Positions française et européenne
L’impact des baleines sur les stocks de poisson
Certains pays chasseurs font valoir que le moratoire sur la chasse à des fins commerciales a un effet nuisible sur les stocks de poissons péchés dans la mesure où les baleines mangeraient de larges quantités de poissons d’intérêt commercial (soi-disant 5 fois plus que les industries de la pêche n’en prélèvent). La plupart des pays en développement sont sensibles à l’argument de la sécurité alimentaire, ce qui explique pour une large part leur position dans le camp pro-chasse.
La France et les autres pays protecteurs considèrent ce raisonnement comme infondé : de nombreux experts du Comité scientifique de la CBI critiquent cette théorie qui ne tient pas compte des multiples interactions entre les différentes espèces de l’écosystème et de la complexité des chaînes alimentaires. En effet,
Plusieurs baleines ne consomment aucun poisson ; en réalité, les baleines à fanon, les plus présentes dans l’hémisphère Sud, consomment essentiellement du krill (petits crustacés).
De plus, tous les poissons mangés par les baleines n’ont aucune valeur commerciale.et sont souvent davantage menacés par d’autres prédateurs (tels que les calmars).
La suppression de prédateurs qui se situent en haut de la chaîne alimentaire (comme les cétacés) peut provoquer des perturbations majeures dans l’écosystème, avec des conséquences catastrophiques pour la pêche.
La chute de la population de baleines par rapport à son niveau antérieur à la chasse n’a entraîné aucune une hausse des stocks de poissons commercialisables..
Cette théorie occulte la principale raison de la chute des stocks de poissons : la surexploitation par l’industrie de la pêche.
Un atelier a évoqué cette question à Dakar les 8-9 mai 2008 : http://www.lenfestocean.org/whales_fisheries.html
La chasse scientifique
Si la chasse commerciale est interdite depuis le moratoire de 1986, la chasse scientifique est autorisée par la Convention de Washington de 1946 (article 8). Toutefois, cette disposition est en décalage avec la réalité d’aujourd’hui. Les programmes de recherche de grande envergure tels qu’ils sont menés grâce aux progrès technologiques n’étaient en effet pas prévus par les auteurs de la Convention. En particulier, les quotas de chasse scientifique échappent à tout contrôle puisqu’ils sont décidés de manière discrétionnaire par le pays chasseur selon la réglementation de la CBI. Enfin, des études récentes montrent que la grande majorité des recherches scientifiques peuvent être effectuées sur des baleines vivantes.
C’est pourquoi la France et d’autres pays pro-conservation ont effectué à plusieurs reprises des démarches de protestation auprès des autorités japonaises et islandaises à propos de leur campagne de chasse dite scientifique. La France soutient en revanche fortement l’initiative australienne de partenariat de recherche non létale dans l’océan Austral. Elle s’y associe par les programmes de recherche en Nouvelle-Calédonie, au large de la terre Adélie et dans le sud de l’océan Indien.
La question des objections et réserves
La Convention de Washington permet aux Etats membres de poser des objections à toute décision prise par la Commission, à condition que cette objection soit déposée dans les temps. Une fois que l’objection est faite, la décision en cause ne lie pas l’Etat membre qui en est l’auteur. La Norvège et l’Islande ont respectivement formulé une objection (procédure pour les Etats qui sont parties à la convention) et une réserve (procédure pour les Etats lors de leur adhésion, en l’occurrence réadhésion de l’Islande) au moratoire de 1986, et chassent donc à titre commercial depuis 1993 (Norvège) et 2006 (Islande). Le Japon, qui est revenu sur son objection au moratoire mais qui a formulé une objection à la création des sanctuaires marins, pratique la chasse à des fins scientifiques en Antarctique (sanctuaire). La France et d’autres pays protecteurs souhaitent que le droit d’émettre des objections et réserves soit supprimé, comme c’est le cas dans certaines conventions de protection de l’environnement, et se prononcent en faveur d’une interdiction explicite de ce droit dans la rédaction du RMS.
Le Comité de conservation
Si, depuis le moratoire de 1986, la disparition de certaines espèces a été évitée, d’autres menaces pèsent sur les cétacés : pollutions, trafic maritime, bruit sous-marin, captures accidentelles, changement climatique…, risques que la CBI a pris en considération, notamment à travers la création, en son sein, du Comité de conservation en 2003, par l’"initiative de Berlin" que la France a soutenue, malgré l’opposition des pays favorables à la chasse.
