Micro-finance et Méso-finance
Sommaire
Micro-finance et méso-finance s’inscrivent dans ce qu’il est convenu d’appeler la finance solidaire, elle-même partie prenante d’une tendance plus vaste à la consommation citoyenne, qui peut se décliner notamment dans les mouvements du commerce équitable, de l’agriculture biologique, de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises.
Ces nouveaux concepts financiers relèvent de deux types d’approches, l’une éthique et l’autre solidaire :
pour la première, l’épargnant vise à choisir des placements qui excluent des valeurs jugées incompatibles avec des critères moraux ou qui au contraire privilégient des comportements d’entreprises conformes au droit du travail, à la sauvegarde de l’environnement, au respect des sous-traitants, etc. Dans leurs choix, les épargnants recherchent également une rentabilité normale conforme au marché ;
l’approche solidaire respecte les mêmes critères éthiques mais vise en outre à investir dans des produits ou des sociétés financières qui financent des activités permettant de créer de l’emploi, de développer des logements sociaux ou de favoriser des énergies renouvelables. Dans ce cadre, les épargnants acceptent, soit un risque supplémentaire, soit une rentabilité inférieure à la moyenne du marché.
Le financement issu d’une épargne solidaire peut se décliner au travers de la micro-finance, de prêts plus importants, mais également au travers du capital investissement solidaire.
La micro-finance, concept populaire, dont il faut accompagner le développement
La micro-finance est généralement définie comme l’offre de services financiers au profit des populations démunies, ayant peu ou pas accès aux services des institutions financières classiques. En comparaison avec l’activité bancaire, la micro-finance se particularise par l’échelle réduite de ses opérations (micro-crédits, micro-épargne, micro-assurance), l’aspect temporaire de ses contrats, les mécanismes novateurs utilisés dans la sélection et la surveillance des projets. Les institutions de micro-finance (IMF) poursuivent une double mission, sociale et financière.
Le micro-crédit, forme la plus médiatisée et la plus diffusée de la micro-finance, désigne des prêts à petits montants consentis à des groupes d’emprunteurs solidaires ou à des emprunteurs individuels par des institutions qui peuvent être des organisations non gouvernementales, des banques, ou des programmes publics. Ces prêts ciblent des populations discriminées, démunies ou à faibles revenus pour financer ou créer des petits projets productifs souvent à la limite de la survie et du secteur informel.
La micro-finance repose sur le lien social et utilise ce lien dans ses méthodes et procédés. Elle est une finance de proximité, géographique car les personnes se connaissent et se cautionnent mais surtout culturelle. Elle est toujours adaptée aux besoins et donc innove en permanence. Aujourd’hui sont développés des services d’assurance, de transferts d’argent pour les migrants, etc.
L’extraordinaire essor de la micro-finance
Le concept de micro-finance a été mis au point dans le Bangladesh dans les années 1970 par Muhammad Yunus qui a créé la Grameen Bank en 1974. Développant une méthode de crédit et de services bancaires dans les zones rurales pauvres, il en étendit ensuite le concept au pays tout entier. Le succès de sa méthode, basée au départ sur le principe de la caution solidaire (des groupes de cinq personnes se portent caution mutuellement) a fait des émules à travers le monde. La Grameen a pour originalité d’être détenue par les emprunteurs pauvres eux-mêmes. En 2008, avec 2 500 antennes couvrant 80 000 villages, elle comptait plus de 7 millions d’emprunteurs [1].

Séance de sensibilisation par une IMF (Photo MAEE)
Les années 1990 ont ensuite été marquées par un extraordinaire développement et une professionnalisation du secteur. La Banque mondiale recense aujourd’hui plus de 10 000 institutions de micro-finance dans 85 pays qui touchent plus de 150 millions de bénéficiaires pour un encours d’environ 20 milliard d’euros [2]. En 2005, l’Organisation des Nations Unies a fait de la micro-finance son thème annuel et en 2006, le prix Nobel de la paix a été décerné à Muhammad Yunus. Aujourd’hui, plus que jamais, la micro-finance est une thématique d’actualité. Elle est partie prenante de la plupart des politiques publiques de lutte contre la pauvreté et souvent présentée comme une réponse possible à certains objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
La nécessité d’encadrer le développement de la micro-finance
Dans le micro-crédit, il y a l’idée que derrière chaque personne se cacherait un entrepreneur qu’un produit financier de qualité permettrait de révéler. Telle était l’idée sous-jacente, notamment chez Mohammad Yunus, lorsqu’il mit en place la Grameen Bank. De récentes évaluations en Inde et aux Philippines tempèrent cette idée :
s’il est vérifié que les emprunteurs investissent bien dans leur entreprise (acquisition d’actifs productifs ou augmentation de stocks), seul un prêt sur huit conduit à la création d’une nouvelle activité indépendante ;
l’enquête montre aussi que 18 mois plus tard il n’y a pas de signe d’une transformation profonde de la vie des ménages, ni sur la santé, ni sur l’éducation, ni sur le rapport homme/femme [3]…
Il faut donc peut-être nuancer les avantages possibles du micro-crédit. La réflexion doit aujourd’hui se positionner sur la meilleure manière de servir la clientèle. L’une des limites du micro-crédit est qu’il finance essentiellement des activités à toute petite échelle, de très faible croissance. Le micro-crédit devrait donc savoir distinguer ceux de ses clients qui ont réellement le goût du risque et de l’entreprise, de ceux qui y sont contraints et offrir ainsi des services différenciés.
