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La longue route des Noirs vers l’égalité (n° 59 - 2005)

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La députée Christiane, 17.8 ko, 400x271

La députée Christiane Taubira est à l’origine de la loi française de 2001 reconnaissant la traite des Noirs et l’esclavage comme « un crime contre l’humanité ».

Au cours de ces dernières années, les Noirs de France se sont mobilisés pour faire reconnaître la tragédie de la traite négrière et de l’esclavage. Et se faire reconnaître comme des citoyens à part entière. Parallèlement, la France a multiplié gestes et dispositifs. Entre devoir de mémoire et intégration.

La lutte contre les discriminations continue
Les revendications des noirs de France...
...Qui se méfient des risques de dérive communautariste
Des signes de changement, pourtant...
Le refus de la victimisation

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Depuis septembre (...), 9.6 ko, 165x218

Depuis septembre 2004,
Audrey Pulvar coprésente
avec Louis Laforge le journal
du soir de la chaîne publique
de télévison France 3.

Après la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, deux autres actes fondateurs ont marqué la longue route vers l’égalité et la liberté de tous les hommes en France : 1848 avec le vote par le Parlement français du décret sur l’abolition de l’esclavage, porté par Victor Schoelcher, député et sénateur (voir Label France n° 56) ; et 2001 avec l’adoption par le Sénat de la proposition de loi déposée par Christiane Taubira, députée de la Guyane. Ce texte reconnaît la traite des Noirs et l’esclavage, perpétrés par l’Europe et notamment la France à partir du XVe siècle, comme un « crime contre l’humanité ». Quatre mois plus tard, la Conférence mondiale des Nations unies contre le racisme à Durban (Afrique du Sud) avalise cette qualification et l’ONU déclare 2004 l’« Année internationale de commémoration de la lutte contre l’esclavage et de son abolition ». Dernier acte de la République française : sur la proposition du Comité pour la mémoire de l’esclavage, présidé par Maryse Condé, auteure guadeloupéenne, et qui a remis en avril 2005 son premier rapport, le gouvernement pourrait retenir la date du 10 mai pour commémorer chaque année l’abolition de l’esclavage, et mieux prendre en compte dans les programmes d’enseignement l’histoire de la traite et de l’esclavage. Des actions fortes. Et, pourtant, les chaînes n’ont pas disparu... C’est que l’Histoire est tenace, semble dire Christiane Taubira. Dès l’abolition de l’esclavage en 1848, « des consignes de silence ont été données. L’ancienne population esclavagisée a intériorisé cette consigne parce qu’elle avait intériorisé la honte de l’asservissement. » Aujourd’hui, « à cette souffrance s’ajoute une souffrance au quotidien, les discriminations à l’embauche, au logement... », ajoute-t-elle.

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Le livre de Gaston, 15.2 ko, 165x249

Le livre de Gaston Kelman,
entre provocations et
propositions, a marqué
le récent débat sur
la place des Noirs
dans la société française.

La lutte contre les discriminations continue

Ces discriminations sont comme le silence, tenaces et humiliantes. Et si elles ont toujours indigné les Français d’origines africaine et antillaise, et interpellé les mouvements des droits de l’Homme, elles interrogent aujourd’hui l’ensemble de la société française. Sans doute parce que la République a commencé par reconnaître la traite des Noirs et l’esclavage comme faisant partie de l’Histoire de France. Au cœur de cette reconnaissance, la loi de Christiane Taubira, bien sûr. Vingt ans après le geste symbolique de François Mitterrand lors de sa victoire aux élections présidentielles - une rose déposée sur la tombe de Schoelcher au Panthéon -, ce texte solennel exorcise les séquelles d’un crime oublié. Il met en lumière cette « page peu glorieuse de notre Histoire », comme le déclarait le président Jacques Chirac, le 26 avril 1998, lors du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. Depuis, les pouvoirs publics ont multiplié les gestes et les dispositifs, afin que se rompent enfin les chaînes... Toutes les chaînes, de l’esclavage, de la domination coloniale et de la discrimination. Toujours en 1998, justement, les discriminations sont reconnues comme un danger majeur pour la cohésion sociale.
En 2001, l’adoption de la loi relative à la lutte contre les discriminations entraîne la création de dispositifs institutionnels comme le Geld [1], le n° 114 [2] et les Codac [3]. En 2002, cette lutte est même consacrée « grande cause nationale ». En décembre 2004, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité voit le jour (voir Label France n° 57). Enfin, depuis la proclamation des Nations unies en 1996, la France célèbre, le 21 mars, la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, comme partout dans le monde.

Les revendications des noirs de France...

