Publication du rapport sur les think tanks français : mission d’information et de recommandations (27 octobre 2016)

En décembre 2015, une mission d’information et de recommandation sur les think tanks français de politique étrangère a été confiée à l’ambassadeur Yves Saint-Geours. La mission est née de la prise de conscience, déjà ancienne, que dans la bataille des idées mondiales, les think tanks sont devenus la ligne de front.

Qu’il s’agisse de mettre des mots sur les évolutions stratégiques globales, d’imaginer des concepts pour organiser le chaos des relations internationales ou de jeter un regard prospectif sur les mutations du monde, les think tanks jouent un rôle central dans la diplomatie d’influence des Etats. Ils jouent également un important rôle d’appui à la prise de décision en mettant en avant des recommandations et des options politiques.

Ils se sont multipliés – on compte désormais des milliers de think tanks dans le monde dont plus d’une centaine ont un rayonnement international majeur, tant auprès des médias, des populations ou de leurs dirigeants. Mais l’industrie des think tanks est encore très fortement dominée par les anglo-saxons, qui en rédigent et maîtrisent tous les codes, tandis que notre visibilité internationale pourrait être meilleure. Les think tanks sont un outil de la puissance, qui a incontestablement bénéficié aux Etats-Unis.

Les constats établis dans le rapport

Dans son rapport, Yves Saint-Geours établit le constat suivant :

  • Les think tanks français de politique étrangère sont bons, et les think tankers sont demandés : le paysage français est d’une grande diversité, s’appuyant sur une recherche universitaire et de terrain de très haut niveau, les analyses françaises sont appréciées, et les productions sont lues.
  • Mais trop souvent les structures travaillent en parallèle et non conjointement : trop souvent les diplomates français s’inspirent davantage des idées débattues à Berlin, Londres ou Washington, et n’ont pas l’œil sur la production française ; trop souvent les concepts anglo-saxons, voire nord-américains dominent.
  • L’action publique n’est pas en adéquation avec les besoins : l’Etat a une attitude hésitante et indifférenciée face à cette industrie, pourtant vitale pour le rayonnement de la France dans le monde. Les subventions publiques sont irrégulières et ont été fortement réduites, sans lien avec les efforts récents réalisés par les think tanks.
  • La conséquence en est que les think tanks français peinent à se développer, à embaucher, à ouvrir des bureaux à l’étranger, ou à investir dans des outils innovants.

Or, dans un monde post-Brexit, où les populismes menacent l’Union européenne, où les Etats révisionnistes menacent l’ordre libéral international, où la désinformation et la rumeur prennent trop souvent le pas sur l’étude des faits et le courage politique, il est plus que jamais nécessaire de pouvoir s’appuyer sur des analyses nationales de qualité, développées en liens étroits avec les autorités, nourries d’une vraie recherche de terrain et diffusée largement. Soutenir les think tanks, c’est soutenir le véhicule qui porte la voix de la France à l’international.

Les recommandations et les axes prioritaires

Face à cette analyse, Yves Saint-Geours avance une série de recommandations destinées à améliorer la cohérence du rapport de l’Etat aux think tanks et à travailler sur les blocages institutionnels qui grèvent le dynamisme du secteur des think tanks en France.

Le rapport comporte 20 recommandations mais trois axes ont vocation à être prioritaires :

Cohérence et évaluation des financements publics à destination des think tanks :

  • établir un comité de pilotage interministériel pour réaliser des arbitrages sur les subventions du Premier ministre accordées aux think tanks ;
  • procéder à une évaluation indépendante de l’usage de l’argent public pour l’ensemble des dispositifs subventionnés ;

Rapprochement du Département et des think tanks :

  • mettre en place au sein du MAEDI un système d’échange, de type diplomate d’échange, sur la base du volontariat : un diplomate pourrait ainsi rester 1 ou 2 ans dans un think tank, et en contrepartie, un chercheur de ces think tanks pourrait intégrer le MAE, dans une des directions politiques, avant de regagner son poste dans sa structure d’origine ;
  • réunir tous les six mois un « Cercle consultatif sur les Affaires étrangères » composés des responsables des principaux think tanks dédiés aux questions internationales autour du Ministre afin de définir ensemble les enjeux prioritaires du moment ;
  • organiser un soutien actif du Ministère et du Ministre au fundraising des think tanks.

Diffusion et promotion des idées françaises via les services culturels, les rencontres internationales, la traduction :

  • mobiliser les services de coopération et d’action culturelle des Ambassades via l’Institut français, afin de faciliter les venues de think tankers français dans le réseau ;
  • créer un fonds pour la traduction des travaux français des think tanks, afin à la fois de les faire mieux connaître ;
  • créer un fonds spécifique d’envoi d’experts dans les congrès et forums mondiaux, afin de « porter la voix de la France » à l’international.

Consulter le rapport complet :

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