Alors que sous l’Ancien Régime les arts étaient le fait du Prince, la République à peine née a reconnu le statut de l’artiste et formulé le droit d’auteur, transformé en musée le palais du Louvre, qui abritait les collections royales, et nationalisé des monuments historiques, les archives et les bibliothèques, considérés comme biens de la Nation tout entière. Ce « patrimoine national », il fallait le protéger, l’entretenir et l’ouvrir à tous.
Tout au long du XXe siècle, l’État républicain affiche le même souci du patrimoine et une même ambition : démocratiser l’accès à la culture - le Théâtre national populaire, le TNP que dirigera plus tard Jean Vilar, est créé dès 1920. Le bref Front populaire affirme plus encore la finalité sociale de l’art. On lui doit, par exemple, la mesure qui oblige toujours, sous le nom de « 1 % artistique », une nouvelle construction publique à consacrer 1 % de son budget à une œuvre d’art intégrée.
Au cours du dernier demi-siècle, deux impulsions majeures ont façonné l’action publique en matière culturelle.
La première est la création en 1959 par le général de Gaulle d’un ministère des Affaires culturelles, sous la houlette de l’écrivain André Malraux qui veut rapprocher la culture des publics. Il organise le secteur et crée les maisons de la culture en 1961, dont le financement à parité avec les villes constitue la première forme de partenariat.
La seconde impulsion est donnée sous la présidence de François Mitterrand. Le ministère prend le titre significatif de ministère de la Culture et des Grands travaux, avec un budget qui double dès 1981. Jack Lang, son titulaire à deux reprises, mène une vigoureuse politique d’expansion s’ouvrant à la fois aux formes les plus contemporaines de l’art et à des pratiques « mineures », le rock par exemple. Il achève l’installation des directions régionales des affaires culturelles (Drac) initiée par Malraux et multiplie les réalisations : bibliothèques centrales, centres dramatiques et chorégraphiques nationaux, orchestres régionaux, soutien à d’innombrables associations, fêtes et journées thématiques…

La Fête de la musique © F. de La Mure / MAEE
Par ailleurs, le soutien aux industries culturelles fait désormais partie des attributions du ministère de la Culture, ce qui lui confère une dimension économique nouvelle.
Parallèlement, la décentralisation est en marche : les municipalités, les départements, les régions développent, d’abord avec hésitation puis avec ardeur, leurs propres politiques culturelles. Depuis 2002, des investissements très importants sont consentis à des réalisations, majoritairement en province, soit sous la forme d’antennes d’établissements parisiens - le Louvre à Lens ou le Centre Georges Pompidou à Metz, soit pour soutenir l’initiative de grandes villes - le musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée à Marseille, par exemple. Dans les régions, les fonds régionaux d’art contemporain (FRAC, créés en 1982) sont devenus des pôles artistiques actifs, aujourd’hui à la tête d’une collection de 19 000 œuvres, qu’ils exposent et valorisent auprès de tous les publics. Certaines régions ont fait du Plan numérique une priorité : elles ouvrent des lieux publics de consultation d’internet. Aujourd’hui, la part du financement de la culture par les collectivités territoriales dépasse celle de l’État. Le mécénat, longtemps confidentiel, connaît un essor rapide, accéléré en 2003 par des dispositions d’allègement fiscal pour les entreprises. En 2007, les collections publiques, aidées par le groupe Eiffage, ont ainsi acquis une partie des archives de l’architecte Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) d’une valeur de 1,6 million d’euros, tandis que Vinci achevait la plus grosse opération de mécénat jamais effectuée en restaurant la prestigieuse galerie des Glaces du château de Versailles. Par ailleurs, la loi de 1972 sur les dations (règlement de droits de succession par des œuvres d’art) permet d’enrichir régulièrement les collections publiques : ainsi est né le musée Picasso.
À l’échelle nationale, des mesures sont prises pour ouvrir encore davantage le patrimoine : l’accès aux 33 musées nationaux est gratuit pour certains publics et, pour tous, un dimanche par mois. D’autres concernent les jeunes qui ne partent pas en vacances (35 000 d’entre eux ont été accueillis dans les châteaux-musées du patrimoine en 2007 lors des troisièmes « Portes du temps »), les personnes handicapées, hospitalisées ou en détention.
Pour aller plus loin : L’art contemporain dans la cité
Source : Ouvrage France 2008