Dossiers

Sciences & technologies

Galileo : le système européen de navigation par satellite

L’Europe se dote d’un système de navigation par satellite : Galileo. Pour des raisons stratégiques et économiques, l’Union Européenne espère réduire sa dépendance vis-à-vis du GPS américain. Les deux systèmes de navigation n’en seront pas moins compatibles.

Particuliers, professionnels ou administrations ; sur la route, dans les airs ou sur la mer, ″Galileo offrira à tous les utilisateurs la possibilité de déterminer leurs positions au mètre près via un petit récepteur. Ce qui est sans précédent pour un service librement accessible sous contrôle civil″ explique Dominique Detain de l’Agence spatiale européenne (ESA). Compatible avec les deux autres systèmes mondiaux de navigation : GPS (américain) et GLONASS (russe), il proposera 5 niveaux de service. Le premier sera gratuit et disponible pour tous mais sans garantie de service. Le deuxième, à visée commerciale, indiquera par exemple le restaurant ouvert le plus proche ainsi que la place disponible dans ce restaurant. Le troisième, parfaitement sécurisé, ne sera accessible qu’aux gouvernements européens. Le « safety of life » sera le quatrième niveau. D’une grande fiabilité, il pourra être utilisé par les ambulances ou l’aviation. « Galileo proposera enfin, un dernier niveau de service, le « search et rescue », caractéristique du système européen. En effet, il permettra non pas de recevoir mais d’émettre sa position. Une fonction utile, par exemple, en cas de sauvetage en mer », rapporte Dominique Detain.

Galileo comptera au total 30 satellites (dont trois de réserve), postés sur trois plans d’orbite. Ainsi, la constellation assurera une couverture maximale du globe. Les signaux des satellites pourront être fournis jusqu’à une latitude d’au moins 75° degrés nord (ce qui correspond à la position du Cap Nord). Deux centres de contrôle (GCC) seront installés en Europe pour suivre le fonctionnement des satellites et gérer le système de navigation. Les données fournies par un réseau mondial de vingt stations de détection (GSS) seront adressées aux GCC, via un réseau de télécommunications. « Un premier satellite expérimental sera lancé fin 2005 dans le cadre de la phase d’essais du système », annonce Dominique Detain. Il sera chargé de caractériser les technologies critiques en cours de développement. Quatre satellites seront ensuite lancés pour valider la constellation Galileo de base et le segment au sol associé. Les autres satellites seront lancés après cette phase de validation, de 2006 à 2008. En attendant la mise en service du système de navigation européen, l’ESA développe (notamment pour l’aviation civile) un système de correction des signaux GPS et GLONASS : EGNOS. En effet, les deux systèmes de navigation par satellite actuellement disponibles sont trop peu précis pour pouvoir être utilisés en toute confiance (comme pour guider les avions par exemple). Ainsi GPS ne fournit une position qu’avec une précision horizontale de quelques centaines de mètres, GLONASS autour de soixante mètres. EGNOS, après correction des données, parvient à une précision comprise entre quatre et sept mètres. Des données disponibles 99% du temps, contre 95,7% pour GPS. Le système de correction est même capable de prévenir l’utilisateur en cas de dysfonctionnement de l’une des deux constellations GPS et GLONASS. Fonctionnel à partir de la fin de cette année 2005, EGNOS est une première étape pour l’émancipation de l’Europe en matière de navigation par satellite.

Lancé au début des années 1990, le projet Galileo a été initié par la Commission européenne et l’Agence spatiale européenne. La première gère les aspects politiques et les impératifs de haut niveau du programme. Elle a lancé diverses études portant sur l’architecture globale, les retombées économiques ou sur les besoins des utilisateurs. L’agence spatiale, quant à elle, définit, réalise et valide la mise en orbite du segment spatial de Galileo et du segment sol qui lui est associé. Le centre technique de l’ESA installé aux Pays-Bas (ESTEC) travaille depuis plusieurs années déjà sur les nouvelles technologies critiques, nécessaires à la mise en œuvre de la constellation et de ses installations au sol. Des spécialistes travaillent parallèlement sur l’installation de simulation du système Galileo (GSSF) pour évaluer la meilleure stratégie à adopter en cas d’imprévus, une fois le système en service. D’autres affinent la conception des signaux sur l’installation de simulation du signal Galileo. L’agence spatiale a commencé à se pencher sur les technologies nécessaires aux futurs récepteurs.

« A terme, le système Galileo, initié par des fonds publics, devrait fonctionner sur des fonds privés. D’ailleurs, une entreprise commune a déjà été créée par l’ESA et la Commission européenne. Elle devrait bientôt choisir l’opérateur qui exploitera le système de navigation européen. Deux candidats sont toujours au coude à coude », précise Dominique Detain.

Pour en savoir plus :

- Lire le dossier dans les pages Europe

- European Space Agency : www.esa.int/esaCP/index.html

(Source : Actualité en France - Delphine Barrais - 11/05)

impressionVersion imprimable