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Note de cadrage de la première table ronde du 5 décembre 2012

1. Contexte et enjeux

Au cours des trente dernières années, des investissements considérables dans la science, la technologie et l’innovation, en stimulant leur compétitivité et la création de richesse, ont favorisé la croissance économique dans de nombreux pays en développement, devenus pays à revenus intermédiaires.

L’innovation peut être définie comme « la capacité à créer de la valeur en apportant quelque chose de nouveau dans le domaine considéré tout en s’assurant que l’appropriation de cette nouveauté se fasse de manière optimale ». Ainsi définie, l’innovation repose sur trois piliers : la créativité (génération de nouveautés relatives) ; la valeur (valeur d’estime, valeur d’usage et valeur d’échange) ; la socialisation (maîtrise de la conduite du changement). Une innovation va donc générer de la nouveauté par rapport à la situation préexistant localement, créer ou augmenter la valeur d’un bien, d’un service ou d’une institution, tout en restant contrôlable et diffusable par ses promoteurs.

L’innovation, qu’elle soit technique, sociale, financière ou organisationnelle a le pouvoir de reconfigurer les dynamiques de développement des pays du Nord et du Sud. Elle peut générer de nouvelles dynamiques de développement accessibles au plus grand nombre. Toutefois sa diffusion progressive et inégale peut temporairement aggraver des déséquilibres existants et accentuer les exclusions.

De nombreuses innovations pour le développement sont portées par le secteur privé. Encore faut-il que soient réunies les conditions d’émergence et de déploiement à grande échelle d’innovations adaptées aux contextes, dans des dynamiques durables. L’innovation est ainsi étroitement liée à la question du partage des risques inhérents à tout changement, et au rôle des différents acteurs dans le processus, notamment de l’Etat, qui doit créer les conditions pour que l’innovation s’inscrive dans un cadre de développement durable.
Toutefois, dans la plupart des pays en développement, l’ensemble des leviers de l’innovation ne sont pas pleinement exploités. L’innovation se fait, souvent, en dehors des mécanismes de recherche-développement. Les conditions de la mobilisation de la recherche, source majeure d’innovation, et du développement d’interactions dynamiques entre les universités, les entreprises et le gouvernement, ne sont pas toujours réunies.

D’autre part, les innovations, qu’elles soient portées par des politiques, des instituts de recherche, des entreprises, des fondations, des organisations non gouvernementales et d’autres membres de la société civile, ne deviennent des moteurs du développement durable qu’à certaines conditions.

Comment soutenir et accompagner la recherche et les innovations au service du développement ? Comment en faire des moteurs de croissance au service des plus pauvres ? Comment en faire des vecteurs viables de développement durable ? Discuter du rôle et des formes de la recherche et de l’innovation au service du développement, de leurs spécificités respectives, de leurs apports, des difficultés qui peuvent atténuer leur succès, tels sont les principaux questions que nous proposons de poser dans le cadre de ce chantier.

Il est proposé, pour cette première table ronde, de commencer par analyser la nature et le rôle de la recherche pour le développement, et en particulier les enjeux que constituent (i) la co-construction et la co-évaluation de programmes ; (ii) la coordination des acteurs de la recherche et du développement, notamment dans la perspective d’une bonne adéquation entre les attentes des populations et des agences de coopération opérationnelles et les propositions des chercheurs travaillant sur le développement.

2. La recherche pour le développement

Co-construction et co-évaluation des programmes
Il est important de caractériser la nature, les rôles et les impacts de la recherche dans l’analyse des conditions et des besoins du développement et dans la mise en œuvre des processus qui y conduisent. Parfois discutée, l’idée que la recherche est un moteur du développement se vérifient constamment. Depuis le Comité interministériel de la coopération internationale et du développement de 2005 (CICID), la recherche a été réaffirmée par la France comme étant « un élément essentiel de l’aide au développement ».

La recherche est en effet mise en œuvre pour concevoir de nouvelles techniques et des matériaux inédits, sources d’inventions et d’innovations (vaccins, nouvelles pratiques agronomiques …). Elle joue également un rôle crucial pour éclairer les mutations en cours, et contribuer ainsi à une meilleure maîtrise des transformations en participant à l’analyse des changements (analyse des émeutes de la faim en 2008) et à l’identification de perspectives (changement climatique, érosion de la biodiversité, maladies émergentes ;..), en donnant du sens au recours aux technologies, en particulier par la suggestion de cadres politiques publiques adaptés, fondés sur l’analyse de ces transformations.

Enfin, la recherche est indispensable pour « faire » du développement dès lors que l’on accepte l’idée qu’une société ne saurait se développer sur le long terme sans produire elle-même les connaissances dont elle a besoin.
La spécificité du système français de recherche pour le développement est d’être fondé sur cette approche et de confier de manière non exclusive aux établissements publics spécialisés, renforcés du concours d’autres structures nationales de recherche et en aval, d’autres acteurs techniques spécialisés ( think tanks, ONG, autres…). En gardant en perspective, la part relative de l’APD consacrée à l’enseignement supérieur et à la recherche, un diagnostic global sur le fonctionnement du système français et sa perception par les partenaires du Sud et les autres parties prenantes pourra être initié au cours des débats. L’importance croissante de la co-construction dans les partenariats et les actions de recherche avec les suds seront discutés ainsi que de la nécessité d’en mesurer l’impact pourront être discuté au regard d’exemples très concrets.

