Tourisme durable
Le tourisme constitue une composante majeure de l’économie mondiale. Son développement a un impact considérable sur l’environnement et les sociétés. Compte tenu de son poids et de ses caractéristiques, les pays en développement regardent le tourisme comme un contributeur majeur dans la croissance économique et la création d’emplois.
Le tourisme est également perçu comme un secteur économique prédateur aux conséquences néfastes, tant sur les sociétés que sur l’environnement des pays d’accueil. Son expansion dans des pays du Sud, aux biotopes et structures sociales fragiles, renforce ces critiques.
Utilisé avec précaution et maîtrise, il peut devenir un formidable levier de développement. C’est cette utilisation d’un tourisme facteur de réduction de la pauvreté et de développement durable qui est aujourd’hui l’objet de l’attention de nombreuses agences de coopération.
La France, première destination touristique mondiale, avec son expérience dans le développement du tourisme pour dynamiser des territoires et ses savoir-faire dans l’économie touristique, s’est engagée à promouvoir un tourisme responsable comme moteur de développement.
Contexte
Le marché mondial du tourisme
Le tourisme est la première industrie mondiale en terme de croissance. Depuis 1950, les flux de touristes étrangers ont été multipliés par 35, pour aboutir en 2008 à 922 millions d’arrivées internationales, générant 944 milliards USD de recettes [1]. Les taux de croissance annuelle sont supérieurs à 5%. Les progressions les plus fortes sont dans les pays en développement, notamment en Afrique (plus de 8% de croissance en 2007).
Le tourisme en 2007 représente environ 35% des exportations mondiales de services et plus de 70% de celles des pays les moins avancés (PMA), se classant au 4ème rang mondial après les carburants, les produits chimiques et les automobiles, devant les produits agricoles. Le tourisme et les secteurs connexes représentent plus de 10% du PIB mondial et plus de 8% de l’emploi.
La crise économique de 2008/2009 a interrompu cette croissance (récession prévue de 4 à 7% sur les arrivées et les recettes du tourisme en 2009), mais le secteur est l’un de ceux qui rebondit le plus vite (voir les crises passées dues à des événements politiques, des catastrophes naturelles ou des épidémies). L’Afrique est le continent qui résiste le mieux à cette crise.
Le tourisme mondial s’organise autour de 3 pôles majeurs(Amérique du Nord et Caraïbes ; Europe et Méditerranée ; Asie de l’Est et du Sud-Est), mais les destinations se diversifient. En 1950, 15 destinations, toutes européennes, attiraient 97% des touristes. En 2000, les 15 premières destinations ne représentaient plus que 62% des arrivées. Le tourisme s’oriente de plus en plus vers les pays émergents en Europe centrale, en Asie et dans les pays en développement.
Le tourisme et les pays en développement
Le tourisme est un des secteurs d’exportation les plus importants, source majeure de devises pour 46 des 50 pays les moins avancés (première source de devises pour 38% d’entre eux). Il reste néanmoins limité dans ces PMA à 1,2% des arrivées et 0,8% des recettes mondiales, même s’il se développe plus rapidement dans les PMA que dans les pays en développement [2].

Hôtel de charme, San Antao (Cap-Vert), photo Gilles Béville
L’Afrique n’a attiré en 2006 que 4,8% des touristes internationaux (un peu plus de 40 millions), mais avec un taux de croissance de 10,6%. Les flux restent essentiellement orientés au Nord (près de 60% des arrivées), mais l’Afrique sub-saharienne progresse rapidement. En Afrique sub-saharienne, l’Afrique australe (République Sud-Africaine, Botswana, Zimbabwe) et de l’Est (Kenya, Tanzanie) continuent de dominer (l’Afrique de l’Ouest ne représente que 6% des arrivées sur le continent).
