Dans le processus qui a conduit à l’hyperprésidentialisation du régime, la loi électorale et la configuration du système partisan ont joué leur rôle.
La IVe République laissait systématiquement communistes et gaullistes en marge : socialistes, radicaux, démocrates-chrétiens et modérés se succédaient alors au pouvoir à la tête de coalitions hétéroclites. Les institutions de la Ve République abandonnent la représentation proportionnelle, accusée d’avoir favorisé le « régime des partis », au profit du scrutin majoritaire, censé favoriser l’apparition de majorités stables. Le scrutin à deux tours, en vigueur sous la IIIe République, fait donc son retour, tant pour les élections législatives que pour l’élection présidentielle. Son usage réitéré ainsi que le recours intensif au référendum durant les premières années de la Ve République favorisent la rebipolarisation du paysage politique.
La cristallisation s’opère en 1962. Cette année-là, deux systèmes d’alliance se mettent en place : l’un autour du parti gaulliste, pour soutenir le régime ; l’autre regroupe, ponctuellement, au sein du « cartel des Non » tous les adversaires de De Gaulle. Mais les anciennes forces politiques se meurent. « Entre les communistes et nous (les gaullistes), il n’y a rien », dit alors André Malraux, ministre de la Culture du général de Gaulle.

L’hémicycle du Palais Bourbon©F de la Mure
Les années 1960 et 1970 voient la « gauche non communiste » et la « droite non gaulliste » renaître autour, respectivement, de François Mitterrand et de Valéry Giscard d’Estaing. L’un et l’autre réussissent à donner une identité et à incarner des segments du paysage politique tombés en friche. Le premier s’affirme comme le principal opposant à de Gaulle en le mettant en ballottage lors de l’élection présidentielle de 1965, et crée le Parti socialiste (PS) en 1971. Le second fonde l’Union pour la démocratie française (UDF), en 1978, pour regrouper libéraux, démocrates-chrétiens et une partie des radicaux. Le centre rejoint ainsi la droite. À la même époque, Jacques Chirac s’impose comme le leader des néogaullistes et fonde le Rassemblement pour la République (RPR). Lors des élections législatives de 1978, le paysage politique est un véritable jardin à la française, s’ordonnant autour de quatre forces politiques d’égale importance, alliées deux à deux : PC (parti communiste) et PS d’un côté, UDF et RPR de l’autre.
Mais la France de la fin des années soixante-dix n’est plus celle du début des années soixante. Gaullistes et communistes sont en perte de vitesse. Les gaullistes perdent l’Élysée en 1974, quand Valéry Giscard d’Estaing succède à Georges Pompidou, brutalement décédé. « L’union de la gauche » scellée en 1972 profite au PS plus qu’au PC : François Mitterrand est élu à la présidence de la République en 1981, après que la gauche eut passé vingt-trois années dans l’opposition.
Source : Ouvrage France 2008