Coordination des acteurs de la recherche et du développement
L’efficacité de la recherche au service du développement, qui peut encore être renforcée, passe nécessairement par une meilleure coordination des activités entre tous les protagonistes nationaux, européens et internationaux de l’aide.

Au plan national, le rôle des mutualisations, les créations de structures confédératives ou les améliorations ou innovations institutionnelles, peuvent contribuer à une meilleure efficacité des actions de recherche grâce à la mobilisation accrue et coordonnée des acteurs.

Par ailleurs, les politiques des établissements se préoccupent aujourd’hui toujours davantage de l’impact des travaux des chercheurs sur le développement ; la confection d’outils permettant de mesurer l’impact des travaux de recherche sur le développement pourrait être diversifiée, homogénéisée et leur pratique renforcée en accord avec les partenaires.

Au plan international, la complémentarité du système français de recherche pour le développement avec les organisations scientifiques internationales adjacentes (CGIAR, OMS…). Les travaux de cette table ronde doivent permettre d’identifier, là aussi à travers quelques exemples, les principales initiatives qui pourraient être proposées en faveur de cette mobilisation accrue.

Telles sont les questions qui seront discutées dans la première ronde. Si les participants en sont d’accord, il est proposé que les débats de cette première table fassent également l’objet d’une restitution qui pourra contribuer à la réflexion sur l’évolution de notre propre système d’enseignement supérieur et de recherche qui est discuté au sein d’assises nationales dont le comité de pilotage a souhaité consacrer une page spécifique aux collaborations internationales.

3. Pistes et propositions pour la suite du chantier

Au-delà de la recherche pour le développement, ce chantier a pour vocation de travailler d’autres questions qui sont présentées dans cette note de cadrage à titre indicatif, et afin de susciter des échanges entre les participants en amont des tables rondes suivantes.

La première de ces questions est celle de la rentabilité économique et sociale de l’innovation à travers les modes de production et de financement, avec une attention particulière pour les populations les plus modestes. Quelles sont les bonnes pratiques, les conditions de succès de ces démarches innovantes en faveur des plus modestes et des nouveaux axes de recherche ou d’expérimentation qui pourraient être explorés dans ce domaine. Certaines méritent discussion :

(i) L’économie sociale et solidaire, grâce à des structures permettant de mutualiser les risques et de syndiquer les intérêts, constitue un exemple de mode de production innovant. Ses spécificités et conditions de réussite pourraient être examinées à partir d’un bilan d’expériences menées dans les pays du Sud, notamment en matière de commerce équitable.

(ii) L’accès à des biens de consommation pour les populations défavorisées (jeunes, femmes, ruraux, pauvres, minorités) dont les ressources en information, technologies, financement sont limitées. Des exemples emblématiques de « social business » et d’entreprises existent qui répondent à la demande de biens et services à très bas prix des pays du Sud. Ces pratiques posent un certain nombre de questions : les grandes entreprises sont-elles les seules capables de cibler le « bottom of the pyramid » ? Les petites entreprises peuvent-elles se spécialiser sur ce segment du marché sans subvention ? Peut-on concilier la production de biens et services très bon marché avec la création d’emplois locaux ? La satisfaction de la demande des plus pauvres au Sud en biens de consommation à bas prix répond-elle aux objectifs de développement durable ?

(iii) Les opportunités et les risques des modes de financement privés qui peuvent être associés à ces nouvelles approches (crowd funding, fonds des diasporas…), le rôle de nouveaux acteurs (entreprises, fondations, …). La contribution de la micro-finance dans le financement des actions de développement sera également débattue.

La seconde de ces questions concerne la diffusion de l’innovation technologique, en vue de maximiser son impact sur le développement durable. Une approche pragmatique consiste en l’identification de modèles économiques viables, susceptibles d’être déployés à grande échelle. Il convient également d’analyser les conditions nécessaires à un tel déploiement et à l’appropriation des innovations par un grand nombre de bénéficiaires. Il serait également utile de s’interroger sur les technologies et les modèles économiques à privilégier afin de promouvoir, à travers des propositions concrètes, un développement durable dans les pays en développement. Trois axes structurants en matière de développement dans la prochaine décennie semblent pertinents :

(i) la diffusion des énergies renouvelables permettant aux pays du Sud de se doter d’infrastructures résilientes et sobres en énergie. Aujourd’hui, plus d’1,3 Md de personnes n‘ont pas accès à l’électricité dans le monde et 2,5 Md recourent à la biomasse et au charbon de bois pour cuisiner et se chauffer. L’accès à des services énergétiques fiables, abordables et durables est un enjeu majeur, ayant un important impact en termes de croissance économique et de progrès social dans les pays en développement. Une typologie des modèles innovants, adaptés à différents contextes de pays en développement sera présentée et débattue.

(ii) Le rôle des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) dans la diffusion de services pour le développement. Les pays en développement comptent près de 4 Mds d’abonnés de téléphonie mobile, avec une pénétration qui atteint désormais les zones les plus reculées. Les réseaux de télécommunications offrent des opportunités nouvelles pour faciliter l’accès à des services essentiels (notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’agriculture, des services financiers et de l’électrification rurale) grâce à des approches innovantes. De plus, L’appropriation de ces technologies par les pays du Sud a également été source d’innovation. Quelques exemples illustrant ces innovations seront présentés et débattus.

(iii) la ville sobre en énergie : l’urbanisation progresse à rythme soutenu dans les pays en développement et des solutions innovantes sont nécessaires pour limiter la consommation énergétique en milieu urbain, dans le secteur du logement et des transports notamment.


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