Accès rapide :

Compte rendu de la première table ronde du 15 novembre 2012

La première table-ronde du chantier 4 « Comment renforcer les partenariats avec les acteurs non gouvernementaux du développement et de la solidarité internationale ? » a été présidée par le directeur général adjoint de la mondialisation, Jean-Marc Châtaigner, en présence d’une centaine de représentants de différents segments de la société civile (OSI, syndicats, entreprises et fondations d’entreprises), d’élus, de représentants de collectivités territoriales ainsi que des représentants de différents ministères.

Jean-Marc Châtaigner a présenté cette première table-ronde du chantier 4 comme une réunion de cadrage de l’ensemble du chantier. Il s’agit à la fois de rassembler une pluralité d’acteurs impliqués sur les questions de développement et de solidarité internationale, de faire dialoguer les différentes approches de la coopération au développement et de recueillir les attentes et les propositions des participants sur l’enjeu du ou des partenariats.

Cinq interventions présentant des approches différentes de la coopération au développement ont introduit les débats :

  • Jean-Louis Viélajus, Président de Coordination SUD, et Bénédicte Hermelin, vice-présidente, sont intervenus sur le volet de la coopération non gouvernementale.
  • Hervé Gouyet, représentant la Fondation EDF et Président d’Electriciens Sans Frontières, a présenté la démarche de la Fondation EDF dans le champ de la solidarité internationale ainsi que l’exemple d’ESF comme exemple de partenariat pluri-acteurs.
  • Pierre Schapira, adjoint au Maire de Paris, a rappelé les grands axes de la démarche de coopération décentralisée des collectivités territoriales.
  • Philippe Réau représentant la CFDT a présenté les principes de la coopération syndicale au développement.


Résumé de la table ronde

Cette première table-ronde a témoigné d’un intérêt réel des participants pour la question du renforcement des partenariats. Il a été souligné que le contexte actuel de crises renforce les attentes à l’égard d’une telle concertation : le débat public doit être au cœur des réflexions sur les politiques de développement et de solidarité internationale. Cette réflexion n’est pas inédite (beaucoup de participants ont rappelé que des travaux avaient été conduits à plusieurs reprises sur ce thème), mais les évolutions du contexte international et national (nouveaux enjeux, nouveaux acteurs) justifient de se réunir à nouveau.

Plusieurs caractéristiques importantes de la relation entre pouvoirs publics, élus et acteurs non gouvernementaux, qui faisaient défaut dans la note de cadrage, ont été réaffirmées :

  • le droit d’initiative des acteurs non gouvernementaux doit être reconnu comme un principe cardinal ; de même que la libre administration des collectivités territoriales ;
  • la dimension citoyenne et participative des politiques de développement et de solidarité internationale doit être largement reconnue, notamment par le biais de l’importance de l’éducation au développement qu’on ne peut restreindre aux enjeux de sensibilisation et d’appropriation.
  • La question du périmètre est centrale  : s’il convient, bien évidemment, d’intégrer les questions humanitaires dans les débats, il semble tout aussi important d’intégrer les questions de culture et de patrimoine qui tendent à prendre une place croissante dans les dynamiques de solidarité internationale.
  • Le secteur privé doit être appréhendé dans sa diversité et pas par le seul biais de la philanthropie ; ses apports aux logiques de solidarité internationale peuvent être majeurs comme en témoigne notamment le secteur de l’économie sociale et solidaire.

De manière générale, les interventions ont montré que les partenariats pluri-acteurs sont déjà, pour beaucoup, une réalité sur le terrain. Il est important d’essayer de tirer un bilan des pratiques existantes et de capitaliser sur les expériences des uns et des autres dans ce domaine. Les partenariats sont de natures diverses : certains sont construits autour d’objectifs concrets, opérationnels sur le terrain, on parle alors de « partenariat pour l’action », d’autres sont élaborés en fonction d’intérêts communs afin de mutualiser des moyens.

