Culture, médias et loisirs

Un paysage culturel renouvelé

Le patrimoine et la création en mouvement

Le patrimoine national des origines a vu son périmètre s’élargir : aujourd’hui, il est aussi naturel, immobilier, industriel, de proximité, immatériel… De près ou de plus loin, l’État gère ou protège ce riche capital collectif.

L’attachement des Français à leur patrimoine est civique autant qu’affectif. Lors des Journées du Patrimoine, les visiteurs (douze millions) privilégient les palais du pouvoir : l’Élysée, l’Assemblée nationale, le Sénat.Mais les Français chérissent aussi, au sein d’innombrables associations, le patrimoine « bâti par eux et pour eux », lavoirs, chapelles ou places de village, soit des milliers d’édifices privés et publics, sans compter ces nombreux écomusées qui valorisent les traditions économiques locales. Les trésors du savoir-faire des artisans d’art français depuis cinq siècles, ébénistes, tapissiers, brodeurs, orfèvres, céramistes, verriers, avaient déjà leur musée dans une aile du Louvre, le musée des Arts décoratifs. Il vient d’être réaménagé avec brio. Enfin, bien des sites du patrimoine industriel réhabilités sont transformés en espaces culturels : La Piscine, un somptueux bâtiment municipal Art déco, accueille le Musée d’art et d’industrie à Roubaix, l’ancienne fabrique d’un biscuit mythique en France, le « petit beurre LU » abrite le Lieu Unique à Nantes.

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Musée du quai Branly © A. Arraou / MAEE

Les nouveaux grands chantiers sont allés à des architectes consacrés : Jean Nouvel (pour le Musée du quai Branly), Christian de Portzamparc (pour la Cité de la musique), Henri Gaudin (pour le stade Charléty). Mais une nouvelle génération s’est levée, révélée et stimulée par le système des concours. Elle s’exprime souvent en province - Manuelle Gontrand ou Marc Barani par exemple. La Cité de l’architecture et du patrimoine qui a ouvert ses portes en 2007 au palais de Chaillot, la plus vaste du monde dit-on, témoigne bien de la vitalité continue des bâtisseurs en France, du Moyen Âge au XXIe siècle.

La rencontre avec les différentes formes de la création peut aujourd’hui se décliner à l’infini. La culture est devenue, n’en déplaise à Malraux, un objet de consommation : sept millions d’entrées l’an au musée du Louvre qui vient de détrôner la tour Eiffel, cinq au Centre Georges Pompidou, trois à la Cité des sciences et de l’industrie… Les festivals se comptent par centaines : il y a des « institutions » comme les Francofolies de La Rochelle, le Printemps de Bourges, les Vieilles Charrues en Bretagne, les Eurockéennes de Belfort pour la musique, Visa pour l’image à Perpignan pour le photojournalisme, ou Cinéma des trois continents à Nantes. Il y a les festivals de jazz : à Marciac, Vienne, Juan-les-Pins…

Les nouveaux lieux culturels revendiquent la multidisciplinarité et l’ouverture à toutes les expressions artistiques. C’est le cas du Channel, scène nationale, dans les anciens abattoirs de Calais ou du Quai à Angers, ultramoderne, ouverts tous les deux en 2007. Le Studio national des arts du Fresnoy, près de Tourcoing, lieu d’étude et de production, mêle tous les langages audiovisuels sur tous les supports, traditionnels et numériques.

Les arts vivants bénéficient de la multiplication des scènes, sur tout le territoire. Le théâtre pâtit pourtant un peu de l’attirance du public jeune pour d’autres formes de spectacles. Mais la production se maintient, dans le secteur subventionné et dans le secteur privé, plus ou moins aidé. Les poids lourds de la mise en scène restent Patrice Chéreau, Jean-Pierre Vincent ou Ariane Mnouchkine. Le répertoire donne souvent à voir un monde noir, si noir que les spectateurs ont protesté au Festival d’Avignon de 2005. Car ce festival, créé par Jean Vilar en 1947, continue d’être le lieu privilégié de mises en scènes originales, parfois reconnues, souvent discutées. Celui de 2007 a livré aux spectateurs et à la critique celles, par exemple, de Julie Brochen (L’Échange de Paul Claudel) et de Frédéric Fisbasch (Feuillets d’Hypnos de René Char), celles du Polonais K. Warlikowski et de l’Italien R. Cartallucci.

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Les Nuits de Fourvière © MAEE

Le théâtre de rue compte des centaines de compagnies, tandis que le cirque a connu un renouveau spectaculaire à partir des années quatre-vingt, lorsque deux écoles ont ouvert, l’une privée et aidée, l’Académie Fratellini, l’autre publique, le Centre supérieur des arts du cirque, à Chalons-en-Champagne. Une place à part dans cet inventaire peut être faite à Bartabas : Zingaro tourne en France et dans le monde avec ses opéras équestres à la dimension onirique (sa dernière création : Battuta). Pour héberger l’Académie du spectacle équestre qu’il a créée, on lui a royalement offert les Grandes écuries de Versailles.