Le principe de pérennité financière fait désormais consensus au niveau de la plupart des acteurs du secteur. Selon ce principe, la micro-finance aurait vocation, pour assurer sa viabilité économique et massifier sa couverture, à recouvrer ses coûts et même à dégager des bénéfices pour assumer son extension et attirer des capitaux privés. Pourtant la logique gagnant-gagnant, d’une micro-finance qui serait rentable tout en s’adressant aux pauvres, reste contestée. Dans de telles conditions, il existe une crainte que la commercialisation n’entraîne une dérive de la mission des IMF. Cette évolution peut les conduire à se tourner vers des segments de clientèle plus rentables, c’est-à-dire essentiellement urbains et moins pauvres, sans alternatives pour les ménages les plus exclus.
Dans certaines zones, la concurrence entre IMF se traduit par une agressivité commerciale guère compatible avec une offre de qualité et la satisfaction des clients [4]. Des cas de surendettement existent du fait d’une offre arrivée à saturation et mal régulée dans certaines zones rurales ou métropoles. Le choix de certaines institutions doit également susciter la vigilance, car des taux d’intérêt parfois excessifs sont appliqués aux clients pauvres : ces taux d’intérêt élevés et les profits qu’ils génèrent sont difficilement justifiables eu égard aux objectifs sociaux affichés.
Par ailleurs, la transformation en sociétés anonymes de certaines IMF et, pour certaines d’entre elles, leur introduction en bourse, amènent à s’interroger sur les orientations de la gouvernance et la capacité des IMF à équilibrer leurs objectifs sociaux et commerciaux, notamment quand des choix devront être faits entre la satisfaction des actionnaires et celle des clients [5].
Ces différentes évolutions ne remettent pas en cause la légitimité de la micro-finance dans la lutte contre l’exclusion financière. Elles interrogent sur la meilleure manière de la mettre en œuvre. L’expérience révèle des services de qualité et de coût très variables, d’où l’importance de s’interroger sur l’éthique des interventions et la responsabilité et les performances sociales des organisations.
Selon de nombreux professionnels, la micro-finance doit s’accompagner d’autres actions afin de pouvoir améliorer efficacement les conditions de vie de ses bénéficiaires. Notamment dans le cas des prêts à des entrepreneurs, le service financier doit pouvoir être associé à des services non-financiers. Ces derniers visent à renforcer la capacité des emprunteurs à développer des activités génératrices de revenus et/ou à améliorer la performance de leur entreprise.
Ces services concernent notamment l’information sur la réglementation et les processus de création d’entreprises, l’information sur les technologies adaptées, les diverses formations nécessaires à l’amélioration de la productivité de l’entreprise et de l’entrepreneur, le transfert de technologies afin de rendre l’entreprise plus compétitive, la constitution de partenariats ou l’inclusion dans des réseaux (lien vers la fiche sur les services d’appui aux entreprises). Le développement de ces services peut se faire de différentes manières, soit au sein même de l’IMF, sans obérer sa rentabilité, soit en partenariat avec une autre institution, mais avec alors une question de financement de ce service.
L’implication française dans la micro-finance
À la suite d’un forum organisé à Paris en décembre 2005 dans le cadre de l’année de la micro-finance, le ministère des affaires étrangères a instruit et mis en place en 2006 un programme de renforcement institutionnel de la micro-finance et de son environnement dans les pays de la zone de solidarité prioritaire.
Ce programme partait du constat de l’inexistence ou de l’inadaptation des cadres réglementaires, de la faiblesse des structures de tutelle des IMF ainsi que de leur nécessaire changement d’échelle. De ce fait, ce programme s’est efforcé de :
contribuer à l’élaboration ou à l’évolution de cadres réglementaires et fiscaux adaptés aux spécificités de ce secteur, notamment en Afrique de l’Ouest et du Centre ;
renforcer durablement les capacités des opérateurs de réseaux de services financiers décentralisés (IMF, prestataires de services) ;
soutenir les réflexions transversales des opérateurs francophones, diffuser leur savoir-faire et leurs innovations sur des thèmes nouveaux tels que l’assurance, le financement des PME (méso-finance) ou le transfert d’argent des migrants.