Par ailleurs, les incertitudes concernant le régime de défiscalisation des dons ont soulevées des questions et devraient être traitées dans le cadre de ce chantier.

Le défi que représente la grande diversité des participants à ce chantier a été souligné à plusieurs titres :

  • D’une part, il a été question de l’articulation des « temps » différents  : le temps du politique n’est pas le temps du social, ni celui de l’économique, le développement étant un processus de long terme et les acteurs du développement souvent aux prises avec des temporalités discordantes ;
  • D’autre part, la grande diversité des objectifs (et de la nature) des uns et des autres peut constituer un obstacle aux dynamiques partenariales mais également aux méthodes même de cette concertation. Certaines interventions ont toutefois démontré que la combinaison d’objectifs divers n’empêchait pas des partenariats d’être fructueux.
    S’agissant de la participation de l’administration, il a été demandé que d’autres ministères, outre les douze qui participent déjà aux Assises (économie et finances, budget, économie sociale et solidaire, etc..) soient associés à l’exercice, notamment le ministère de la défense.

Enfin, les débats ont mis à jour l’importance d’articuler différents niveaux de gouvernance :

  • Le rôle de l’Union européenne dans les politiques publiques de développement et de solidarité internationale justifie que l’on intègre cet échelon à ces réflexions. Les travaux menés récemment par la Commission sur les enjeux de dialogue et de concertation renforçaient encore la nécessité d’articuler les exercices ;
  • La reconfiguration des équilibres internationaux et le remodelage des dynamiques de coopération nécessitent d’interroger les notions de « Nord » et « Sud », de « ici et là-bas », de réciprocité.
  • Enfin, la reconnaissance de l’échelon local (notamment des collectivités territoriales) comme échelon efficace et pertinent de gouvernance et de développement nécessite de valoriser dans les stratégies de développement une approche territoriale du développement

Cette première table-ronde a démontré l’importance d’un débat de fond sur les conditions de la concertation, ses objectifs et ses moyens. Plusieurs participants ont considéré que la démarche et les objectifs des pouvoirs publics dans ce chantier n’étaient pas suffisamment explicites : quelles étaient les intentions ou les attentes des pouvoirs publics dans le cadre de ce chantier ? Quels intérêts avaient-ils à renforcer les partenariats ? En quoi les acteurs de la société civile étaient-ils des partenaires avec lesquels il fallait renforcer les liens ? Autant d’éléments de cadrage qui, selon certains, faisaient défaut à ce stade. Et pourtant, la question d’une nouvelle architecture institutionnelle facilitant la concertation entre les pouvoirs publics, les collectivités territoriales, les élus et les acteurs non gouvernementaux a été relativement peu abordée à l’occasion de cette première réunion.

Dans ce contexte, la problématique de la méthode retenue pour avancer collectivement sur le chantier des partenariats est essentielle. Plusieurs propositions ont été faites :

  • identifier des problématiques commune (idée de « nœuds ») ;
  • organiser une réunion de suivi de la table ronde pour préparer la suivante ;
  • détailler les objectifs de ce chantier de manière simple, concrète et problématisée.

Enfin, il a été rappelé que quelques thématiques transversales essentielles devaient être traitées :

  • l’articulation entre les actions en France et dans les pays en développement (notion d’interdépendances, de réciprocité…) ;
  • le rôle des migrations dans les dynamiques de développement ;
  • la prise en compte du genre dans le développement
  • l’économie sociale et solidaire.

