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Culture, médias et loisirs

Les mondes d’Hubert Védrine (n° 41 - 2000)

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Le ministre français des Affaires étrangères et son homologue britannique Robin Cook.


Hubert Védrine est le ministre français des Affaires étrangères en exercice. Après avoir fait, dans les Mondes de François Mitterrand (éd. Fayard, Paris, 1996), le récit de l’action internationale de l’ancien président de la République, dont il fut quatorze années durant le collaborateur direct pour la politique étrangère, il publie aujourd’hui un second livre, où il dresse le bilan de sa propre action à la tête de la diplomatie française depuis 1997.

Ecrit sous forme d’entretiens, conduits par Dominique Moïsi, qui est directeur-adjoint de l’IFRI (Institut français des relations internationales) et l’un des observateurs les plus compétents de la vie politique internationale, les Cartes de la France à l’heure de la mondialisation, n’est pas seulement un bilan, mais aussi une analyse panoramique de l’état du monde à l’aube du XXIe siècle et des nouveaux rapports de force qui dominent les relations internationales.
La société « globale » dans laquelle nous vivons aujourd’hui, rappelle d’emblée Hubert Védrine, est née en 1989 dans le fracas de l’effondrement du mur de Berlin, qui a marqué la fin du monde bipolaire. Le nouvel ordre mondial issu de ces turbulences se caractérise par la suprématie dans tous les domaines des Etats-Unis, la seule « hyperpuissance » autour de laquelle s’ordonnent désormais les 187 autres pays du monde selon une hiérarchie de puissance et d’influence.
S’inspirant de la vision développée par Henry Kissinger dans son essai Diplomatie (Fayard, 1996), Hubert Védrine classe ces pays en quatre catégories : les « puissances d’influence mondiale », dont fait partie la France, les puissances moyennes ou régionales, les petits pays sans puissance ni influence, dont les micro-Etats et, enfin, les « pseudo-Etats », c’est-à-dire « des Etats incapables d’exercer effectivement leur souveraineté formelle ».

Pour cohérent et lisible que soit ce monde multipolaire, il n’en est pas moins caractérisé par une très grande instabilité, due essentiellement à la menace du nivellement des identités par une mondialisation sauvage, à la prolifération des armes nucléaires et surtout aux écarts économiques croissants entre les pays riches et les pays pauvres.
Dans ce contexte, la question centrale est de savoir comment la France peut jouer les cartes qui sont les siennes (identité homogène, rayonnement culturel, puissance économique, savoir-faire technologique, appartenance à l’Union européenne) pour perpétuer son influence sur le plan international et, surtout, pour imprimer sa marque sur la mondialisation en cours. « Toute notre politique étrangère s’articule autour de cette idée », affirme Hubert Védrine. C’est une préoccupation d’autant plus grande que la globalisation qui s’accomplit sur des bases culturelles anglo-saxonnes « ne sert pas automatiquement la France ».
Faut-il alors désespérer de l’avenir de la France ? Non, bien entendu, répond le ministre, soulignant la formidable mutation sociale, économique que son pays a accomplie au cours des dernières décennies pour mieux s’arrimer au monde qui est en train d’émerger. Cette mutation touche aussi les rapports avec les autres pays, notamment avec les Etats-Unis. Ni systématiquement antiaméricain, ni atlantiste, Hubert Védrine se déclare soucieux de « coopérer sans état d’âme avec des Etats-Unis omniprésents », sans pour autant « renoncer à avoir nos propres idées sur l’organisation du monde ». Bref, « être amis, alliés, mais pas alignés ».
Publié à la veille de la présidence française de l’Union européenne, les Cartes de la France développe le point de vue du chef de la diplomatie française à propos des questions qui divisent profondément les Européens : l’élargissement de l’Union et l’admission des pays non-européens (« La réponse doit être géographique »), la réforme des institutions (pour une Europe à « géométrie variable »), la mise en place d’une politique étrangère et de défense commune (sans « annihiler les politiques étrangères nationales » pour autant).
Aucune des éventuelles contradictions entre éthique et réalisme n’est passée sous silence, s’agissant de la démocratisation ou des droits de l’Homme, mais Hubert Védrine récuse leur prétendue incompatibilité. Ce qui le passionne, c’est de faire de la politique étrangère de la France « le lieu où s’opère la synthèse de l’expérience historique, du réalisme le plus aguerri, des exigences morales les plus fortes et les plus neuves, des novations technologiques et méthodologiques, des principes et des actes, de la mémoire et de la vision ».
Un essai stimulant, qui permet à Hubert Védrine d’expliquer les fondements philosophiques de sa version de la diplomatie : une diplomatie qu’il veut avant tout réaliste, efficace et sans dogmatisme aucun.

Tirthankar Chanda
Universitaire
Les Cartes de la France à l’heure de la mondialisation , par Hubert Védrine, dialogue avec Dominique Moïsi, éd. Fayard, 2000, Paris, 95 francs, (14,5 euros).

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