La musique classique, l’opéra et les arts lyriques sortent de leur isolement. La première dispose à nouveau de la salle Pleyel, réouverte en 2007. Un auditorium va être construit à La Villette dans la Cité de la musique. En 1995, la Folle journée de Nantes voulait « désacraliser le concert classique ». Pari gagné : devenue semaine, elle a fait venir plus de 110 000 personnes à deux cents concerts classiques en 2007. Aix vient d’inaugurer son nouveau Grand Théâtre lyrique. À l’Opéra de Paris, où les jeunes étoiles s’appellent Kader Belarbi, Aurélie Dupont et Nicolas Le Riche, le répertoire s’est ouvert aux chorégraphes étrangers qui aiment travailler en France (Martha Graham, Alvin Ailey, Paul Taylor, Lucinda Childs). Les dix-neuf centres chorégraphiques nationaux ont élargi le public de la danse contemporaine qui apprécie Régine Chopinot, Mathilde Monnier, Philippe Decoufflé ou Anton Preljocaj. Blanca Li innove à chaque ballet, puisant dans de nombreux répertoires différents, comme celui du hip-hop, une discipline en cours de reconnaissance.

On aime le cinéma en France, où le très glamour Festival de Cannes reste l’événement. À Paris, la nouveauté pour les cinéphiles (ceux qui fréquentent le millier de salles d’art et essai) est l’emménagement de la mythique Cinémathèque, enrichie de la BIFI (bibliothèque du film), dans le quartier de Bercy. Les industries cinématographiques et audiovisuelles sont soutenues par l’État. Le Centre national du cinéma (CNC) distribue des aides à la création, à la production et à la diffusion (sous forme d’avances sur les recettes), ainsi qu’à la conservation et restauration des films. Bon an, mal an, depuis 2001 la production française annuelle oscille autour de deux cents films, dont les trois quarts au moins d’initiative française. L’année 2006 a été celle de l’embellie, avec une part de marché qui a dépassé celle des films américains. Après Gérard Depardieu ou Juliette Binoche, les visages de la relève sont ceux de Louis Garel ou Romain Duris, Jeanne Balibar, Emmanuelle Devos ou Marina Hands, l’héroïne de Lady Chatterley réalisé par Pascale Ferran. Une mention spéciale est due au cinéma d’animation qui récolte les fruits de dispositifs de soutien mis en place voici plusieurs années. Il est particulièrement apprécié à l’étranger, et jusqu’au Japon. Citons simplement Kirikou et la sorcière et Azur et Asmar de Michel Ocelot, Arthur et les Minimoys de Luc Besson, Persépolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud.

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Cinémathèque française © F. de La Mure / MAEE

Paris est souvent qualifiée de « capitale de la photographie » tant les événements y sont nombreux autour de cet art. Alors que le succès de la Maison de la photographie ne se dément pas, le Jeu de Paume, dans le jardin des Tuileries, a réouvert en 2004 pour se consacrer à la diffusion de la photographie. Les Rencontres internationales de la photographie d’Arles restent un rendez-vous majeur dans ce domaine.

Le livre a aussi, bien sûr, ses rendez-vous. Avec le Salon du livre au printemps, la « rentrée littéraire », après les vacances d’été, est l’autre moment enfiévré du monde des Lettres : c’est la sortie de la majorité des ouvrages (plus de 600) et la remise des prix, dont le Goncourt, le Renaudot et le Fémina. D’autres rendez-vous rassemblent les amoureux du livre : Étonnants voyageurs au printemps dans la cité corsaire de Saint-Malo, ou Lire en Fête (à l’initiative du ministère de la Culture) dans tout le pays. Le prix unique du livre, cette spécificité française qui protège, depuis la loi Lang, le prix fixé par l’éditeur, a contribué au maintien d’un tissu de libraires indépendants qui font découvrir des écrivains originaux. Combien de temps résistera-t-il au commerce en ligne et à la concurrence des grandes surfaces ? Quels auteurs retiendra-t-on pour succéder aux Sartre, Gide ou Camus ? Le Clézio, Yves Bonnefoy parfois évoqués pour le Nobel ? Marie Ndiaye ou Patrick Modiano ? Ou ceux qui s’accrochent en tête des palmarès des ventes ?

Pour aller plus loin :
Le Musée du quai Branly
Deux nouveaux sites au patrimoine mondial

Source : Ouvrage France 2008

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