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Quoi qu’il en soit, dans la course à la compétitivité, ce « modèle social français » est ébranlé. Le besoin de réformes traverse toute la société française comme l’a montré l’élection présidentielle de 2007.
Le déficit de la couverture sociale se creuse, les services publics coûtent cher, la dette publique s’alourdit. Il faudra aussi compter avec les coûts induits par de nouveaux comportements dans la consommation d’énergie, les modes de production agricoles et les transports, après les engagements pris en novembre 2007 pour une meilleure préservation de l’environnement.
Dès lors, quelles orientations économiques choisir pour les années qui viennent ? La nouvelle majorité a d’abord opté pour une relance de la croissance par l’investissement, espérant de ce regain une amélioration du pouvoir d’achat et donc le maintien de la consommation. Les premières mesures visent à libérer le marché de l’emploi par une législation moins contraignante sur le temps et les contrats de travail, à stimuler le marché des biens par l’aide à l’acquisition d’un logement, à réduire le déficit public en diminuant le nombre des fonctionnaires, à favoriser l’investissement en réduisant la fiscalité sur les revenus du capital.
À terme, le retour à une croissance forte devrait entraîner le désendettement de la France. Le « modèle social français », compromis historique entre les intérêts des salariés et du capital est de toute façon remis en question et la France s’aligne de plus en plus sur les autres pays européens.
La France est la cinquième puissance économique mondiale.
Elle a réalisé en 2006 un produit intérieur brut (PIB) de 1 792 milliards d’euros - ce qui correspond à un PIB par habitant de 28 356 euros. Son taux de croissance, en dents de scie depuis plusieurs années (1,1 % en 2003, 2,3 % en 2004, 1,7 % en 2005, 2,0 % en 2006), reste cependant en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE (2,5 % en 2006). La croissance du PIB en France est due au développement général de l’activité économique du pays.
La capacité des Français à produire des richesses augmente. La France est, et reste, la première puissance agricole européenne. Elle détient une position phare en Europe dans l’aérospatiale, l’armement et les industries agroalimentaires. Dans les dernières années, ce sont la construction et les biens d’équipement électriques et électroniques qui ont le plus contribué à la croissance du PIB.
D’une manière générale, l’investissement reste dynamique, mais les stratégies des firmes, industrielles notamment, sont de plus en plus tributaires du poids, dans leur capital, des investisseurs et des marchés financiers. Quant aux PME, dont le tissu est si vital pour le pays, elles créent beaucoup d’emplois. Mais à l’exportation, elles n’ont pas les performances de leurs homologues allemandes.
L’accroissement du PIB s’explique aussi par la bonne insertion de la France en Europe et dans le monde. La France se positionne comme la deuxième puissance économique exportatrice en Europe, derrière l’Allemagne. Elle réalise les deux tiers de son commerce extérieur avec ses partenaires de l’Union européenne. Mais elle se distingue d’eux en ce que, traditionnellement, une bonne part de ses échanges sont orientés vers l’Afrique, le Proche et le Moyen-Orient. Pour les exportations vers l’Afrique, elle occupe la toute première place des pays européens.
Au premier plan de ces exportations, les biens d’équipement qui affichaient un niveau historique en 2006, avec une progression de 15,5 % en un an. Raison principale : les livraisons d’Airbus. Elles ont totalisé, avec 256 appareils vendus, 15,2 milliards d’euros - un score stabilisé après les retards de fabrication de l’A380 et les difficultés internes du consortium qui l’ont affaibli un temps face à Boeing en 2007. Les exportations de métaux et de composants électriques progressent bien elles aussi.
L’agroalimentaire, qui traditionnellement pèse lourd dans le commerce extérieur français, marque un peu le pas (+ 6 % seulement en 2006) ; ce secteur commence à perdre des parts de marché face aux pays émergents. La France reste cependant le deuxième exportateur mondial dans ce domaine, derrière les États-Unis.
Malgré ce palmarès, la France affiche une balance commerciale déficitaire, - 29,2 milliards d’euros en 2006, alors que, il faut le souligner, excédentaire jusqu’en 1991, elle avait gardé une assez bonne tenue jusqu’en 1998.
Les explications ? Les exportations progressent à un rythme plus lent que les importations. Et les importations de biens de consommation augmentent parce que la consommation intérieure reste élevée, plus qu’en Allemagne par exemple. La facture énergétique, qui a triplé depuis 2004, joue un rôle certain. La France, en effet, possède peu de gisements (gaz, pétrole, uranium) et doit donc importer une grande partie de son énergie malgré le choix du nucléaire pour la production électrique. Une autre explication tient à l’appréciation de l’euro : le niveau élevé de la monnaie européenne par rapport à la monnaie de l’économie dominante, le dollar, pénalise les exportations et freine la croissance dans l’ensemble de l’Union européenne où la France trouve ses principaux clients.
