Le microcrédit, créateur de richesses

La ministre française déléguée à la Coopération, au Développement et à la Francophonie,
Brigitte Girardin, et Muhammad Yunus, l’inventeur bengali du microcrédit lors de la
Conférence de Paris sur la microfinance, en juin 2005.
Né dans le tiers-monde, le système du microcrédit gagne du terrain sur la planète, et notamment en France. S’adressant à des personnes démunies et exclues du crédit bancaire classique, il leur donne les moyens de créer leur micro-entreprise. Et de se construire un avenir meilleur.
500 millions de bénéficiaires dans le monde
Au nord aussi
30 000 entreprises créées en france
Grâce à un prêt d’une poignée de dollars, des femmes du tiers-monde vivant en dessous du seuil de pauvreté parviennent à lancer une activité génératrice de revenus. Résultat : des familles élèvent leur niveau de vie et échappent aux usuriers. Deux ans plus tard, l’argent est remboursé. C’est à partir de ce constat, réalisé dans les années 1970, qu’au Bangladesh un économiste et universitaire, Muhammad Yunus, a eu l’idée de fonder, en 1983, une banque proposant de petits prêts aux pauvres du milieu rural, la Grameen Bank.
Depuis, l’idée a fait du chemin et le microcrédit s’est répandu dans les pays en voie de développement, permettant à des millions de personnes, non solvables selon les critères marchands classiques, de vivre de leur travail. L’intérêt de ce dispositif a d’ailleurs été reconnu par l’Organisation des Nations unies (ONU) puisque cette dernière a proclamé 2005 Année internationale du microcrédit [1] et souhaité que s’ouvrent un grand nombre d’institutions de microfinance (IMF) [2] . Selon les pays, celles-ci prennent des formes différentes.

Dirigée par des femmes
(souvent exclues du système bancaire
classique), une banque coopérative en
Afrique permet aux familles
d’élever leur niveau de vie.
500 millions de bénéficiaires dans le monde
" Elles sont souvent nées de programmes d’appui gérés et financés par des organisations non gouvernementales (ONG) locales ou étrangères. Ce peut être des caisses villageoises ou des banques rurales, plus ou moins proches de nos mutuelles ", observe Michel Lelart, directeur de recherche émérite du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) [3]. Et de poursuivre : " Le modèle du Bangladesh est présent dans 34 pays. Parfois, en Inde par exemple, les crédits sont accordés à des groupes d’entraide qui ont un projet commun, mais ne sont pas solidaires. En Amérique latine, certaines IMF sont devenues de véritables banques. En Asie, des banques commerciales se sont lancées dans le microcrédit. En Afrique, aucun modèle ne domine vraiment. D’un pays à l’autre, tous sont plus ou moins représentés. "
Début 2006, la Banque mondiale a dressé, quant à elle, un bilan positif du microcrédit, dont bénéficieraient quelque 500 millions de personnes, même si ses experts remarquent que " les services financiers pour les pauvres ne peuvent résoudre tous les problèmes causés par la pauvreté ".

Aidé par l’Association pour le droit à
l’initiative économique (Adie),
un artisan français a pu
créer son activité.
Au nord aussi
Depuis une dizaine d’années, la formule se développe aussi dans les pays du Nord. Ainsi, en France, où la précarité gagne du terrain, l’idée d’offrir à tous le droit à l’initiative économique se développe et la demande de crédit solidaire croît. Soucieux de lui donner une " nouvelle impulsion ", le président de la République, Jacques Chirac, qui estime que " dans le cadre de la lutte contre le chômage et contre l’exclusion, le microcrédit constitue une voie prometteuse ", a annoncé, le 2 février 2006, une série de mesures. Il entend tout d’abord dynamiser l’action du Fonds de cohésion sociale, en élargissant son champ d’intervention. Cet organisme, qui était déjà doté par l’État de 73 millions d’euros sur cinq ans, a pour objectif de faciliter l’accès au crédit bancaire des personnes en difficulté désirant créer ou reprendre une entreprise. Par ailleurs, la Caisse des dépôts et consignations, qui le gère, consacrera, dès 2006, 5 millions d’euros au financement de 50 expérimentations de formation et d’accompagnement des emprunteurs issus des quartiers défavorisés. L’information des bénéficiaires potentiels sera en outre améliorée et un Observatoire de la microfinance mis en place par la Banque de France.
Parallèlement, Martin Hirsch, le président d’Emmaüs France, a proposé au chef de l’État, en mars 2006, que soit créée une banque sociale implantée dans une trentaine de villes régionales. Il s’agirait d’un guichet unique de prêts sociaux accessibles " sans conditions d’âge ou de garantie ".
Le projet repose sur un partenariat public-privé. Côté public, l’État apporterait sa garantie sur les prêts, et les collectivités locales mettraient à disposition des locaux et du personnel pour accompagner les emprunteurs. Côté privé, les banques détacheraient du personnel pour traiter les dossiers et fourniraient le matériel informatique.
30 000 entreprises créées en france
Aujourd’hui, en France, plusieurs associations proposent du microcrédit à leurs usagers, suivant la voie tracée par l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie) fondée en 1989 par la pionnière Maria Nowak. L’Adie, qui affiche la volonté de " permettre aux exclus de devenir créateurs de richesse et de retrouver leur autonomie et leur dignité ", a permis la création d’environ 30 000 entreprises et 36 000 emplois. Chômeurs ou allocataires du revenu minimum d’insertion motivés et porteurs d’un projet (en général, de petit commerce ou d’artisanat) s’y voient proposer une aide pour le monter, un crédit solidaire, puis un suivi. La réussite est à la clé : les crédits sont remboursés dans 94 % des cas, soit plus que la moyenne nationale, et le taux de pérennité des entreprises lui est également supérieur.
L’Adie est aussi l’un des organismes à l’origine du Réseau européen de la microfinance (REM), créé en 2003. Sis à Paris et composé de quelque 30 membres de 15 pays européens, le REM permet de développer l’information et la diffusion des bonnes pratiques, et de porter des messages communs auprès des pouvoirs publics, de la Commission européenne et du secteur bancaire, pour promouvoir la microfinance. Un levier qui peut, selon lui, contribuer à la stratégie de Lisbonne - définie par l’Union européenne - pour la croissance, l’emploi et la cohésion sociale.
Florence Raynal
journaliste
PlaNet Finance : un organisme au service de la microfinance
Organisme de solidarité internationale (OSI), PlaNet Finance, dont le président est l’intellectuel Jacques Attali, s’est donné pour mission de « réduire la pauvreté dans le monde par le développement de la microfinance ». Pour y parvenir, elle soutient les différents acteurs du secteur (coopératives, ONG, IMF...), et « accélère leur croissance en les fédérant et en leur fournissant des services leur permettant de renforcer leurs capacités techniques et leurs ressources financières ». L’OSI, dont le siège est à Paris et qui intervient dans 60 pays, travaille avec les banques privées, les organisations internationales, les gouvernements... de manière à favoriser la pérennité du secteur de la microfinance. Son slogan vaut tous les discours : « Aidez-les à gagner leur vie pour ne pas qu’ils la perdent. »
www.planetfinance.org
[1] Dans le cadre des objectifs de développement du millénaire. Lire Label France n° 60.
[2] Une IMF englobe divers services : microcrédit, épargne, assurances...
[3] In Le Journal du CNRS, janvier 2005.