Le programme est en phase d’achèvement et fera l’objet d’une évaluation. Certains résultats sont intéressants, comme :
l’élaboration en République Démocratique du Congo d’une loi sur la micro-finance ;
la réalisation de formations francophones en micro-finance dispensées par l’Institut Boulder, centre de formation international de l’Organisation international du travail à Turin, par l’Université de Yaoundé également ;
la publication de manuels de capitalisation de référence sur le financement du monde rural, l’articulation micro-finance/micro-assurance ou les sociétés de cautionnement mutuel.
Le secteur de la micro-finance est aussi largement couvert par de nombreux projets mis en œuvre par l’agence française de développement (AFD)
La nécessité de soutenir la méso-finance, pour prendre le relais de la micro-finance
Le micro-crédit ne répond pas aux besoins des très petites, petites et moyennes entreprises (fonds de roulement, avance sur marché, investissement) en terme notamment de durée des prêts (rarement au-delà de 2 ans) et de montant. Différents diagnostics ont confirmé l’existence d’une défaillance du marché des services financiers entre le plafond des prêts accordés par la micro-finance et le plancher du crédit bancaire. Cette défaillance se situerait entre 2 000 et 100 000 € avec un plafond plus bas dans certains pays et un plancher plus haut pour d’autres. C’est là qu’intervient la méoso-finance, notion créée et mise en valeur notamment par le ministère des affaires étrangères il y a bientôt 10 ans.
La méso-finance comme réponse à la défaillance du marché
La défaillance du marché concerné par la méso-finance est un phénomène complexe entretenu par de multiples facteurs de blocage agissant simultanément. Ces facteurs peuvent être résumés en contraintes liées au cadre des affaires (limitations du cadre juridique, judiciaire et réglementaire), à l’offre de services (banques commerciales non intéressées à intervenir sur ce segment de clientèle, institutions de micro-finance qui se développent horizontalement mais pas vers les besoins des petites entreprises, peu de présence dans les pays africains des institutions financières non bancaires) et à la demande des entreprises (faiblesse de leurs fonds propres et de leurs garanties, faible capacité à formuler une demande « bancable », faible information sur les services offerts, faible développement des services d’appui).
L’enjeu est donc, d’une part, de trouver les voies et moyens pour encourager les banques commerciales, lorsqu’elles en manifestent concrètement l’intérêt, à développer des services financiers en direction des petites entreprises et, d’autre part, à accompagner les institutions de micro-finance dans la montée en gamme de leurs services vers les besoins de leurs plus gros clients ou mieux dans l’ouverture d’un véritable guichet de crédit à la petite entreprise. Une autre piste consiste à soutenir les velléités de création de banques de développement des petites et moyennes entreprises. Enfin, un autre enjeu est lié à l’accompagnement des petites entreprises à la méso-finance.
Le soutien français au développement de la méso-finance
L’initiative en faveur du secteur privé en Afrique, présentée en juin 2006 au Comité interministériel pour la coopération internationale et le développement (CICID) a préconisé le développement d’un dispositif d’appui à la méso-finance en Afrique. En conséquence, la direction générale du Trésor et des politiques économiques du ministère de l’économie, de l’industrie et de l’emploi a décidé la mise en place d’une dotation de 10 millions €, dont l’utilisation est confiée à l’AFD, qui doit permettre de développer l’accès de 5 000 petites entreprises aux services financiers en 10 ans.
6 pays ont été identifiés pour lancer des actions pilotes (Cameroun, Ghana, Madagascar, Mali, Maroc et Sénégal). Des études de faisabilité ont été menées et des institutions partenaires identifiées. En 2009, un certain nombre de pays ont été rajoutés à cette première liste, dont le Burkina Faso et le Niger pour l’Afrique sub-saharienne. Ce programme est en cours de mise en œuvre par l’AFD.
Liens utiles
Le Portail Microfinance (site de ressources au service des acteurs francophones de la microfinance)
www.lamicrofinance.org
Consultative Group to Assist the Poor (CGAP - site en anglais)
www.cgap.org/index.html
Forum Finances et Développement
http://esf.asso.fr/
PlaNet Finance (lutte contre la pauvreté en soutenant le développement de la microfinance)
www.planetfinance.org/
Mise en ligne : 16.11.10
[1] J.M. Sévérino, J.M. Debrat.- L’aide au développement.- Paris : éditions le cavalier bleu, 2010.
[2] idem
[3] E. Duflo.- Microcrédit, miracle ou désastre ? Le Monde, 12 janvier 2010, p. 18.
[4] I. Guérin, C. Lapenu, F. Doligez .- La microfinance est-elle socialement responsable ? .- Revue Tiers Monde, n° 197, jan-Mars 2009, pp. 5-16
[5] idem