Compte rendu des interventions des témoins

Jean-Louis Viélajus, président de Coordination Sud, a fait valoir l’utilité d’un cadrage préalable du débat, et a posé quelques questions : (i) comment être efficaces collectivement pour sortir de ce processus avec des acquis ? ; (ii) quels sont les livrables attendus ? Le calendrier proposé permet-il, d’aller au bout de ces questions ? D’autre part, ces tables rondes se tiennent alors que des rapports importants devraient être rendus publics d’ici la fin de l’année (rapport Laignel par exemple) : comment faire coïncider le calendrier des Assises et celui de la publication de ces documents ? En outre, il est important de tenir compte de réflexions antérieures qui avaient déjà formulé des recommandations utiles et pertinentes : le rapport de Coordination Sud sur un partenariat renforcé avec les ONG ; le rapport de l’ambassadrice Bérengère Quincy qui avait pointé en 2007 un certain nombre d’éléments dont il semblait utile de s’inspirer comme l’importance d’un dialogue organisé avec des objectifs clairs, par famille d’acteurs et en pluri-acteurs, dialogue dont il faut se donner les moyens et qu’il faut inscrire dans la durée.

Bénédicte Hermelin, directrice du GRET et vice-présidente de Coordination Sud, a complété cette intervention en insistant sur la légitimité des organisations de solidarité internationale en tant qu’acteurs de terrain. A cet égard, la note de cadrage prenait insuffisamment en compte cette dimension de l’action des ONG qui sur le terrain s’insèrent dans des logiques partenariales au quotidien (pouvoirs publics français et locaux, société civile locale, collectivités territoriales, opérateurs économiques…). Elles peuvent faire valoir un double ancrage, en France et dans le pays d’intervention, et travaillent en faveur de dynamiques porteuses de changement social au Nord comme au Sud. Les enjeux de citoyenneté sont croisés et, dans ce contexte, les partenariats entre pouvoirs publics du Nord et du Sud et sociétés civiles du Nord et du Sud prennent tout leur sens. Tout partenariat doit être équilibré et s’inscrire dans la durée.

Hervé Gouyet, représentant la Fondation EDF et Président d’Electriciens Sans Frontières, a présenté la démarche de la Fondation EDF dans le champ de la solidarité internationale. La Fondation EDF travaille principalement dans 4 directions : (i) elle soutient le développement de modèles de distribution d’énergie non rentables dans leur phase initiale ; (ii) elle finance des projets associatifs, lance des appels à projets, organise des trophées, etc. ; (iii) elle a créé une entité spécialisée dans le mécénat de compétences ; (iv) elle finance un partenariat avec l’association Electriciens Sans Frontières. Electriciens Sans Frontières mobilise les compétences des salariés et anciens salariés du secteur de l’énergie pour mener des actions d’accès à l’énergie dans les pays en développement. Pour soutenir ses actions, Electriciens Sans Frontières s’appuie sur des partenariats avec les entreprises du secteur énergétique comme EDF, RTE, Legrand, Nexans, ERDF… Pour conduire ses actions, Electriciens Sans Frontières travaille en partenariat avec les collectivités et ONG du nord et du sud.

Pierre Schapira, adjoint au Maire de Paris, chargé des relations internationales, des affaires européennes et de la francophonie, a rappelé le caractère récent du rôle des collectivités territoriales en tant qu’acteurs du développement et de la solidarité internationale (protection par la loi) et plaidé pour une terminologie plus rigoureuse : les collectivités territoriales sont des acteurs infra-étatiques plutôt que non-étatiques. Les collectivités, en particulier la Ville de Paris qu’il représente, travaillent quotidiennement en pluri-acteurs, et notamment avec les ONG (60% du budget de solidarité internationale de la Ville de Paris transite par les ONG) – à noter que la loi Oudin / Santini (2005) a eu un rôle clé pour encourager ces partenariats. Le rôle d’accompagnement des collectivités locales se concentre naturellement dans leurs domaines de compétence : dans l’administration territoriale, la gouvernance locale, l’urbanisme, la gestion de services publics locaux – sur ce terrain, les collectivités disposent d’une légitimité et d’une valeur ajoutée forte. Les questions de culture et de patrimoine tendent à prendre une place croissante dans les actions de solidarité internationale. Les collectivités territoriales travaillent de plus en plus en réseaux (réseaux de collectivités françaises (CUF, AFCCRE), réseaux européens (Platforma), réseaux Nord/sud (AIMF)…). L’articulation entre les réalités locales au Nord et au Sud (sensibilisation) est enfin un axe fort et structurant de la coopération décentralisée, (notamment compte tenu de l’exigence de redevabilité des collectivités devant leurs électeurs).

