Mauritanie : organiser un concours international de plaidoiries pour les Droits de l’Homme

Le troisième concours international de plaidoiries pour les Droits de l’Homme de Mauritanie s’est déroulé dans l’enceinte du Palais des congrès de Nouakchott le 22 avril 2015, sous le haut patronage du ministère de la Justice. Il a mis en compétition neuf avocats en provenance de Mauritanie, de France, du Maroc, de la Tunisie, de la Palestine, du Burkina Faso, de la Suisse et du Liban, lesquels ont traité d’un cas concret et récent de violation des droits de l’homme. Cinq des neuf candidats sélectionnés sont des femmes avocates, ce qui lance un signal plutôt positif dans le contexte mauritanien, où seules trois femmes sont inscrites près du Barreau.

Pour la troisième année consécutive, cet évènement a été un succès, et a permis de renforcer le dialogue entre les acteurs judiciaires mauritaniens. Le lauréat, Me Olivier Yelkouny, a été convié à participer au concours international de plaidoiries qui se tient à Jérusalem chaque année, au mois d’octobre. Son sujet original « je suis la voix des missa », et qu’il a admirablement plaidé, concerne les femmes accusées de sorcellerie au Burkina Faso et injustement rejetées de leur communauté.

Dans un contexte de lutte contre le terrorisme

Comme tous les États de la région, la Mauritanie est en butte à la poussée du terrorisme. Ce fléau, en menaçant la vie et la sécurité des civils, met en jeu la crédibilité de l’État et incite ce dernier à réagir vigoureusement. La lutte contre le terrorisme génère des effets délétères sur le maintien des libertés individuelles et le respect des droits fondamentaux, en particulier le droit à un procès équitable. Les organisateurs de ce concours entendent rappeler aux États la nécessité fondamentale de respecter les droits les plus élémentaires, quel que soit le contexte géopolitique. Un État ne peut remettre en cause les droits fondamentaux au prétexte de la lutte contre le terrorisme sans porter une atteinte vitale au contrat social, socle philosophique de toute nation.

En outre, les droits de l’Homme demeurent émergents en Mauritanie et il convient d’accompagner les acteurs locaux et la société civile dans les efforts d’implantation desdits droits. Le recensement contesté de la population négro-mauritanienne, la persistance de la pratique de l’esclavage, le maintien de la peine de la mort dans l’arsenal pénal (malgré l’existence d’un moratoire) ou encore les atteintes à la liberté d’expression sont autant de questions d’actualité qui invitent à l’organisation d’un tel évènement sur le sol mauritanien.

L’avocat, acteur majeur de la protection de nos libertés individuelles

Le rôle de l’avocat dans nos sociétés contemporaines est essentiel et il est l’un des acteurs majeurs de la protection de nos libertés individuelles. Au-delà de la compétition formelle regroupant chaque année une dizaine d’avocats venus d’horizons différents, des cas concrets, récents et individuels de violation des droits de l’homme sont exposés et défendus. Si dénoncer une situation inhumaine fait partie des objectifs que se sont attribués les avocats en participant à cette compétition, les arguments utilisés pour parvenir à cette fin demeurent le cœur du concours.

Au travers de leurs plaidoiries, les avocats démontrent par un raisonnement juridique que les comportements à l’origine des violations dénoncées n’ont pas lieu d’exister dans un État de droit. Et ceci constitue bien notre préoccupation première : amener chaque spectateur de la compétition et chaque lecteur du recueil de plaidoiries à comprendre les arguments et mécanismes permettant de dénoncer l’inhumain dans le but précis qu’ils soient les avocats des droits de l’homme de demain.

L’objectif ultime du concours est donc que chacun (citoyen comme autorité) s’interroge sur les droits de l’homme, leur respect et leur violation, et puisse dans le futur trouvé les arguments juridiques et philosophiques pour dénoncer l’inhumain.

Objectif : rappeler notre attachement à la défense des droits de l’Homme

Le concours de plaidoiries répond à quatre objectifs :

  • sensibiliser l’opinion publique sur les grands principes et garanties du procès équitable, rappeler que le respect des droits de la défense est au cœur du renforcement de l’État de droit ;
  • réaffirmer l’attachement des défenseurs des droits de l’Homme participant au caractère universel des droits invoqués ;
  • rapporter et dénoncer l’existence de cas pour lesquels les violations sont inacceptables et contraires aux droits de l’Homme ;
  • valoriser la profession d’avocat, en mettant en exergue l’art de convaincre - via l’exercice de plaidoirie - au profit d’une cause déterminée par chacun des candidats au préalable.

Partenariats noués

Le concours est une initiative conjointe

  • de l’Institut International des Droits de l’Homme et de la Paix (2IDHP – Caen)
  • de l’Ordre national des avocats de Mauritanie (ONA)
  • du service de Coopération et d’Action culturelle de l’ambassade de France en Mauritanie (SCAC)

Par ailleurs, le ministère mauritanien de la Justice est devenu partenaire du CIP à partir de sa deuxième édition (2014).

Un succès public et médiatique

Le CIP est un évènement public, ouvert à tous ceux qui désirent y assister. Ainsi, on a pu noter, parmi le public, outre un grand nombre d’avocats et de magistrats mauritaniens, la présence d’acteurs de la société civile, d’étudiants, de lycéens (y compris du Lycée français Théodore Monod de Nouakchott), d’élèves de l’Alliance française, etc.

En plus du public chaque année plus nombreux, le CIP bénéficie d’une couverture médiatique importante. Il a ainsi été diffusé en direct et en intégralité sur la télévision privée TV Sahel en 2014, et en différé sur la télévision nationale en 2015. De nombreux articles paraissent à chaque édition du concours dans la presse francophone et arabophone.

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