La renaissance de Lorette Nobécourt (n° 65 - 2007)

En douze ans, Lorette Nobécourt a réussi un exercice acrobatique : passer de la position de jeune prodige torturée à celle d’écrivaine mature et sereine.
Elle a vingt-six ans lorsque paraît, en 1994, son premier livre, La Démangeaison. Ce roman autobiographique sur l’eczéma qui la ronge depuis le plus jeune âge remporte un succès fou pour ses audaces de langage et sa hargne de vivre. À l’époque, Lorette Nobécourt joue de ses traumatismes d’enfance, et brandit son passé d’écolière élevée chez les sœurs pour le piétiner dans ses livres à fleur de peau. Elle aime se donner en spectacle, cultive une apparence baudelairienne avec force maigreur, teint blafard et yeux cernés de noir.
Aujourd’hui, elle revendique une métamorphose totale, sans renier pour autant son passé : " J’ai beaucoup de tendresse pour la femme noire que j’ai été. Elle est morte et il était temps qu’elle meure. Mais elle s’est bien battue. Elle a fait ce qu’elle a pu. Je dis toujours que l’ombre que dégagent les êtres les plus sombres est à la mesure d’une lumière à venir, qu’ils ne voient pas encore parce qu’ils ont la vue trop courte."

" On gagne toujours à élaguer "
Sa transformation est passée par un exil à la Villa Médicis à Rome et par des lectures phares sur toutes les religions du monde. Deux ouvrages l’ont particulièrement marquée : Le Livre tibétain de la vie et de la mort de Sogyal Rinpoché, et Le Livre des secrets, réflexion sur le tantrisme. Lorette Nobécourt s’est aussi penchée sur elle-même, décortiquant les raisons de ses échecs personnels pour grandir : " Ce qui fait que l’on cherche, c’est que l’on n’en peut plus. La quête est toujours proportionnelle à l’impuissance à vivre, au mal-être. " Son écriture s’est ralentie, elle a fait langue neuve, délaissant son style sombre et foisonnant pour plus de lumière et de sobriété : " J’ai renoncé à la jubilation des mots. On gagne toujours à élaguer, à se dépouiller." Prendre le temps de " mettre l’intelligence au service de l’amour, et l’amour au service de l’intelligence ", tel est désormais son nouveau précepte.
Son dernier livre, En nous la vie des morts, est d’une profondeur philosophique étonnante. Après le suicide de son meilleur ami, un jeune homme se réfugie dans une maison isolée. Là, il se plonge dans la lecture d’un livre relatant des fins de vie toutes plus apaisantes les unes que les autres. Plénitude, recul et lucidité : Lorette Nobécourt est empreinte d’une nouvelle sagesse. Celle des gens qui reviennent de loin.
• En nous la vie des morts, de Lorette Nobécourt, éd. Grasset, Paris, 2006.
Marine Landrot
Journaliste à l’hebdomadaire culturel Télérama