L’intervention de P. Schapira a été complétée par Nicolas Witt, directeur adjoint de Cités Unies France, qui a souligné combien les collectivités locales permettaient de construire des ponts entre le Nord et le Sud, de nouer des liens avec les acteurs du Sud. Il souhaiterait qu’un dialogue plus structuré s’instaure avec l’Etat, que les collectivités locales soient davantage associées aux réflexions sur l’APD et à la rédaction des documents stratégiques. Enfin, il a tenu à insister sur le fait que même si le HCCI avait ses défauts, il avait le mérite d’exister. Les élus et les représentants des collectivités territoriales demandent qu’une telle instance se réforme, pour se rencontrer, échanger.


Philippe Réau
représentant la CFDT a présenté les principes de la coopération syndicale au développement. La coopération syndicale au développement, volet de la politique internationale de l’organisation, a pour objectifs de contribuer à l’émergence ou au développement d’organisations syndicales dans les pays en développement afin de renforcer les droits des travailleurs et que ceux-ci soient en mesure de défendre leurs intérêts. La coopération syndicale combine plusieurs modes d’action : l’action bilatérale, l’action multilatérale (en cohérence avec les orientations de la Confédération Syndicale Internationale et de ses régionales) et l’action partenariale avec des ONG dans le cadre de partenariats multi-acteurs. Répondant le plus souvent à des sollicitations, la coopération syndicale au développement se développe en direction d’organisations syndicales locales ou régionales, mobilisant principalement les fonds propres des organisations syndicales (pourcentage de la cotisation syndicale affecté à la solidarité internationale). Sur le volet du plaidoyer international, la notion de travail décent implique la promotion du dialogue social qui doit être intégrée aux politiques économiques de coopération développement. La coopération syndicale au développement revêtait une dimension transversale à laquelle il faudrait faire place dans le cadre de concertation à venir ; en ce sens, une approche transversale devait être privilégiée sur une approche sectorielle, de nature à cloisonner les enjeux.

Contributions au débat

Patrick O’Quin, représentant la fondation Danone, est intervenu pour souligner la contribution des entreprises aux efforts de solidarité internationale de par leurs activités de création et d’innovation. Parallèlement, les entreprises travaillent sur l’élaboration de règles sur les pratiques d’investissement dans les pays en développement (RSE) ; la question de l’applicabilité de ces règles se pose toutefois, notamment s’agissant d’entreprises nationales ou issues de pays émergents.
Danone, plus particulièrement, travaille sur les problématiques de couverture sociale et d’accès aux soins de santé. Pour autant, l’approche philanthropique n’est pas suffisante. Le secteur de l’entreprenariat social constitue une autre voie plus durable, qu’il incombe peut-être aux pouvoirs publics de promouvoir et d’accompagner dans le champ de la solidarité internationale.

Laurent Chabert d’Hieres, directeur d’Eau Vive et représentant Coalition Eau, a proposé de questionner le terme de « livrable » évoqué en début de réunion. S’il faisait référence à l’objectif de parvenir collectivement à un produit concret pour la clôture des assises, ce terme pouvait aussi être entendu comme portant l’exigence de se livrer, de renoncer aux postures habituelles, de sortir de ses prérogatives pour participer activement à cet exercice renouvelé de réflexion et de concertation. Trois éléments étaient versés au débat :

  • la relation avec les pouvoirs publics était marquée par beaucoup de frustrations nées de plusieurs échecs ces dernières années ; la crainte était réelle d’un exercice pour rien.
  • Beaucoup de réflexions avaient été conduites sur le thème des partenariats, le matériau était sur la table, il s’agissait désormais de passer à l’acte, de faire preuve de volonté politique.
  • Le Ministère de l’Economie et des Finances et le Ministère de la Défense étaient des interlocuteurs importants sur ces questions ; leur association à l’exercice était importante.