Le tourisme et la réduction de la pauvreté
Le tourisme, grâce à sa grande transversalité, a un potentiel économique important de réduction de la pauvreté, notamment dans les PMA. Il génère en effet, à côté de la filière directe (transports, hébergements, restauration), un très grand nombre d’activités (accompagnement, animation, activités sportives, culturelles et commerciales). Le tourisme paraît ainsi plus adapté que d’autres secteurs au développement des PMA :
le consommateur se « rend dans le produit », ce qui entraîne des incidences plus fortes avec d’autres activités(opportunités de consommation, impacts) ;
le tourisme, secteur très diversifié, favorise le développement de filières économiques qui lui sont liées ou qui en profitent ;
le tourisme est consommateur de main d’œuvre avec un large éventail d’emplois, ce qui permet d’absorber des travailleurs pas forcément qualifiés ;
le tourisme permet de créer de nombreuses petites ou micro-entreprises ;
le tourisme permet de valoriser, de protéger et de conserver les patrimoines culturels et naturels et d’en faire des atouts économiques ;
le tourisme s’adapte facilement dans des économies rurales, où il participe à une diversification des activités ;
les PMA possèdent très souvent des avantages comparatifs (ressources naturelles, identités culturelles fortes).

Ferme-auberge, massif de l’Atlas (Maroc), photo Gilles Béville
Malgré ces avantages, le potentiel du tourisme pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) est loin d’être pleinement utilisé. En effet, les déperditions économiques au détriment de l’économie locale sont d’autant plus importantes que le tissu économique local est faible. Les investisseurs sont majoritairement occidentaux et le tourisme a finalement peu d’impact sur le développement local. Les retombées économiques pour les populations qui vivent à proximité des zones touristiques restent faibles [3].
Autre limitation des effets du tourisme sur le développement : le manque de sensibilisation des autorités financières nationales et internationales à la nécessité de planifier et de soutenir le développement du secteur.
Le tourisme de masse et ses formes alternatives
Il est aujourd’hui commun d’opposer le tourisme de masse aux effets environnementaux et sociaux négatifs mais aux retombées macrocéconomiques visibles, à des formes plus « douces » de tourisme (« solidaire », « équitable », « communautaire », « éco-tourisme », « agro-tourisme »), caractérisées par leur moindre empreinte sur les territoires mais aux impacts économiques plus flous. Ces formes de tourisme gagnent en notoriété (27% en 2007 contre 59% en 2008) et séduisent plus de voyageurs (2% en 2007 mais 7% en 2008) [4]. Elles reposent sur des paramètres communs :
l’implication des populations dans la définition et la gestion du projet touristique ;

La rivière Mbani (Gabon), photo Gilles Béville
la maximisation des retombées économiques sur ces populations ;
la valorisation des patrimoines naturels, culturels et humains locaux ;
la minimisation des effets négatifs du tourisme et des touristes sur le territoire concerné ;
la notion d’échanges et de rencontres entre visiteurs et visités.
L’intégration dans le tourisme de la notion de développement durable amène à établir des passerelles entre ces univers et à tenter de faire évoluer le tourisme de masse vers une meilleure prise en compte des paramètres environnementaux et sociaux des zones où il s’investit, et de promouvoir et développer des niches de marché à fortes retombées locales.
Tendances et engagements
Impact et évolution du tourisme dans les PMA
Si l’analyse des effets négatifs du tourisme est largement couverte par de nombreuses études de cas (oasis de Tozeur en Tunisie, îles Baléares, archipel des Galapagos), la mesure des impacts des formes alternatives au tourisme de masse sur les territoires est moins documentée. Une évaluation du développement d’un tourisme solidaire au Burkina Faso [5] met en évidence la diffusion d’apprentissages, notamment parmi les femmes et les jeunes, la valorisation et le maintien au village de ces populations et le rayonnement d’une démocratie locale.
Des études britanniques [6] et Néerlandaises [7] sur l’Afrique de l’Est et australe ainsi que l’Asie du Sud-Est, permettent de dégager des pistes d’actions pour maximiser l’impact du tourisme sur les populations défavorisées. Ces études montrent que plus du quart des dépenses touristiques peuvent profiter aux plus pauvres, si les liens avec les autres secteurs économiques tels que l’agroalimentaire et l’artisanat sont suffisamment étroits. L’amélioration des bénéfices pour les populations défavorisées exige un changement dans les politiques publiques et les comportements des entreprises.