Les Sanctuaires
Fortement attachée au principe de précaution et compte tenu des enjeux de préservation des cétacés, la France n’a cessé, depuis vingt ans, de défendre une approche de conservation par la création de vastes zones protégées, ou sanctuaires, où comportements et volumes des grands cétacés peuvent être plus aisément observés. Elle soutient chaque année les sanctuaires baleiniers existants dont celui de l’Antarctique institué, en 1994, à l’initiative de la France (le second sanctuaire étant celui de l’océan Indien) et appuie les projets de résolution australien et brésilien, qui appellent à la création de nouveaux sanctuaires dans le Pacifique Sud-Ouest et dans le Sud-Atlantique. Ces zones seraient ainsi à l’abri de la chasse commerciale si celle-ci reprenait un jour. Le processus de recherche de compromis et de dialogue entrepris depuis 2007 au sein de la CBI a cependant intégré cette question des sanctuaires à des négociations plus générales sur l’avenir de la CBI.
L’observation touristique des baleines
L’observation touristique des baleines permet une gestion durable et respectueuse de l’environnement des stocks de baleines tout en dégageant un profit supérieur à celui de la chasse à la baleine. Selon plusieurs sources, ce secteur est l’un des domaines touristiques les plus dynamiques au monde : il enregistre une croissance annuelle d’environ 12% et génère un chiffre d’affaires supérieur à 1 milliard de dollars. Par comparaison, le chiffre d’affaires annuel de la chasse à la baleine s’élève actuellement à environ 50 millions de dollars.
La France soutient cette activité à fortes retombées touristiques et économiques, y compris en termes d’image du pays qui la promeut, à condition qu’elle soit menée selon un code de conduite défini (cf. le code de conduite dans le cadre du sanctuaire Pelagos pour les mammifères marins en Méditerranée, initié par la France, Monaco et l’Italie : www.sanctuaire-pelagos.org).
L’action de la France vis-à-vis des pays francophones
La France entretient un dialogue privilégié avec les pays francophones dans un contexte de nouvelles adhésions de ceux-ci dans le camp des pro-chasse ces dernières années. Ils constituent désormais un quart de la CBI avec une vingtaine de pays. Parmi eux, plus de la moitié votent comme le Japon. La France a pris des initiatives, avec le soutien des autres pays francophones, en faveur de la reconnaissance de la langue française en tant que langue de travail. Cette initiative a abouti en 2008, alors que la seule langue officielle et de travail de la CBI était jusqu’à lors l’anglais.
Les autres actions de la France en matière de protection des mammifères marins
Outre sa participation active à la CBI, la France est aussi présente dans les instances régionales traitant de la conservation des mammifères marins, notamment par son adhésion à ACCOBAMS (accord traitant de la conservation des cétacés en Méditerranée et mer Noire) et à ASCOBANS (accord similaire pour la mer du Nord et l’Atlantique du Nord-Est). Elle a signé en 2006 un memorandum d’entente pour la conservation des cétacés dans le Pacifique Sud dans le cadre de la convention sur les espèces migratrices (CMS).
Elle s’est également engagée dans la création de sanctuaires de mammifères marins dans les mers régionales : deux sanctuaires nationaux existent en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie. La France établit un sanctuaire pour les mammifères marins dans les Antilles françaises (Agoa). En Méditerranée, la France avec l’Italie et Monaco est à l’origine du sanctuaire Pelagos pour les mammifères marins. Dans sa propre zone économique exclusive, son code de l’environnement protège tous les mammifères marins, dont les baleines. La France apporte ainsi son soutien et s’implique dans toute action en faveur de la protection des cétacés.
Par ailleurs, la France, par le biais de l’Agence des aires marines protégées, a décidé de mettre en œuvre, depuis 2008, sur toutes les eaux sous juridiction française, un inventaire des populations de mammifères marins. L’objectif est d’effectuer tous les 5 ans, un suivi par survol aérien pour compléter les études en cours. Ce programme d’inventaire doit couvrir l’ensemble des eaux françaises présentes dans les 3 océans. Il s’agit de produire une cartographie globale de la distribution des mammifères marins et de leurs habitats préférentiels sur l’ensemble de la ZEE outre-mer. L’objectif est aussi de pouvoir effectuer des comparaisons entre les différents sites grâce à l’application d’une méthode standardisée. En 2011-2012, une campagne de survol est ainsi organisée autour de la Nouvelle-Calédonie.
La position de l’Union européenne
L’UE est de plus en plus présente dans la CBI. Si la Commission européenne a le statut d’observateur, 25 Etats sur 27 font partie de la CBI (seuls manquent la Lettonie et
Malte ), se coordonnent et constituent un bloc important en faveur de la conservation des cétacés dans cette enceinte. Un des principaux défis de l’UE est de régler le cas du Danemark, seul Etat membre de l’UE dans le camp pro-chasse.
Pour en savoir plus :
le site de la CBI : www.iwcoffice.org
le site de l’exposition "Incroyables cétacés" (Muséum national d’Histoire naturelle) : www.mnhn.fr/cetaces
Liens hypertexte
Pays adhérents : http://www.iwcoffice.org/commission/members.htm
Agoa : http://www.agoa.fr
Pelagos : http://www.sanctuaire-pelagos.org/accueil
Mise en ligne : 15.06.11
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