Véronique Moreira,
vice-présidente du Conseil Régional de Rhône Alpes, représentant dans ce chantier les réseaux régionaux multi-acteurs parmi lesquels le GIP Resacoop en Rhône-Alpes, a souligné l’importance des territoires et le rôle majeur joué en région par les réseaux régionaux multi-acteurs Ces réseaux – il en existe neuf et il en faudrait dans chaque région– remplissent une mission de service public ; ils jouent un rôle d’animation des territoires à l’échelle de la région. Il s’agit à la fois de conseiller et d’accompagner les acteurs de la coopération internationale (collectivités , organisations de la societe civile, éducatives, socio-professionnels et porteurs de projets associatifs) et de valoriser les dynamiques multi-acteurs en favorisant les échanges, la concertation et les efforts de mutualisation et de capitalisation d’expériences. Ils contribuent aux efforts d’éducation à la citoyenneté mondiale indispensables. De manière générale, il faut valoriser une approche territoriale dans les orientations et les programmes nationaux, à même de dynamiser les logiques de coopération multi-acteurs, entre pouvoirs publics , ONG et societe civile , au nord et au sud, et de produire acces aux services publics essentiels, développement intégré et démocratie locale. Le travail sur les complémentarités entre les différents niveaux de l’intervention publique, engagés du local au global dans la coopération au développement, doit également se décliner dans le champ de l’information et de la communication sur les politiques d’aide publique au développement et de solidarité. Enfin, le déliement de l’aide publique au developpement, decidé depuis 10 ans par les pays de l’OCDE, doit être réaffirmé : en période de crise, il faut éviter de céder à la tentation de revenir sur les acquis.

Lionel Larqué, représentant Les Petits Débrouillards, a rappelé que ce dialogue s’inscrivait dans un contexte nouveau et que, si beaucoup de choses avaient été écrites, il était toutefois nécessaire de les actualiser. Ainsi, le contexte est-il marqué par la prégnance des enjeux du développement durable et de la biodiversité, la montée en puissance du numérique, les printemps arabes et la vitalité des sociétés civiles locales… Il convient de s’organiser pour y répondre. La diplomatie traditionnelle est appelée à évoluer : faut-il se doter de conseillers sociaux et écologiques dans les Ambassades, par exemple ? Un enjeu majeur réside aujourd’hui dans l’articulation de la solidarité internationale et des dynamiques de solidarité locale et nationale. Dans cette perspective, la division des compétences suite à la dernière loi de décentralisation nécessite d’être clarifiée. Le paysage associatif français est marqué par l’explosion du nombre d’acteurs. Un défi à relever réside dans le concept d’intelligence collective dans ce contexte de profusion d’acteurs. Les acteurs sont divers, les objectifs différents : il faut sans doute travailler sur les notions d’économies plurielles.

Anne-Françoise Taisne, représentant le CFSI, a rappelé l’ambition de l’éducation au développement qui participe des interdépendances entre le Nord et le Sud. Le principe essentiel du droit d’initiative des acteurs non gouvernementaux ne figurait pas dans la note : c’est pourtant un élément structurant de la relation entre pouvoirs publics et acteurs non gouvernementaux. Il est enfin essentiel de réfléchir à la nécessité d’aller ensemble au-delà d’une logique « projets » pour s’inscrire dans un temps plus long, plus en phase avec les réalités du développement.

Abdallah Znibner du réseau Immigration Développement Durable a rappelé l’importance du rôle des migrants et des associations issues des migrations dans le développement. Aujourd’hui, il existe un discours sur ces acteurs mais sans processus de construction. Ces acteurs sont dépositaires d’une spécificité intéressante et utile dans le champ du développement, échappant en effet à la logique « projets » des autres acteurs et s’inscrivant dans la durée et la continuité. Pour autant, ces acteurs sont régulièrement aux prises avec des difficultés de circulation : la libre circulation des acteurs apparait comme un préalable pour concevoir des stratégies de développement efficaces.