Marché artisanal, Essaouira (Maroc), photo Gilles Béville
Les engagements français
Dans un contexte international de prise de conscience de la capacité du tourisme à générer croissance et développement, mais également de sa nécessaire maîtrise, la France s’est engagée, notamment depuis le début des années 2000, à promouvoir et renforcer le concept d’un tourisme responsable outil de développement.
À l’occasion du sommet du développement durable de Johannesbourg en septembre 2002, la France a initié un atelier de sensibilisation au tourisme solidaire, avec la participation d’opérateurs de tourisme communautaire du Niger, de Mauritanie, du Maroc et de Tanzanie. À la suite de cette manifestation, les actions en faveur d’un développement de cette thématique ont abouti à :
la création d’un réseau international informel des agences de coopération bilatérales et multilatérales et l’organisation d’un Forum international du tourisme solidaire (FITS) pour l’échange des meilleures pratiques, la sensibilisation et la création de liens entre acteurs. 3 éditions ont eu lieu en 2003 à Marseille, en 2006 au Mexique et en 2008 au Mali ;
Depuis 2006, la France pilote, avec comme opérateur principal le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), un groupe de travail international sur le tourisme durable dans le cadre du processus de Marrakech sur les modes de production et de consommation durables, lancé à la suite du sommet mondial du développement durable de Johannesbourg en 2002. Composé de 18 pays, 5 organisations internationales et une dizaine d’ONG internationales et d’organisations professionnelles, ce groupe vise à favoriser l’échange de bonnes pratiques, l’engagement de ses membres dans des actions visant à promouvoir le tourisme durable ainsi que la création et la diffusion de projets pilotes autour de quatre thématiques prioritaires :
(1) tourisme et changement climatique ;
(2) tourisme et biodiversité et actions de prévention ;
(3) conservation et valorisation du patrimoine culturel et naturel mondial ;
(4) tourisme et territoire, gouvernance locale.
Les actions menées ont abouti au lancement de la campagne de sensibilisation « passeport vert » et de son projet pilote au Brésil (partenariat PNUE, France, Brésil), à la création d’un réseau de bailleurs de fonds (SIFT Sustainable Investments For Tourism) axé sur la réflexion, à la définition de critères objectifs d’investissements durables dans le secteur du tourisme, et à un état des lieux des systèmes de labellisation-certification en matière de tourisme durable piloté par « Rainforest Alliance ».
la réalisation d’études [8] et d’analyses [9] permettant de mieux appréhender le secteur ;
des actions de renforcement institutionnel des acteurs du tourisme au Sénégal et à Madagascar. L’Ambassade de France au Sénégal a lancé en 2007 un projet de développement d’un tourisme communautaire sur la Casamance dans lequel sont privilégiés les liens avec les autres filières économiques locales (agroalimentaires, artisanat) ;
une assistance technique auprès de certaines organisations multilatérales (Organisation Mondiale du Tourisme, Banque Asiatique de Développement et Système d’Intégration Centre-Américain) et de gouvernements (Tanzanie, Mali) ;
un accord de partenariat (2008), dans le cadre de la Commission nationale de la coopération décentralisée, visant à renforcer les synergies pour faire du tourisme un vecteur de développement territorial durable, notamment dans le Grand Mékong, en Amérique centrale/Caraïbes et en Afrique ;
un appui à la structuration des acteurs français du tourisme équitable, regroupés depuis 2006 dans une association professionnelle, l’ATES (association pour un tourisme équitable et solidaire) ;
la réalisation d’un document d’orientation stratégique (DOS) pour l’aide au développement sur le tourisme responsable et les territoires (lien à prévoir vers le DOS), dont l’objectif est de développer les formes de tourisme à forte valeur ajoutée, en plaçant les ressources humaines au cœur de la stratégie.
