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Contribution du groupe initiatives (05/12/2012) - par Marc LEVY au nom du groupe Initiatives

Les textes publiés dans le cadre des contributions n'engagent que leurs auteurs

Cette contribution du groupe Initiatives ne prétend pas couvrir l’ensemble du sujet. Nous mettons l’accent sur quelques points clés, sur lesquels nous pouvons nous prononcer avec conviction du fait de notre expérience pratique. Chacun de ces points peut faire l’objet de plus longs développements (arguments + solutions déjà expérimentées), à ce stade, le souci de faire une note courte a prédominé.

1/ Toute innovation est porteuse d’espoir mais nous nous intéressons à celles qui convergent avec les objectifs d’équité sociale, de réduction de la pauvreté et des inégalités, que nous poursuivons. Cette conviction entraine évidemment des conséquences méthodologiques : implication des bénéficiaires, équilibre entre les analyses qualitatives et quantitatives dans la mesure des résultats et des impacts, pas de solution unique et préconçue.

2/ La notion d’innovation doit être relativisée. D’une part, ce qui est neuf pour les uns ne l’est pas pour les autres ; d’autre part, la mémoire collective défaillante permet parfois d’abuser du terme. Enfin, nous insistons sur le besoin d’innover mais aussi sur l’importance d’être pertinent face aux situations, autrement dit nous insistons, comme le dit le texte du ministère, pour mettre l’accent sur l’appropriation et la socialisation d’une innovation qui fonctionnent selon des temporalités et des modalités particulières à inclure dans une démarche d’innovation.

3/ L’innovation technologique bénéficie d’une certaine attention prioritaire au nom de son effet « locomotive » sur l’économie et les conditions de vie d’une société. Les exemples abondent. Nous ne contestons pas cette importance mais nous insistons sur l’indispensable effet combinatoire avec d’autres types d’innovation : méthodologique (cf. ci-dessus), organisationnelle (en particulier, ne pas imposer de formes de regroupements, reconnaître celles que se donnent les acteurs et favoriser le renforcement des acteurs ruraux et urbains en situation de faible pouvoir), et institutionnelle (par exemple le rôle des instances de négociation multi-acteurs sur les politiques publiques). La moissonneuse-batteuse, par exemple, était inventée depuis longtemps, elle ne s’est généralisée dans les champs de l’Ile de France que dans un certain contexte des rapports sociaux entre propriétaires et ouvriers agricoles.

4/ Le passage de l’expérimentation à la mise en œuvre et le changement d’échelle, c’est à dire la pérennisation économique des unités qui prennent le risque d’innover, sont pour nous des enjeux déterminants, auxquels nous sommes très sérieusement confrontés depuis longtemps parce que les acteurs socio-économiques avec lesquels nous coopérons (organisations paysannes, entrepreneurs du secteur informel urbain, etc.), le sont encore plus directement que nous. De ce point de vue, l’implication croissante du monde de l’entreprise (RSE, BOP, social business, Fondations, etc.) constitue une bonne nouvelle et nous sommes favorables aux collaborations qu’elle permet. Mais nous sommes convaincus :

  • - que la pérennisation économique des entreprises prenant le risque de l’innovation pour réduire les inégalités d’accès aux produits et aux services, peut certes bénéficier de la logique de marché, mais nécessite aussi des politiques publiques et des financements issus des dispositifs de régulation nationaux (fiscalité).
  • - Que tout le monde ne peut pas devenir entrepreneur, par conséquent l’innovation a aussi besoin de se mesurer en termes d’emplois, quantitativement et qualitativement. Quant à l’APD, elle ne peut (ne doit) intervenir qu’en appui aux engagements des dirigeants et entrepreneurs des pays partenaires.

5/ L’innovation a besoin de la recherche. Laquelle a beaucoup évolué pour prendre en compte les questions de diffusion, de vulgarisation, d’expertise, de valorisation, de communication. Il n’empêche que toutes les limites à l’articulation entre recherche et développement, ne sont pas surmontées. Sans compter les difficultés à mieux collaborer avec les équipes innovantes, mais faiblement pourvues en moyens, des pays partenaires. Il subsiste le besoin « d’intermédiaires » que ce soit pour faire de la « recherche/développement » ou pour favoriser le transfert des résultats et des connaissances. La fonction n’est le monopole de personne. Nous sommes juste convaincus de ce besoin et les ONG que nous représentons, jouent ce rôle autant que possible. Mais de plus en plus difficilement, car le rôle manque de reconnaissance et de bailleurs. Qui finance l’expérimentation, la recherche/développement, les publications, le risque de la mise en œuvre ? Force est de constater que l’évolution des procédures des bailleurs publics (UE en particulier) hypothèque lourdement les possibilités d’expérimentation et de prise de risque par les acteurs non gouvernementaux.

Dans cette fonction d’intermédiaires avec la recherche, nous nous sommes forgés un certain point de vue sur l’évolution du dispositif scientifique français :

  • Compétition dominante de l’excellence scientifique : les chercheurs sont beaucoup plus préoccupés (la hiérarchie le rappelle à ceux qui s’y soustrairaient) par publier des articles dans des revues de premier rang, que de faire de « la recherche pour le développement » : inscription dans les priorités nationales et régionales, dialogue avec les acteurs sur les résultats de la recherche, renforcement des capacités.
  • Le dispositif est bousculé par la nouvelle géopolitique mondiale qui met à mal la distinction entre Nord et Sud. Nous aboutissons à un dispositif éclaté, plutôt rétif aux tentatives de rapprochement des organisations (cf. l’échec de l’Agence de moyens, monopolisée par l’IRD), avec une spécialisation sur le(s) Sud(s) que la mise au pluriel ne suffit pas à justifier malgré le rôle de l’ANR pour structurer (et évaluer) les thématiques de recherche, un dispositif qui plus est soumis aux tentations dominatrices des Universités qui profitent de la logique des UMR (obligation de constituer des Unités mixtes de recherche).

Très modestement, nous pensons que les Assises pourraient reconnaître, plus qu’elle ne l’est, une telle approche de l’innovation et de la recherche orientée par les points de vue que nous venons d’exposer, encore une fois fondés sur notre pratique, comme une forme de recherche pour le développement. Serait ainsi renouvelé le lien entre opérateurs praticiens et chercheurs, comme nous venons de le faire avec le soutien de l’AFD (FISONG) dans le programme ASIRRI (expérimentation de dispositifs innovants de services aux irrigants au Mali, Cambodge, Haïti).


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