique.

Le projet "Liaisons urbaines" a été, quant a lui, initié par l’IF- Paris. Il est mené à l’échelle du continent africain en collaboration avec la Cité de l’architecture de Chaillot et l’École du patrimoine africain. Il s’agit d’un programme de mise en valeur d’espaces publics par des interventions qui croisent aménagement urbain, design, art et patrimoine en associant habitants, opérateurs culturels et concepteurs du cadre de vie et des arts visuels (designers, architectes, plasticiens).

Un premier projet pilote avait permis l’inauguration d’une place à Porto Novo en 2013. Le réaménagement de la place Chagoua à N’Djamena autour de la thématique de la circulation de l’eau dans la ville en constitue la deuxième étape. La requalification de la place à vivre de Chagoua s’inscrit dans un dispositif plus vaste destiné à réfléchir entre habitants, élus et artistes à la manière dont on peut se ressaisir de l’aménagement urbain associé à un dialogue social pensé et mis en œuvre par des équipes artistiques qui travaillent dans tous les arrondissements de la ville dont le quartier de Chagoua. L’appel à projets a été remporté par deux jeunes architectes tchadiens, fraîchement diplômés de l’École d’architecture de Lomé, Maloum Hissein Mallah Adam et Bertin Fali Padjonre.

Cette requalification est un acte politique fort de réappropriation de la ville par les communautés qui y vivent avec les artistes qui y travaillent en lien avec les élus d’arrondissement et de la mairie centrale. Plus de 500 personnes ont participé tous les soirs de la semaine d’inauguration et d’organisation des journées d’études aux spectacles et restitutions données sur la nouvelle place à vivre de Chagoua.

Fabriquer des liens durables entre les habitants, les architectes et les autres équipes artistiques ; travailler avec les populations ; les inciter à circuler entre les quartiers ; c’est en ce sens que les équipes artistiques travaillent en étroite collaboration avec les services de la Maire de N’Djamena. Chacune des restitutions (une tous les 15 jours en moyenne) est associée à un débat entre les habitants, les chefs de quartiers et les élus autour de problématiques repérées par des sociologues travaillant au centre Al Mouna.

Comprendre ensemble, élus, artistes, population, que les mutations d’une ville ne s’opèrent pas seulement dans la construction d’immeubles ou de routes mais qu’elles consistent surtout à franchir les frontières invisibles entre les cultures et les peuples. La place de Chagoua est aujourd’hui un lieu privilégié pour organiser ces rencontres et ce dialogue interculturel entre les peuples.

Et aujourd’hui ?

Plusieurs projets suivent leur cours. Un collectif de photographes tchadiens est invité à poursuivre son travail dans le cadre d’un nouveau cycle de résidences d’artistes immergés. Le collectif se prépare à l’écriture d’un nouveau projet qui candidatera au prochain Fonds Social de Développement en début d’année 2016 sur la question de l’organisation et de la diffusion de la presse par le biais de la photographie et du graphisme dans les espaces publics. Il associera des journalistes et des graphistes.

Trois collectifs, français, allemand et tchadien, se sont associés en vue de créer une agence de presse photographique à N’Djamena. Leur première commande leur a permis d’accompagner Natacha Tatu, journaliste du Nouvel Obs venue travailler sur les réfugiés nigérians de Boko Haram sur le lac Tchad.

Toujours dans le cadre d’un nouveau cycle de résidence d’artistes : "Théâtre et urbanité", les deux compagnies Djamah-Afrik (Tchad) et Djarama (Sénégal) sont invités à poursuivre l’immersion d’équipes théâtrales associés à d’autres disciplines artistiques dans les espaces collectifs et les concessions privées de la ville. Le but est d’amorcer une rencontre, un dialogue et une invitation des populations à circuler d’un quartier à l’autre et les inviter aux processus de création développés par les artistes.

Partenaires associés à l’Institut français du Tchad

  • La Mairie de N’Djamena
  • L’Agence française de développement (AFD)
  • Le centre Al Mouna
  • L’Institut français – Paris
  • La coopération allemande via le Fonds culturel franco-allemand
  • Les équipes artistiques
  • Les Éditions Créaphis
  • La Cité de l’architecture – Palais de Chaillot
  • La galerie du bar Floréal – Paris
  • Le Centre français de Berlin
  • L’ École du patrimoine africain

Pour en savoir plus sur l’Observatoire de l’imaginaire national et sur tous les projets de ce vaste programme, sur le site del’Institut français du Tchad

Un ouvrage, "N’Djamena, Tchad", publié aux Éditions Créaphis, est consacré aux premiers projets déployés dans le cadre du programme "N’Djamena, un observatoire de l’imaginaire national", découvrez-le sur le site des Éditions Créaphis

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