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(Multi)Médias ("Label France")

La France, numéro un européen de la télévision numérique (n°30 - 1998)

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A la fin de 1997, la télévision numérique aura séduit un million de foyers en Europe. Avec trois opérateurs en compétition, la France domine un marché évalué à quelque 6 milliards de francs (1 milliard de dollars) en 2001.

Une évolution. Une révolution. Sans conteste, la télévision numérique est un tournant majeur du marché audiovisuel mondial. Tous les spécialistes en conviennent. Avec le numérique, la télévision a franchi une étape décisive, plus importante encore que le passage du noir et blanc à la couleur. En pratique, la télévision numérique est fille de l’informatique et des recherches parallèles des chercheurs américains, européens et japonais.

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Grâce à la compression numérique, un canal satellite comme un câble peut diffuser simultanément jusqu’à huit chaînes de télévision, là où auparavant il ne transportait qu’un seul programme analogique. Cette avancée technologique ne passe pas inaperçue des opérateurs de télévision. Avec la télévision numérique, le coût annuel de diffusion d’une chaîne par satellite, évalué entre 25 et 30 millions de francs (soit 4,2 et 5 millions de dollars, sur la base de 1 dollar = 6 francs) a été divisé par huit.

La phase expérimentale et de mise au point achevée, la télévision numérique passe rapidement à l’étape commerciale. Le coup d’envoi a lieu aux Etats-Unis mais les industriels français ne sont pas absents. Loin de là. A l’été 1994, le groupe américain Hugues Electronics-General Motors lance DirecTV. Un bouquet de 150 programmes numériques. A l’époque, le géant américain prévoit d’investir plus de 6 milliards de francs (1 milliard de dollars).

Pour se lancer dans l’aventure du numérique, Hugues Electronics-General Motors s’est associé avec RCA, filiale américaine de Thomson multimédia (TMM). Cette alliance est la consécration du savoir-faire du groupe français Thomson, acceptant de fabriquer et distribuer les décodeurs numériques indispensables à la réception de programmes diffusés par DirecTV. Le contrat conclu à l’époque par le groupe français a porté sur un million de boîtiers.

Jeux d’alliances

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Pour les opérateurs de chaînes généralistes que sont TF1, la Compagnie luxembourgeoise de télédiffusion et France Télévision (France 2, France 3), le passage au numérique était vital.

L’arrivée du numérique en Europe allait déclencher de grandes manœuvres dans le paysage audiovisuel. Une fois encore, la France allait être à la pointe du combat. Deux logiques allaient s’affronter. Canal Plus, premier opérateur français de télévision payante avec près de 4 millions d’abonnés, souhaitait rester le seul acteur de ce marché. A l’inverse, les chaînes hertziennes privées TF1 et M6, aussi bien que celles du groupe public France Télévision et la Compagnie luxembourgeoise de télédiffusion (CLT) voulaient absolument mettre un pied dans la télévision à péage.

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L’année 1995 sera le théâtre d’un jeu d’alliances et de ruptures entre tous ces protagonistes. Tour à tour, et parfois en même temps, la CLT, TF1 et France Télévision négocieront avec Canal Plus. Les deux premiers pour acquérir une part du capital de Canal Satellite, bouquet de programmes thématiques de Canal Plus, le troisième pour obtenir l’assurance d’une diffusion gratuite et durable de ses chaînes (France 2 et France 3) sur Canal Satellite.

Pour les opérateurs de chaînes généralistes que sont TF1, la CLT et France Télévision, le passage au numérique est vital. Toutes les études prospectives montrent que de plus en plus de téléspectateurs quittent les télévisions généralistes pour s’abonner à des programmes payants. Pas question pour ces chaînes de laisser le monopole du péage à Canal Plus. Démarrées en 1995, les discussions se poursuivront en 1996. Elles n’aboutiront jamais. En avril 1996, Canal Plus choisit de s’engager seul et lance les versions numériques de la chaîne cryptée et de Canal Satellite.

La révolution des programmes

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Depuis les premiers mois de 1996, la CLT et TF1 ont entrepris de se rapprocher. Le groupe luxembourgeois et TF1 échafaudent le projet d’un bouquet numérique concurrent de Canal Satellite numérique. Canal Plus n’y croit pas. A tort. En décembre 1996, TF1, la CLT et France Télévision, rejoints par M6 et la Lyonnaise des eaux, commercialisent Télévision par satellite (TPS). Contre toute attente, les deux offres vont connaître un fulgurant succès. Canal Satellite prévoit d’atteindre 600 000 abonnés à la fin de 1997. De son côté, TPS, qui tablait sur 175 000 souscripteurs, pense en rassembler plus de 300 000.

Engagé sur le terrain français, Canal Plus n’a pas pour autant tiré un trait sur son développement européen. Au départ, la chaîne cryptée a pris l’Allemagne pour cible prioritaire. Associé aux allemands Bertelsmann, troisième groupe mondial de communication, et Kirch, détenteur du plus gros catalogue de droits de retransmission en Europe, le français a lancé Première. Cette chaîne cryptée est bâtie sur le modèle de Canal Plus. Pour renforcer leur domination sur la télévision à péage en Allemagne, les trois partenaires doivent décourager toute concurrence. En même temps, le futur lancement d’un bouquet numérique exige de lourds investissements. Au petit jeu des alliances Rupert Murdoch, le magnat australo-américain, tentera tour à tour de s’associer avec Canal Plus, Havas et Bertelsmann puis avec Leo Kirch. Sans succès.

Au moment où Canal Plus semble le grand vainqueur de la télévision numérique, Bertelsmann, son partenaire en Allemagne, choisit de rompre cette alliance. Aux investissements du numérique, le groupe allemand a préféré les bénéfices des chaînes hertziennes RTL gérées par la CLT. Au début de 1996, Bertelsmann et le groupe luxembourgeois réunissent leurs activités audiovisuelles dans la CLT-UFA. Un coup dur pour Canal Plus, esseulé en Europe et attaqué sur le terrain français. La chaîne cryptée française met un genou à terre mais ne déclare pas forfait. Dans le secret, Pierre Lescure, président-directeur général de Canal Plus, prépare sa riposte.

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A l’été 1996, in extremis, la chaîne cryptée a conclu un accord de fusion avec le sud-africain NetHold sur le point de se vendre à DirecTV. Avec cette fusion surprise, Canal Plus s’impose comme le premier opérateur européen de télévision avec 9 millions d’abonnés. La zone d’influence de la chaîne cryptée s’étend de l’Italie à la Scandinavie en passant par l’Espagne et le Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg). Toutefois, un point noir subsiste : Première. Après l’accord CLT-UFA, Canal Plus s’est trouvé marginalisé en Allemagne. En revanche avec le rachat de NetHold, Canal Plus a acquis 45 % de Telepiù, chaîne cryptée italienne dont le groupe Kirch est actionnaire. Pour sortir du guêpier allemand, Kirch et Canal Plus échangeront leurs participations. Le français se retire de Première au profit du groupe Kirch. En contrepartie l’allemand cède à Canal Plus ses parts dans Telepiù.

Désormais, la situation est claire. Le groupe français Canal Plus est le numéro un européen du numérique. Soutenu par la concurrence entre Canal Satellite et TPS, le marché français enregistre la plus forte croissance. Plus d’un million d’abonnés aux bouquets numériques sont attendus à la fin de 1997. Partout ailleurs en Europe, les démarrages de la télévision numérique sont moins fulgurants mais les prévisions restent optimistes.

Guy Dutheil
Journaliste au Monde

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