France-Diplomatie
retour home
Sports

La France à l’âge de glace

Patinage artistique
Short-track
Hockey sur glace
Bobsleigh

Illust:

Le Français Brian (...), 8.3 ko, 200x257
Le Français Brian Joubert,
médaille d’or au championnat d’Europe
de patinage artistique en Hongrie,
en février 2004.
© Vandystadt

La France ne sera jamais le Canada. Jamais les enfants n’y verront le jour une crosse de hockey à la main et les pieds chaussés de patins. Jamais, non plus, elle ne verra ses canaux pris d’assaut, aux premiers froids de l’hiver, par une foule de patineurs gourmands de longues distances, comme aux Pays-Bas. Question de tradition, de culture et de climat. Mais les sports de glace s’y sont taillés récemment une part plutôt enviable. Aux derniers jeux Olympiques, en février 2002 à Salt Lake City (Etats-Unis), la délégation française comptait au moins un athlète sélectionné dans chacune des disciplines de la glace : hockey, short-track, bobsleigh, luge, skeleton, patinage artistique et de vitesse. Une première. Le phénomène tient plus à la volonté et au talent de quelques passionnés qu’à un effet de masse. Mais ces artisans du succès pourraient bien faire naître des vocations. Et installer durablement la France dans l’âge de glace. Illustration à travers quatre figures emblématiques du patinage artistique, du bobsleigh, du hockey sur glace et du patinage de vitesse.

Patinage artistique

Brian Joubert, lame fatale

Le patinage artistique n’a jamais été une science exacte. Sauf pour Brian Joubert. Le jeune Français ne se contente pas de couvrir les murs de sa chambre d’étudiant, à Poitiers, d’une respectable collection de titres et de médailles. Il annonce tout haut ses futures conquêtes, une audace peu commune dans un sport où la victoire tient souvent à un fil. “Je veux être champion d’Europe, puis du monde et, enfin, olympique”, a-t-il sobrement expliqué au début de sa carrière. Et depuis, miracle, ce jeune homme de vingt ans, patineur depuis l’âge de quatre ans, tient fidèlement promesse.
En 2002, il grimpe pour la première fois sur un podium européen, s’invitant sur la troisième marche, à dix-sept ans et une poignée de mois. L’année suivante, il gagne une place. Et encore une en février 2004, pour devenir le premier champion d’Europe français depuis Alain Calmat, vainqueur quarante ans plus tôt. Un mois plus tard, il rapporte la médaille d’argent des championnats du monde. “Mais la prochaine sera en or”, assure-t-il.
Dans les patinoires de Moscou, de Washington ou de Montréal, les experts prédisent déjà à Brian Joubert le titre olympique, en 2006 à Turin (Italie). “Ce serait le sommet de ma carrière”, veut-il croire. Et pourtant, les fées de la glace n’avaient pas remarqué son berceau. “A six ans, il ressemblait à un canard chaussé de patins, mais j’avais été frappée par sa détermination”, se souvient son ancienne entraîneuse, Véronique Guyon. Nul n’aurait alors pu prédire que ce solide gaillard de 1,78 m aurait un jour le monde à ses pieds. Sauf lui.

Illust:

Min-Kyung Choi 

aux, 4.1 ko, 165x165
Min-Kyung Choi
aux jeux Olympiques
de Salt-Lake City (Etats-Unis),
en février 2002, à la veille de
sa naturalisation française.
© Prevost/Presse-Sports

Short-track

Min-Kyung Choi, France-Corée Express

Son palmarès est l’un des plus impressionnants de la discipline. Double championne olympique de relais (3 000 mètres) en 1998 et en 2000 sous les couleurs de la Corée, Min-Kyung Choi est une experte, une star du short-track... qui porte désormais le maillot français. Une vraie chance pour dynamiser le patinage de vitesse sur piste courte - appelé aussi “short-track”, par opposition au patinage de vitesse sur grande distance -, un sport peu médiatique en France.
Naturalisée depuis peu, cette Coréenne de vingt-deux ans a posé ses valises à Paris en 2002, quand la Fédération française des sports de glace a recruté l’entraîneur coréen Jun-Ho Lee pour faire progresser Bruno Loscos et David Chevallier, les deux meilleurs patineurs français de l’époque. Cette année-là, Min-Kyung Choi a profité de la venue de son compatriote pour tenter, elle aussi, sa chance en France.
Attirée par la culture européenne, cette championne hors norme, qui suit une formation aux métiers du sport, n’a pas pu participer aux compétitions de 2002-2003 pour la France, en vertu de la réglementation internationale. En revanche, la saison dernière, elle a pu étrenner son maillot tricolore lors de la sixième étape de la Coupe du monde à Bormio, en Italie, où elle a été éliminée en demi-finale du 1 500 mètres. Fin avril 2004, Min-Kyung Choi remportait toutes les épreuves du championnat de France, à Grenoble (Isère). Désormais française, elle espère offrir à son pays d’adoption une médaille olympique en 2006, à Turin.