Mathilde Dupré représentant la Plateforme Dette et Développement a rappelé l’importance de promouvoir l’inclusion des bénéficiaires dans l’élaboration de la politique publique en faveur du développement. L’initiative C2D de retraitement de la dette avait dans certains cas intégré un volet d’inclusion des sociétés civiles mais le bilan aujourd’hui est en demi-teinte. Un mécanisme de suivi pourrait permettre d’améliorer et d’élargir la méthode. S’agissant de la concertation, il existe des espaces de concertation thématiques de qualité (GISA, groupe fiscalité…) mais il était important de mieux faire vivre ces espaces (régularité et continuité).

Brice Monnou, vice-présidente du FORIM, a plaidé pour un « partenariat pour l’action », résolument orienté vers l’opérationnel, rappelant à ce propos que le temps du social n’était pas le temps du politique. Il faut se réjouir de la volonté des pouvoirs publics de restaurer un partenariat car le dialogue avait fait défaut ces dernières années. La politique consistant à associer aide au développement et gestion des flux migratoires a été particulièrement mal vécue. Il faut appréhender les acteurs issus des migrations dans leur bi-nationalité et les considérer comme des éclaireurs pour les stratégies de développement en direction des pays en développement.

Philippe Jahshan, représentant Solidarité Laïque, a appelé à capitaliser sur les expériences existantes pour ne pas repartir de zéro. Ainsi, les programmes concertés pluri-acteurs constituent des exemples intéressants de partenariats pluri-acteurs valorisant les démarches de concertation et orientés vers l’action. Une étude récente a été menée sur ces programmes. De même, mais dans une logique différente, le F3E, réseau associatif pluri-acteurs, est un autre type d’espace d’échange qui peut alimenter les discussions. Il peut être utile de capitaliser sur ces expérimentations dans la perspective de nos débats. L’Union européenne travaille également sur les questions de partenariats : un dialogue structuré a été organisé par la Commission avec l’ensemble des acteurs impliqués dans la coopération européenne au développement et a abouti à la création d’un Forum politique pour le Développement. Le dialogue devait également se décliner à l’échelle des délégations de l’Union européenne. Dans ce contexte, l’articulation avec les travaux européens et en lien avec les ambassades françaises est importante. S’agissant enfin d’un éventuel nouvel espace de concertation à créer, il faut aborder la question de son mandat.

André Viola, président du Conseil Général de l’Aude et représentant l’ADF, a plaidé pour une plus grande reconnaissance de la valeur ajoutée des collectivités en tant qu’acteurs de proximité, pourvoyeurs de services publics locaux et intervenant en soutien aux porteurs de projets, dans les domaines de compétences qui sont les leurs (ce qui balayent les risquent de concurrence entre collectivités). Les collectivités se réjouissent du rapport Laignel à venir car elles sont demandeuses d’une évolution des dispositifs de concertation. Le Conseil Général de l’Aude était en présidence cette année de l’Arc Latin, organisation de collectivités européennes impliquées dans l’animation de l’espace littoral du Nord-Ouest du bassin méditerranéen. D’abord orienté vers la coopération entre collectivités européennes, l’Arc Latin s’est impliqué sur les questions de coopération avec la rive Sud de la Méditerranée, considérant qu’il incombait aux collectivités de contribuer à l’animation de cet espace.

Pierre Valentin, représentant le Crédit Coopératif a mentionné l’apport du crédit coopératif au secteur de l’économie sociale et solidaire, rappelant par ailleurs l’existence de mécanismes soutenus par les pouvoirs publics pour accompagner le secteur. Pour autant, l’Etat pourrait faire davantage.