Les actions de l’AFD
L’AFD, partie prenante dans ces différentes actions en faveur d’un tourisme responsable facteur de réduction de la pauvreté et de développement, a réalisé en 2006 un audit de ses opérations sur la thématique du tourisme. Cet audit recommandait de faire du tourisme un axe stratégique d’intervention, axe qui pourrait être piloté par les services en charge de l’appui au secteur privé.
Les interventions de l’Agence sur le secteur sont réalisées soit par des prêts aux opérateurs économiques via sa filiale Proparco, soit par des prêts souverains aux États, soit enfin par des subventions via son programme de renforcement des capacités commerciales des pays (PRCC). Ses actions en faveur du tourisme sont orientées, par exemple, sur la formation professionnelle (écoles hôtelières), l’appui au développement de l’écotourisme (Mauritanie, Vietnam, Laos), la mise à niveau des hôtels (Tunisie), la préservation du patrimoine culturel et l’aménagement urbain (Luang-Prabang), la protection de la biodiversité (projet au Mozambique).
L’AFD a fait réaliser une étude d’impact des formes de tourisme responsable sur les territoires notamment dans les pays en développement. L’Agence gère également le Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM) dont un bon nombre de projets sur la protection de la biodiversité intègrent un volet écotourisme dans les aspects de valorisation.
Liens utiles
Veille info tourisme (base d’information et de partage des connaissances du tourisme du ministère du Tourisme
www.veilleinfotourisme.fr
Plate-forme coopération et tourisme responsable (site dédié au partage d’information et d’expériences)
www.cooperation-tourisme.org
Mediaterre (réseau d’information francophone sur le développement durable)
www.mediaterre.org
Association pour le tourisme équitable et solidaires (ATES, identifie et fédère les structures engagées dans la production et la commercialisation des voyages équitables et solidaires)
www.tourismesolidaire.org
Réseau Archimède (association ayant pour objet la promotion d’une économie solidaire basée sur le développement d’un tourisme social et durable et la mise en place d’un réseau entre les populations du Sud et celles du Nord)
www.reseau-archimede.org
Echoway (association loi 1901 ayant pour but d’informer sur les lieux d’accueil du tourisme équitable, solidaire, écologique, l’écovolontariat et la sensibilisation au tourisme responsable)
www.echoway.org
Agir pour un tourisme responsable (ATR, association de tours opérateurs)
www.tourisme-responsable.org
Coalition Internationale pour un Tourisme Responsable (regroupe des professionnels experts du tourisme engagés pour un tourisme responsable)
www.coalition-tourisme-responsable.org
Mise en ligne : 16.11.10
[1] Statistiques de l’organisation mondiale du tourisme (OMT) - 2008
[2] Entre 2000 et 2005, les arrivées touristiques dans les PMA ont augmenté de 48% contre 30,8% dans les PED et 17% dans le monde entier. Les recettes en prix courants ont crû de 76% dans les PMA contre 41% dans le monde.
[3] Université Moi, Eldoret, Kenya, CRDI, Nairobi, Kenya, septembre 2000. Dans le cas de la réserve faunique Maasaï de Mara au Kenya, moins de l’université Moi ont montré que moins 2% de l’argent dépensé retourne à la population locale.
[4] Enquête TNS Sofres 2008.
[5] Groupe de recherche et d’échanges technologiques (GRET), audit externe de l’ONG Tourisme et développement solidaires (TDS), 2001.
[6] Ashley, C., Mitchell, J., Assessing how tourism revenues reach the poor, Overseas Development Institute, juin 2007.
[7] SNV, Tourism and development : agendas for action, octobre 2007.
[8] A. Laurent : caractériser le tourisme responsable facteur de développement durable, DGCID, 2003 (lien à prévoir vers cette étude).
[9] Coopération décentralisée, tourisme responsable et solidaire et développement des territoires : vademecum 2006, DGCID (lien à prévoir vers cette étude).