Illust:

Christine Duchamp,, 3.1 ko, 165x141
Christine Duchamp,
capitaine de l’équipe de France
féminine, a été la première
hockeyeuse à évoluer au
plus haut niveau masculin.
© Francolte/Presse-Sports

Hockey sur glace

Christine Duchamp, capitaine de la mixité

Le match du 28 février 2004, opposant Cergy-Pontoise à Asnières, restera à jamais gravé dans l’histoire du hockey sur glace français. Ce soir-là, pour la première fois, un club masculin - les Jokers de Cergy-Pontoise - alignait une femme dans son équipe. Son nom ? Christine Duchamp, capitaine de l’équipe de France de hockey féminin. “J’ai beaucoup travaillé sur le thème de la mixité dans le sport, explique-t-elle, mais je ne pensais pas être la première hockeyeuse à en profiter. (...) J’estime qu’il est normal qu’une fille joue avec des garçons si elle en a le niveau.”
Avec seulement 1 300 pratiquantes sur un total de 17 000 licenciés, le hockey français est un sport très largement masculin. Mais, depuis une modification réglementaire du 18 octobre 2003, les hockeyeuses peuvent désormais intégrer une équipe masculine dans leur catégorie d’âge. Une avancée. Cependant, il reste difficile, avec si peu de joueuses, d’avoir un vrai championnat de haut niveau. Difficile, aussi, de bâtir une équipe nationale compétitive sur le plan international. En février 2005, Christine Duchamp et ses coéquipières tenteront pourtant de gagner leur billet pour les JO de 2006. Si elles réussissent leur pari, elles marqueront l’histoire car, depuis 1998 et l’apparition du hockey féminin au programme olympique, les Bleues n’ont jamais connu l’ivresse des jeux d’hiver. Bien sûr, Christine Duchamp aimerait bien marquer deux fois l’histoire de son empreinte...

Illust:

L’équipe de (...), 6.5 ko, 165x110
L’équipe de France
de bobsleigh a remporté
la médaille de bronze aux
jeux Olympiques de 1998.
© Prevost/Presse-Sports

Bobsleigh

Bruno Mingeon, la passion d’un pilote

Le sport de haut niveau ne connaît plus le hasard ni l’à-peu-près, dit-on. En bobsleigh, pourtant, il arrive encore de croiser une merveille, au détour d’un virage de la piste. La dernière en date remonte à la fin des années 1990. A Nagano, au Japon, un équi-page français de “bob à quatre” se fraye un chemin jusqu’à la troisième marche du podium des jeux Olympiques de 1998. L’année suivante, en Italie, les mêmes athlètes font mieux encore, et deviennent champions du monde. Rien de moins.
Le miracle ? Il tient en peu de chiffres. Discipline inventée dans les stations suisses, le bobsleigh ne compte en France que quelques dizaines de pratiquants. Jusqu’en 1992, année des jeux d’Albertville, dans les Alpes, le pays ne possédait pas la moindre piste. Aujourd’hui, il en dénombre une seule, à La Plagne, en Haute-Savoie. Quant à l’équipe de France, elle tient tout entière, avec son encadrement, dans un minibus. Son improbable réussite, le bobsleigh français la doit en partie à un homme : Bruno Mingeon, pilote de bobsleigh médaillé olympique et champion du monde.
Fils et petit-fils de “bobeur”, ce passionné de mécanique a grandi non loin du site choisi plus tard pour y creuser la piste de La Plagne. Travailleur infatigable, capable de s’enfermer des journées entières pour peaufiner ses réglages, Bruno Mingeon aime parler de la glace comme de sa “seconde peau” et de son engin comme d’une “deuxième maison”.
Lancé dans le grand bain aux jeux Olympiques de 1992, il n’a plus jamais quitté la piste, se rapprochant patiemment des tout premiers mondiaux, Allemands, Autrichiens ou Italiens. Jusqu’à réussir, parfois, à les laisser dans son ombre.
Depuis trois ans, les bobeurs tricolores utilisent des patins made in France : une véritable gageure dans un milieu dominé par les équipementiers allemands. Mieux, fin 2002, une convention signée entre le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Grenoble et la Fédération française des sports de glace (FFSG) a permis de démarcher les entreprises de sous-traitance les plus pointues dans le domaine des alliages de métaux pour concevoir des patins très compétitifs.

Par Alain Mercier et Paul Miquel, journalistes

impressionVersion imprimable