Xavier Ricard représentant le CCFD et la SIDI a estimé que la note de cadrage ne posait pas suffisamment les éléments de contexte : quelles sont les intentions politiques de cet exercice ? Pourquoi faut-il rénover la concertation ? En quoi la crise actuelle joue-t-elle un rôle à cet égard ? Quels sont les intérêts des pouvoirs publics dans le partenariat avec les acteurs non gouvernementaux ? Une première recommandation peut dès lors consister en l’organisation d’un premier débat sur la place de la solidarité internationale dans la politique étrangère de la France et l’intérêt que représente la société civile pour la politique internationale française. Par ailleurs, l’hétérogénéité des acteurs rassemblés ici appelle à s’interroger sur les objectifs des uns et des autres. Quels sont-ils ? Dès lors, comment conduire la discussion dans un groupe aussi hétérogène ? Le contenu des politiques étant discuté dans les quatre autres chantiers, ne faudrait-il pas décaler celui-ci ?

Emilie Trigo de l’UNSA a évoqué le travail de plaidoyer mené par les syndicats sur la résolution « éducation et protection sociale pour tous ». Comment porter concrètement cette résolution ? Une des pistes serait d’insister sur la formation de formateurs.

Bernard Dreano du Réseau Initiatives Pour un Autre Monde (IPAM), membre du CRID, a suggéré l’organisation d’une réunion sur la question du financement des acteurs (notamment sur le volet des petites structures), intégrant la dimension fiscalité. Il faudrait en outre tenir compte de difficultés auxquelles sont confrontés les acteurs s’agissant de l’intégration des partenaires des populations concernées et de l’animation de partenariats multi-acteurs mais également des modalités d’intervention dans des champs qui ne sont pas traditionnellement ceux de la coopération française.

Christophe Mestre, représentant le CIEDEL, a souhaité que soit clarifiée la nature de l’exercice : il y a une réelle appétence pour cette démarche parmi les acteurs non gouvernementaux mais les règles du jeu ne sont pas claires. Trois grandes évolutions devraient être prises en compte :

  • la coopération a changé de sens. Il s’agit désormais de coopération d’intérêts mutuels où coexistent des enjeux relevant des biens publics mondiaux et des enjeux locaux, où solidarité internationale et solidarité locale sont étroitement liées. Les acteurs non gouvernementaux appréhendent la coopération dans son potentiel à transformer les politiques publiques et les réalités sociales ici et là-bas.
  • Les relations entre les pouvoirs publics et les acteurs non gouvernementaux devaient procéder de dynamiques volontaires émanant des acteurs de terrain (l’approche des RRMA est à cet égard éclairante). La diversité des acteurs devait être perçue comme une richesse et préservée.
  • Les migrants devaient être reconnus comme acteurs du développement et de la solidarité internationale mais ne pas constituer une catégorie distincte, spécifique, cantonnée à un statut particulier.

Cet exercice devait permettre de parvenir à des propositions collectives ambitieuses et de décisions opérationnelles.


Anne Kaboré
, représentant la plateforme Educasol, a plaidé pour une approche ambitieuse de l’éducation au développement qui ne soit pas limitée aux enjeux de sensibilisation et cantonnée au court terme. Il faut promouvoir des démarches éducatives.

Emilie Chassagnard, représentant Convergences 2015, a souligné l’importance de la coopération entre acteurs pour atteindre les OMD, et l’émergence de partenariats innovants et de modèles économiques hybrides au cours des dernières années. En même temps, elle a souligné l’importance de considérer les acteurs et les partenariats dans toute leur diversité. S’agissant du secteur privé, l’ensemble des facettes de sa contribution à la réduction de la pauvreté doivent être prises en compte : outre ses capacités de financement, il est pourvoyeur de compétences techniques et managériales, porteur d’innovations technologiques, sociales, et organisationnelles, et force de changement d’échelle des initiatives. Une démarche partenariale systématique permettra d’exploiter pleinement les compétences de chaque acteur et d’atteindre des synergies à plus grande échelle. A cet égard, un pont serait à établir avec le chantier 1 par le biais de l’OMD 8 portant sur le partenariat mondial. Ce dernier pourrait ainsi prendre en compte d’autres dimensions que les flux économiques et financiers globaux (dont l’APD), et inclure la collaboration multi-acteurs dans l’élaboration, l’implémentation et l’évaluation des politiques et projets de développement.