En tout état de cause, pour l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), c’est bien le commerce extérieur déficitaire qui a constitué le point noir de la faible croissance enregistrée durant ces dernières années. Ce déficit est un symptôme du manque d’agressivité commerciale des entreprises en direction des pays émergents en forte croissance comme la Chine et l’Inde, pour ne citer que les principaux.
Paradoxe encore, au regard d’une croissance économique insuffisante, le front de l’emploi s’améliore : les années 2006 et 2007 confirment la baisse du chômage et une reprise de l’emploi (près de 300 000 emplois créés en 2007).
Toutefois, la structure du marché du travail conserve les mêmes tendances : l’emploi industriel continue de décroître, avec une perte d’environ 1,5 million d’emplois entre 1980 et 2004 - un chiffre cependant moindre que celui de l’Allemagne ; il ne représente plus que 17 % des emplois en France. Cela est dû à des gains substantiels de productivité, mais aussi au phénomène d’externalisation : on estime que près de la moitié des services aux entreprises sont destinés à l’industrie, ce qui nuance l’analyse de la dynamique propre de l’emploi industriel. Le bâtiment ne cesse de créer des emplois depuis huit ans (+ 65 000 en 2007) et crie même à la pénurie de main-d’œuvre. Autre tendance positive de l’emploi en France : l’accroissement des effectifs des services à la personne et dans l’immobilier, et surtout, nous l’avons dit, les embauches dans les petites et moyennes entreprises.
Selon le rapport annuel 2006 de la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement),la France est l’un des pays les plus attractifs au monde pour les investisseurs étrangers, classé troisième pour l’accueil des flux d’investissements, derrière le Royaume-Uni, les États-Unis et la Chine.
Quelques chiffres : les investissements directs étrangers (IDE) en France ont connu une hausse de 7,3 milliards par rapport à l’année précédente. Les emplois qu’ils engendrent progressent régulièrement depuis quatre ans - un impact fort sur la création d’emplois en France. Avec 40 000 postes nouveaux ou maintenus d’origine étrangère en 2006, ils ont crû de 32,7 % par rapport à l’année précédente.
Quant à la distribution par secteur de ces emplois étrangers, c’est sans conteste l’industrie qui l’emporte, en globalisant près de 63,5 % des créations totales d’emplois, avec 25 409 postes créés ou maintenus, soit une hausse de 6 500 postes par rapport à 2005. Trois secteurs sont particulièrement moteurs. Pour l’année 2006, citons : dans le secteur de la chimie, le Chinois BlueStar et l’Allemand PPC SAS (Potasse et produits chimiques) qui a repris l’usine d’Albermale à Thann en Alsace ; dans le secteur des machines et équipements, les extensions de sites réalisées par Liehbehr, Blinker, JTC, UBC ; dans l’aéronautique, l’extension réalisée à Marignane (Bouches-du-Rhône) par Eurocopter (200 emplois créés). Vient ensuite le secteur des services, avec 13 % du total des emplois étrangers créés en France. Si les logiciels perdent du terrain - après, il faut le souligner, une année 2005 exceptionnelle - , les activités de services aux entreprises réalisent une forte progression, notamment dans le conseil et l’ingénierie.
Les principales régions françaises bénéficiaires sont l’ÃŽle-de-France, Rhône-Alpes, Provence-Côte-d’Azur, le Nord-Pas-de-Calais et Midi-Pyrénées. L’excellence des pôles de compétitivité commence à peser dans le choix des investisseurs de s’implanter en France. Mise en place en 2004, la politique française des pôles de compétitivité a prévu un dispositif de soutien jusqu’à la fin de l’année 2008.
Les attraits du site France sont multiples. Une bonne position géographique et un climat agréable sans doute, mais surtout, l’appartenance à un marché de 450 millions de consommateurs, au PNB supérieur à celui des États-Unis. Le réseau routier le plus performant d’Europe selon l’International Road Federation : 9 626 kilomètres d’autoroutes, 586 000 de routes. Côté ciel, La France occupe le troisième rang européen : 120 aéroports accueillent du trafic commercial et desservent 130 pays via 6 200 vols hebdomadaires. En pôle position européenne : Roissy-Charles-de-Gaulle (Roissy-CDG), près de Paris. Côté rail, ce n’est évidemment pas une surprise, la France fait le plein de qualités ! Densité, rapidité, sécurité, fréquence et confort. Et bien sûr l’incomparable vitrine technologique, le dévoreur de kilomètres au nez pointu, la vedette, la superstar : le Train à grande vitesse, 1 540 kilomètres de lignes, et des connexions au réseau européen. Depuis la première ligne Paris-Lyon, mise en service il y a vingt-cinq ans, le train le plus rapide du monde n’en finit pas d’aller plus vite et plus loin. L’entrée en service le 10 juin 2007 du « TGV Est européen » est tout un symbole pour l’axe franco-allemand, avec l’ouverture des liaisons vers Stuttgart et Munich, avant de relier, dans le futur, Bratislava, Vienne, Budapest…, et pour l’Europe : Strasbourg, capitale de la région Alsace où siègent le Parlement européen, le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’homme, ne sera plus qu’à deux heures vingt de Paris, au lieu de quatre précédemment. Quant au transport maritime et fluvial, rappelons qu’un tiers des principaux ports européens sont français.