Mais, persistantes, ces discriminations mobilisent de plus en plus les minorités d’Afrique, des Antilles et de la Guyane, ces Français qui ne supportent plus d’être « des Français entièrement à part », selon l’expression du poète Aimé Césaire. Le 23 mai 1998, un mois à peine après le 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, c’est une foule silencieuse, métissée et forte de 40 000 personnes qui s’avance vers la place de la Nation, à Paris, pour réclamer une meilleure représentativité dans la société française. Lors de la cérémonie du cinéma des Césars en 2000, le Collectif égalité, avec notamment la romancière camerounaise Calixthe Beyala et le metteur en scène guadeloupéen Luc Saint-Éloi, interpelle le ministère de la Culture : où sont les minorités au cinéma, à la télévision, au théâtre ? Les Noirs sont-ils cantonnés, dans l’imaginaire, au sport et à la musique ? La négritude, le concept créé dans les années 1930 par les écrivains et intellectuels Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire, et principal instrument idéologique de la libération des Noirs colonisés, n’a pas la cote dans les castings.

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Kofi Yamgnane, ancien, 8.5 ko, 165x170

Kofi Yamgnane, ancien
secrétaire d’État
aux Affaires sociales
et à l’Intégration,
et élu local de longue date,
a beaucoup œuvré
pour une république
sans discriminations.

...Qui se méfient des risques de dérive communautariste

Excepté quelques rares figures - comme la comédienne Firmine Richard, l’une des Huit Femmes du cinéaste François Ozon, ou Jacques Martial, l’acteur de la série télévisée Navarro -, le spectacle est sans couleurs et la télé essentiellement blanche. Alors, des quotas ? Une revendication dont ces hommes et ces femmes se méfient, conscients de la menace d’une dérive communautariste. Mais pourquoi pas ? Y compris en politique, où le métissage n’est pas mieux représenté, même si on n’oublie pas des personnalités comme Gaston Monnerville, président du Sénat de 1958 à 1968, ou Kofi Yamgnane, ancien secrétaire d’État aux Affaires sociales et à l’Intégration, aujourd’hui vice-président du conseil général du Finistère (Bretagne), ou Christiane Taubira, première femme noire candidate aux élections présidentielles en 2002. Quant à l’accès au travail et au logement, on sait combien pour les Français de couleur cela ressemble à un parcours du combattant.

Des signes de changement, pourtant...

Répondant à l’une des principales revendications du Collectif égalité, l’organisateur de la manifestation « des peuples noirs de France », le 20 mai 2000, le ministère de la Culture et de la Communication de l’époque avait annoncé un décret modifiant le cahier des charges des chaînes publiques. Mission : faire des programmes qui « témoignent de la richesse et de la diversité des origines et des cultures constitutives de la société française ». Un objectif repris depuis par Marc Tessier, président de France Télévisions. Et encore tant d’initiatives. À l’exemple d’Africagora. Créé en 1999, le club milite pour l’intégration des « minorités » noires au sein de l’État et des centres de décision institutionnels, économiques, politiques et médiatiques. Un peu partout, aussi, des signes de changement. Avec le succès de son livre paru en 2004 (éd. Max Milo, Paris), Je suis noir et je n’aime pas le manioc, Gaston Kelman, camerounais naturalisé français, tord le cou aux clichés du racisme ordinaire et s’insurge, en bon républicain, contre la tendance à réduire les personnes à leur couleur ou à leur origine.

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La campagne européenne, 4.9 ko, 165x124

La campagne européenne
contre le racisme
dans le football lancée
par le joueur français
Thierry Henry : « Il est
temps de se lever
et de parler ».

Le refus de la victimisation

Thierry Henry, champion du monde de football et noir, vient de lancer une campagne européenne destinée à lutter contre le racisme. Autres moments forts, les colloques organisés en février [4] et en avril 2005, à Paris, par le Cercle d’action pour la promotion de la diversité en France (Capdiv) qui a rassemblé chercheurs, associations et grand public autour du thème « Les Noirs en France, portrait d’un groupe invisible ». Objectifs : défendre le devoir de mémoire et renforcer l’intégration tout en évitant le piège de la victimisation. Le signe qu’il est temps, en effet, de donner une vraie place et une vraie représentation à toutes les composantes de la société française.

Mélina Gazsi journaliste

[1] Groupe d’études et de lutte contre les discriminations.

[2] Numéro d’appel gratuit mis à la disposition des victimes de discrimination raciale en France.

[3] Commissions départementales d’accès à la citoyenneté.

[4] Sous le patronage du président du Sénat, Christian Poncelet.

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