Les opérations de maintien de la paix
Les opérations de maintien de la paix, qui n’avaient pas été prévues par la Charte 40, sont aujourd’hui l’un des principaux instruments des Nations Unies.
Des opérations plus nombreuses et plus complexes
Après les échecs des opérations des Nations Unies, symbolisés par les opérations en Somalie et en Bosnie, au milieu des années 1990, qui ont provoqué une relative désaffection des pays occidentaux à l’égard des opérations sous casques bleus, le nombre et l’importance des opérations des Nations Unies ont atteint aujourd’hui un niveau record.
On observe ainsi une croissance rapide des effectifs des opérations : au 31 mai 2010, 101 867 personnels en uniforme étaient déployés dans le cadre de 15 opérations de maintien de la paix contre 12 300 en juillet 19995.
Au plan qualitatif, les opérations de maintien de la paix interviennent aujourd’hui dans des environnements plus dangereux et avec des mandats plus robustes.
Les premières opérations de maintien de la paix consistaient à placer des forces d’interposition entre belligérants étatiques et à superviser un cessez-le-feu. Elles répondaient à trois principes : le consentement des parties, l’impartialité et le non-recours à la force sauf en cas de légitime défense.
Au-delà de la légitime défense, la question de l’usage de la force s’est posée dès les années 60 (Congo) afin de répondre aux actions menées en vue d’empêcher les opérations de maintien de la paix d’accomplir leur mandat.
Cette question a pris une nouvelle ampleur à partir des années 90, où les OMP ont été déployées dans des contextes conflictuels caractérisés par la présence de milices, de bandes criminelles et d’autres « fauteurs de trouble » locaux essayant de perturber le processus de paix ou constituant une menace à la population civile. Le Conseil de sécurité a donné alors un « mandat robuste » à plusieurs opérations, en les autorisant à « employer tous les moyens nécessaires » pour prévenir toute tentative de troubler le processus de paix, pour protéger les populations civiles ou pour aider les autorités nationales à maintenir l’ordre. En somme, le Conseil de sécurité a voulu donner les moyens aux casques bleus de se défendre et de défendre leur mandat.
Les opérations de l’ONU sont par ailleurs de plus en plus multidimensionnelles : outre le domaine de la sécurité, elles sont chargées de contribuer à la construction d’un État de droit, à la protection des droits de l’homme, soutien aux processus politique et à l’assistance économique et humanitaire. Le volet police s’est en particulier développé dans un grand nombre d’opérations (un peu plus de 10 000 policiers engagés).
Cette double évolution a de lourdes implications financières. Le budget total de l’ensemble des opérations de maintien de la paix est passé de 840 M USD en 1998/1999 à 7,8 Md USD en 2009/2010.
Au-delà se pose la question des moyens disponibles : capacités militaires rares (hélicoptères), compétences professionnelles et linguistiques des contingents, entraînement. Les besoins sont particulièrement aigus s’agissant des OMP dans des pays francophones (où sont déployés près de la moitié des effectifs de l’ONU) qui manquent de contingents maîtrisant le français, notamment concernant le volet police.
Les pays contributeurs
Parmi les 118 pays contributeurs de troupes aux opérations conduites par les Nations Unies, une dizaine de pays émergents assurent l’essentiel des effectifs. Parmi eux, le sous-continent indien, qui fournit 33 000 casques bleus, soit 35 % du total, constitue de loin le premier réservoir de troupes des Nations Unies.
Les pays occidentaux, contributeurs de premier rang au début des années 1990, s’étaient désengagés depuis dix ans, choisissant d’intervenir de préférence dans le cadre d’opérations sous mandat mais non sous commandement des Nations Unies. L’implication forte des pays européens au sein de la FINUL, dont ils constituent l’ossature avec 6 600 hommes, constitue un revirement, la France, l’Italie et l’Espagne se hissant ainsi parmi les grands pays contributeurs. Les Européens ont maintenu par ailleurs une partie des troupes engagées dans EUFOR Tchad/ RCA lors de sa relève par la MINURCAT 2.
La réforme du maintien de la paix
Afin de répondre aux critiques relatives à la gestion des opérations et au comportement de certains personnels en mission, les Nations Unies ont commencé à réformer, à la suite notamment du rapport Brahimi d’août 2000, la conduite des opérations. Cette réforme correspond aussi à une prise de conscience des limites d’une gestion empirique des opérations.
La réforme du Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) s’est articulée autour des objectifs suivants : la professionnalisation (avec l’accent mis sur la formation) ; le recours à une approche intégrée (associant les acteurs de la sécurité, du développement et de l’humanitaire) ; la mise en avant de la responsabilité (gestion, comportement des personnels, tolérance zéro en matière d’abus sexuels).
Les difficultés rencontrées par plusieurs opérations, notamment par la MONUC lors de la crise des Kivus fin 2008, ont surtout mis en exergue le besoin de renforcer les capacités de préparation, de planification et de suivi des opérations par le Secrétariat des Nations Unies depuis New York et aussi par le Conseil de sécurité.
Avec le Royaume Uni, la France a donc lancé une initiative au Conseil de sécurité, pendant sa présidence en janvier 2009, en vue d’améliorer le suivi des OMP autour de trois axes de travail : amélioration du suivi stratégique, gestion des contraintes de ressources (coût et volume), mise en oeuvre des mandats complexes (missions multidimensionnelles, protection des civils, sortie de crise et consolidation de la paix). Le Secrétariat a, de son côté, rédigé un rapport sur le maintien de la paix (dit « Nouvel Horizon » ) pour répondre à ces exigences.
(Pour aller plus loin :
Carte des missions gérées par le département des Opérations de maintien de la paix (PDF), sur le site des Nations unies
Mise à jour : juillet 2010
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