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Intervention du photographe officiel du ministère des Affaires étrangères, M. Frédéric de la Mure, à l’occasion de l’inauguration de l’exposition photographique « Au large de la France - Français du monde » (Paris, le 17 juillet 2012)

Bonjour à tous,

Je n’ai aucune note, je n’ai que des souvenirs. J’ai commencé cette série de reportages par Haïti et ce fut vraiment une histoire absolument incroyable. J’avais demandé au nouvel ambassadeur, que je connais bien, de l’accompagner, dès son départ de Paris, afin de réaliser un reportage sur sa prise de fonction.

J’ai su qu’à l’occasion d’une réunion, on lui avait montré des tronçonneuses destinées aux interventions en cas de séisme ou de cyclone, afin de pouvoir évacuer la population française en coupant les palmiers pour la pose d’hélicoptères.

J’ai travaillé sur différents sujets en Haïti : l’ONU ; les personnes qui travaillent et qui aident dans les camps où les gens sont très pauvres. Deux mois après ce reportage, il y a eu le tremblement de terre… Pas un instant, lorsque l’on m’a parlé de ces tronçonneuses, je n’aurais pu penser que la situation pouvait dégénérer de cette manière-là.

Toute cette série de reportages ont donc commencé d’une façon hyper intense pour moi. Par la suite, quand j’ai vu tous ces Français au travail, après ce tremblement de terre, je me suis dit que je devais continuer ce que j’avais commencé.

Le choix des pays où les photographies ont été prises est un peu le fruit du hasard de mes connaissances. Ici, dans ce ministère, je suis bien placé pour obtenir des contacts un peu partout. J’ai choisi des pays où l’actualité était importante mais aussi des pays plus discrets comme la Slovaquie, j’aurais pu choisir la République Tchèque, mais il se trouvait que je connaissais quelqu’un dans ce pays. J’ai aussi voulu choisir un endroit un peu hors norme en choisissant des images du Groenland, un territoire qui appartient au Danemark, et où vivent seulement onze Français.

J’ai aussi choisi la Russie - un grand pays - et des pays qui rencontrent actuellement d’importantes difficultés tels que la Libye, l’Égypte ou les Territoires palestiniens.

Je voulais vous expliquer comment j’ai choisi l’affiche de l’exposition. L’image vient de Gaza et elle est joyeuse. On montre toujours la Bande de Gaza de façon extrêmement triste alors que cette fois, il s’agit d’une plage à Gaza où se trouvent des enfants palestiniens dans un camp des Nations unies et où quelques Français travaillent ; ils organisaient un concours de cerf-volant. Dans ce camp, il y a exactement 280.000 enfants qui y passent l’été, aidés par l’ONU. Je trouvais que c’était émouvant de montrer ce Français sur cette plage avec tous ces enfants.

Ce qui a été formidable dans tous ces reportages, c’est l’histoire humaine ; ce ne fut que des rencontres avec les gens. Bien sûr, l’ambassade avait prévu certains rendez-vous mais il y a aussi eu beaucoup de hasard.

Pour l’Égypte, je suis plutôt parti pour travailler sur des questions d’archéologie. J’ai par exemple rencontré un archéologue absolument extraordinaire, Christian Leblanc, avec lequel je suis resté une journée entière. Depuis vingt ans, il travaille sur le même terrain, à Louxor. À la fin de la journée, il rassemblait dans une petite boîte métallique, fermée par un cadenas, toutes les petites richesses qu’il avait trouvées dans la journée. Il repartait chez lui ainsi, comme le professeur Tournesol ; c’était pour moi quelque chose d’absolument extraordinaire.

Quelques heures après, j’ai appris à l’ambassade qu’une très grosse manifestation se préparait place Tahrir. J’y suis allé avec une conseillère politique. Nous avons eu de grandes difficultés à traverser cette place tant la foule était dense. Nous sommes montés dans un immeuble ; je n’avais jamais vu autant de monde de ma vie. C’était en fait le premier jour de la deuxième révolution égyptienne. Malheureusement, quelques heures après, à cet endroit précis, il y a eu de nombreux morts.

Les images de l’exposition montrent en permanence le grand écart entre des Français très discrets dans leur métier et des histoires politiquement très « chaudes ».

Il y a aussi un autre événement qui m’a beaucoup touché, c’était en Libye, juste après la guerre. Un soir, avec deux diplomates, j’étais parti sur la place Verte, là où Kadhafi faisait tous ses discours. Ce soir-là, il y avait un babyfoot autour duquel de jeunes Libyens jouaient. Nous avons fait une partie avec les deux diplomates et ces jeunes libyens. Cela avait quelque chose de complètement extraordinaire lorsque l’on pensait à ce qui s’était passé deux mois avant.