Pour aller plus loin : Les exemples de GSK et FedEx
Paradoxe encore, au regard d’une croissance économique insuffisante, le front de l’emploi s’améliore : les années 2006 et 2007 confirment la baisse du chômage et une reprise de l’emploi (près de 300 000 emplois créés en 2007).
Toutefois, la structure du marché du travail conserve les mêmes tendances : l’emploi industriel continue de décroître, avec une perte d’environ 1,5 million d’emplois entre 1980 et 2004 - un chiffre cependant moindre que celui de l’Allemagne ; il ne représente plus que 17 % des emplois en France. Cela est dû à des gains substantiels de productivité, mais aussi au phénomène d’externalisation : on estime que près de la moitié des services aux entreprises sont destinés à l’industrie, ce qui nuance l’analyse de la dynamique propre de l’emploi industriel. Le bâtiment ne cesse de créer des emplois depuis huit ans (+ 65 000 en 2007) et crie même à la pénurie de main-d’œuvre. Autre tendance positive de l’emploi en France : l’accroissement des effectifs des services à la personne et dans l’immobilier, et surtout, nous l’avons dit, les embauches dans les petites et moyennes entreprises.
Une main-d’œuvre de qualité
En France, la formation dispensée dans les écoles et les universités permet à 39 % des 25-34 ans d’achever leurs études et de fournir aux entreprises un personnel qualifié, et aux salariés et non-salariés d’accéder à des cycles de formation continue au cours de leur vie active. Une nouvelle procédure dite de validation des acquis de l’expérience permet, de plus, d’obtenir un diplôme ou un certificat de qualification fondé sur la pratique d’un métier.
Une protection sociale enviée
Le système de santé français explique également la qualité de la main-d’œuvre. Santé que les Français doivent à la performance de leur système de protection sociale, « gagnant-gagnant » pour les salariés et les entreprises. Il prend en charge la maladie, les accidents, y compris les accidents du travail, et les retraites ainsi que la maternité, avec le bénéfice d’un congé de seize semaines pour les femmes et de onze jours pour les pères, ainsi qu’un congé parental d’éducation qui permet de suspendre son contrat jusqu’aux trois ans de l’enfant. C’est là un élément fondateur de l’État de droit français qui s’efforce d’instaurer dans une économie de marché un équilibre propice à la justice, à la cohésion et à la paix sociale. Le droit du travail se veut un rempart capable de protéger les plus vulnérables. Il prévoit un partenariat entre les syndicats et les employeurs qui régit, au sein des conventions collectives professionnelles, les conditions de travail, d’hygiène et de sécurité ainsi que les règlements des conflits. Dans ce domaine, les préjugés ont la vie dure : la France est encore trop souvent qualifiée de terre de conflits sociaux - un préjugé qui ne tient pas devant des chiffres comparatifs.
Le financement de ce système est coûteux pour les salariés et pour les entreprises. Mais, là encore, il faudrait renvoyer aux oubliettes quelques idées reçues concernant le coût et la productivité du travail en France. Selon le bureau du travail américain, le coût de la main-d’œuvre ouvrière en France est très correct, comparable à celui du Royaume-Uni. Un constat confirmé par l’OCDE qui ajoute qu’il est inférieur de plus de 20 % à celui des États-Unis et de plus de 40 % à celui de l’Allemagne. En termes de productivité horaire, la France se hisse donc au premier rang des grands pays.
Les 35 heures
Pour le temps de travail, il faut savoir que des lois de 1998 et 2000 ont abaissé la durée légale hebdomadaire du travail de 39 à 35 heures. « Les 35 heures » - à l’origine une revendication syndicale pour faire face à un chômage chronique, répartir le travail disponible et corriger les dures réalités d’une société post-industrielle où l’on produit toujours plus avec toujours moins de personnes - auraient créé près de 400 000 emplois. Cette loi est très contestée par les PME qui ont des difficultés à l’appliquer. Mais elle a eu des effets positifs dans les grandes entreprises où elle a entraîné une nouvelle organisation du travail et, avec l’annualisation du temps de travail, des horaires qui peuvent prendre en compte les nécessités d’une activité irrégulièrement répartie dans le temps. Pour preuve, le constructeur automobile Renault a gagné neuf jours de travail sur un an. Autre effet bénéfique des 35 heures, le temps libéré produit de la richesse : envolée du marché des sports, loisirs, voyages, bricolage et jardinage… sans compter l’amélioration de la qualité de vie, du lien social autant que familial… De plus, si la semaine légale de travail est de 35 heures, la durée effective s’élève en moyenne à 37,4 heures, ce qui la place devant les pays scandinaves (Danemark : 36, Norvège : 35,8) ou le Royaume-Uni (36,5).
Source : Ouvrage France 2008
