Parcs naturels régionaux. À la reconquête des territoires (n°66 - 2007)

Volcans, marécages, bogages ou forêts, les parcs naturels régionaux rassemblent toute la
variété des paysages de la France. La dune du Pilat, le long de l’océan Atlantique dans le Sud-Ouest.
Créés il y a quarante ans, les parcs naturels régionaux (PNR) visent à concilier dynamisme économique et préservation du patrimoine naturel. Le concept a fait ses preuves. Aujourd’hui, 44 PNR occupent 13 % du territoire national et une dizaine sont en projet.
Les paysages les plus emblématiques
Impulsions touristique et économique
Un PNR est toujours un pari, celui de la recherche de l’harmonie entre nature et culture, patrimoine et modernité, protection de l’environnement et développement économique... " Avec une philosophie, insiste Michel Moyrand, président du parc Périgord-Limousin, centrée autour de l’homme au cœur du territoire. "

Rocamadour, ancienne ville forte du
Moyen Âge surplombant la gorge de l’Alzou,
est un site qui mêle merveilles architecturales et
paysage unique.
Élaboré au terme d’une dizaine d’années de réflexions, d’études et de concertations (avec les élus et, depuis peu, avec les habitants eux-mêmes), un PNR naît lorsqu’une région rurale décide de dynamiser son développement en s’appuyant sur ses atouts : la richesse de son patrimoine naturel et bâti, la variété de ses terroirs, la beauté de ses paysages... Répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain et d’outre-mer, les PNR comptent les paysages les plus emblématiques du pays : volcans (Auvergne), delta (Camargue), montagnes (Queyras), forêt tropicale (Guyane), étangs (Brière, Brenne), mais aussi landes, bocages, marécages, pâturages ou grandes cultures.
Les paysages les plus emblématiques
Le premier parc régional a vu le jour en 1968 dans le département du Nord sur une superficie de 12 000 hectares. Il s’agissait, à l’époque, de répondre à la pression urbaine de la métropole Lille-Roubaix-Tourcoing qui menaçait des milieux naturels exceptionnels. 32 des 44 parcs sont, comme celui-ci, limitrophes d’une grande agglomération. Les autres - comme les deux derniers en date, ceux des Pyrénées Catalanes et de Millevaches (centre de la France) - ont au contraire fleuri sur des territoires délaissés, victimes de l’exode rural.

Papillon dit flambé.
La taille des PNR est très variable. Ainsi, celui de Camargue ne compte que deux communes, celui du sud du massif des Vosges cent fois plus, et il est réparti sur trois régions et quatre départements ! Le parc de Brière (côte Atlantique) s’étend sur 49 000 hectares, soit à peu près le dixième de celui des Volcans d’Auvergne. Certains sont presque déserts (1,5 ha/km2 en Guyane), d’autres densément peuplés (190 ha/km2 dans celui de la Haute-Vallée de Chevreuse, près de Paris).
La gestion s’appuie toujours sur une charte, révisable tous les dix ou douze ans. Approuvée par l’État, elle est mise en œuvre par un syndicat mixte qui regroupe les représentants de la population (élus, entreprises, associations...). Contrairement à un parc national, un PNR ne fait pas respecter sa charte par la contrainte mais cherche davantage à convaincre ses signataires en recourant massivement à l’information, l’animation et la sensibilisation. La sanction peut cependant tomber lors du renouvellement de la charte et une région peut être déclassée si elle ne s’est pas acquittée de sa mission de préservation de l’environnement.

Les parcs naturels régionaux
concernent 220 000 entreprises,
dont 30 % agricoles.
Dans le parc des Ballons
des Vosges (Est).
Impulsions touristique et économique
Le label PNR ouvre droit à des aides de l’État, des collectivités territoriales et de l’Union européenne. Il offre surtout une très forte visibilité en matière touristique et favorise la création de gîtes, d’itinéraires de randonnée, de sorties naturalistes, de produits du terroir (agricoles ou artisanaux)... sous la marque déposée " Parc naturel régional ".
Alliées à une politique de communication tous azimuts, ces actions dopent la fréquentation du territoire et redonnent confiance aux habitants qui y vivent à l’année. L’économie locale trouve de nouveaux débouchés, bientôt suivis par l’arrivée de nouveaux habitants : retraités (français et étrangers), mais aussi nombre de jeunes attirés par la qualité de vie et les perspectives de développement. De plus, l’arrivée d’enfants scolarisés évite les fermetures de classes. De leurs côtés, artisans et commerçants voient leurs activités se renforcer. Peu à peu, c’est toute une dynamique de reconquête qui se met en marche, transformant profondément le territoire.
Emmanuel Thévenon
Journaliste
Naturel ou national ?
La France compte sept parcs nationaux (Vanoise, Écrins, Mercantour, Port-Cros, Cévennes, Pyrénées, Guadeloupe).
Ils ont, pour principale vocation, la protection et la conservation d’un " sanctuaire ", espace naturel fragile qui n’a pas été sensiblement altéré par l’exploitation humaine. Un PNR, au contraire, est un territoire dont les paysages résultent de l’interaction entre l’homme et la nature. Ils se sont maintenus à travers le temps grâce notamment à des méthodes de cultures respectueuses de l’environnement.
Un écho international
Forts de leurs succès en France, certains PNR établissent des liens étroits avec d’autres parcs à travers le monde, principalement en Europe, mais aussi en Amérique latine et en Afrique : le parc du Luberon et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur apportent par exemple leur expérience à la création du futur PNR de Bouhachem, dans le Rif, au nord du Maroc.

Les bords de la Loire,
le plus long fleuve de France,
sont classés au patrimoine
mondial de l’Unesco.
En projet
Parmi la dizaine de parcs en projet, le plus original est sans conteste le parc naturel marin d’Iroise, dans le Finistère (Bretagne). Ce nouveau concept a " émergé " après l’abandon d’un projet de parc national. La vaste superficie (100 % marine) qui sera retenue permettra d’intégrer les activités économiques et de loisirs aux préoccupations environnementales, et d’accueillir, dans le plus grand champ d’algues marines d’Europe, 120 espèces de poissons, des centaines d’invertébrés, et le quart de la population française de mammifères marins (phoques et dauphins).
Les PNR en chiffres
Les 44 PNR représentent 13 % du territoire national (7 millions d’hectares). Ils concernent 3 millions d’habitants, 220 000 entreprises (dont 30 % agricoles) implantées dans 66 départements de la France métropolitaine et 2 départements d’outre-mer. La forêt occupe 37 % de leurs territoires. Les PNR comptent aussi 9 des 22 zones humides d’intérêt international. Deux sites sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco : la réserve naturelle de Scandola en Corse et les bords de la Loire.
Pour aller plus loin
www.parcs-naturels-regionaux.tm.fr/fr/accueil
C’est le site de la fédération des PNR. On y trouve la liste des parcs avec leurs coordonnées ainsi qu’une foule d’informations.