Eric Recoura-Massaquant, directeur des relations internationales de la Ville de Grenoble, représentant ici l’Association des Maires des Grandes villes de France et l’ARRICOD, a évoqué l’importance des complémentarités en terme d’échelles de projets, notamment s’agissant des questions urbaines. Les complémentarités permettent de valoriser les spécificités de chacun et assurer la pérennisation des projets de développement. Il est essentiel d’articuler échelle locale et échelle nationale, l’approche micro et l’approche macro. Les acteurs du développement l’intègrent chaque jour un peu plus sur le terrain, permettant aussi aux collectivités locales d’être des acteurs incontournables aux côtés des Etats, des organisations internationales et de la société civile.

Philippe Coquart représentant Epargne Sans Frontière a évoqué l’importance de l’Union européenne dans ces débats, le « shadow actor ». L’Etat est en effet tenu par des engagements à l’échelon européen. Sur le volet financements par exemple, y a-t-il réellement une marge de négociation ? Il faut être vigilant à ne pas entendre le partenariat comme logique d’alignement derrière la politique de développement de l’Etat français – la note présentait une certaine ambigüité avec la mention d’une contribution des acteurs non gouvernementaux à la politique de développement de la France. Il ne faut pas oublier que chacun a ses propres motivations.

Mélodie Beaujeu, représentant le collectif Des Ponts Pas Des Murs a suggéré qu’il pourrait être utile d’identifier collectivement des nœuds problématiques qui soient communs à l’ensemble des acteurs. A ce stade de la discussion, le lien entre intérêt local et solidarité internationale semble constituer un sujet de réflexion partagé. Il faut aborder l’exercice dans une perspective de décloisonnement et chercher à développer et assumer des approches nouvelles. Ainsi la question des migrations apparait-elle comme un point d’entrée intéressant sur l’articulation de la solidarité internationale et de l’enjeu local, sur les questions d’éducation au développement et de citoyenneté.

Laurent Chabert a proposé la réalisation d’un « cadre logique d’intervention » qui permette d’affiner les objectifs du chantier, en détaillant notamment objectifs généraux et objectifs spécifiques. Il réalise une première mouture, qui fera l’objet de réflexions collective et critiques

Louis-Jacques Vaillant de l’AFD a rappelé l’importance de l’outre-mer dans ces thématiques, notamment sur le volet de la coopération décentralisée. Une visio-conférence avec des collectivités locales d’outre-mer pourrait être organisée lors d’une prochaine table ronde.

Enfin, Jean-Louis Viélajus a évoqué la nécessité de travailler en groupes restreints afin d’être en mesure de formuler des propositions concrètes. La définition d’une méthodologie de travail pour les prochaines tables rondes est importante.

Suites à donner

Au regard de la demande faite par plusieurs participants de la table ronde, nous allons organiser sous un format réduit, en associant ceux des acteurs qui le souhaitent mais de préférence avec une participation de tous les collèges (élus, CT, ONG, syndicats, entreprises, chercheurs), une réunion de préparation de la deuxième table ronde afin de bien baliser ce chantier, et d’identifier les points clés de discussion.

Nous remercions tous ceux qui souhaitent participer à cette réunion, qui aura lieu à une date à déterminer pendant la semaine du 3 au 7 décembre, de manifester leur intérêt

Prochaine table ronde de ce chantier :
le 19 décembre à 15h00 au CCM, (27 rue de la Convention 75015 Paris)


Informations complémentaires

PLAN DU SITE



MENTIONS LÉGALES & INFOS PRATIQUES

Tous droits réservés - Ministère des Affaires étrangères et du Développement international - 2014