Ce que j’ai découvert également, ce sont tous ces métiers de la diplomatie. Au Pérou par exemple, j’ai suivi une jeune consule dans une prison où des trafiquants de drogue français étaient détenus. Cette jeune femme faisait le lien avec les familles en leur apportant du courrier et des journaux. Elle-même me disait que jamais un instant elle aurait pu penser que ce métier la conduirait à faire ce genre de chose.

Des histoires comme celles-là, j’en ai beaucoup. Ce qui a été également merveilleux - et je le conseille vraiment à tous les jeunes – c’est d’avoir été en contact avec les volontaires internationaux. J’en ai rencontré aux quatre coins de la planète. Je me souviens notamment d’un volontaire international en poste à Vladivostok. Il s’occupait de gérer l’Alliance française. Il était le seul Français dans une ville de 600.000 habitants. À peine sorti des études, à vingt-quatre ans, c’était formidable de se retrouver dans un tel contexte. Je me souviens également, en Égypte, d’une jeune femme qui s’occupait du SAMU social et qui faisait la nuit des maraudes entre 1h et 4H du matin pour récupérer des enfants dans le besoin, pour les faire soigner. Ce sont des moments très émouvants.

Il y a aussi les grandes entreprises françaises, installées en Algérie ou au Caire, où l’on voit des hommes travailler dans des conditions très difficiles. Par exemple, pour le percement du métro du Caire, des hommes travaillent durant douze heures, supportant des températures extrêmes, dans des bains de vapeurs en pilotant des tunneliers.

J’ai vraiment découvert une autre France, une France qui aide beaucoup de monde. J’ai circulé dans le camp de Dahab au large de la frontière somalienne et kenyane où se trouve le plus grand camp de réfugiés du monde. Il s’y trouve presque 500.000 réfugiés actuellement. Il s’agissait de jeunes français qui, dans des conditions très difficiles, ont pu aider de façon absolument remarquable.

La Culture est également très présente. Je suis allé dans de nombreuses Alliances françaises où de nombreux artistes sont invités. Et on favorise aussi la venue de ces artistes en France.

Il y a eu un hasard incroyable ! J’ai deux histoires sur le Groenland, un pays qui m’a beaucoup frappé. J’y ai rencontré Éric Brossier qui est navigateur et qui travaille pour le CNRS. Il vit au Groenland sur un bateau à voile avec ses deux enfants : deux petites filles âgées d’un an et demi et de quatre ans et demi. Il embarque souvent des équipes du CNRS pour des explorations polaires qui durent six mois de l’année. Il se fait prendre par les glaces et vit complètement en autarcie. C’est une personne merveilleuse…

Pour finir, on est un peu Français du monde aussi par hasard et je trouve aussi cela formidable. Toujours au Groenland, j’ai rencontré une jeune Française qui s’occupe actuellement de tourisme. Elle est issue de l’immigration ; elle a des parents marocains. Elle a toujours vécu en France et a fait ses études à Aix en Provence. Un jour, à une terrasse de café, sur le cours Mirabeau, elle rencontre un pilote groenlandais dont elle tombe folle amoureuse. Elle est partie au Groenland avec lui. C’est une histoire d’amour formidable et incroyable ! On peut vraiment être Français du monde par hasard.

Je suis un peu frustré parce que je pourrai parler une demi-heure de chacune de ces photos.

Pour terminer, je voudrais remercier beaucoup de monde, notamment tous les diplomates qui m’ont beaucoup aidé dans les différents pays où je me suis rendu. Je pense à Mme « Groenland » et Monsieur « Géorgie » qui sont parmi nous. Je ne sais pas s’ils sont rentrés à Paris, mais ils seraient peut-être mieux là-bas car ils sont très efficaces.

Je veux remercier aussi l’agence Escapade qui a fait un travail formidable d’un point de vue esthétique que j’apprécie beaucoup, ainsi que Franck Kantor qui a fait un travail très difficile. J’ai fait au total 160 reportages. Je lui ai tout donné en lui disant de se débrouiller et de trouver une idée de scénario. Au bout d’un mois, il m’a dit : « Ce que je vois dans tes photos, essentiellement, c’est, Liberté, Égalité, Fraternité, comme ce que l’on voit sur nos frontons de mairie ou sur les timbres postes ». J’ai trouvé que c’était une idée formidable. C’est la raison pour laquelle l’exposition est divisée en trois parties sur le thème : Liberté, Égalité, Fraternité. Ici, ce sont des photos génériques qui parlent d’elles-mêmes.

Je tiens bien sûr à remercier Bernard Valero, mon propre directeur et toute son équipe qui m’ont soutenu dans ce beau projet.

Je vous remercie.


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