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Ukraine - Entretien de Laurent Fabius avec « Europe 1 » (21 février 2014)

Q - Avant de prendre l’avion pour la Chine, vous avez négocié toute la journée d’hier jusqu’à 23h avec le président Yanoukovitch et avec ses opposants. Peut-on dire que les négociations sont achevées et que l’on va vers un compromis ?

R - Non, il faut rester au conditionnel. Nous avons convenu avec le pouvoir ukrainien et avec l’opposition de ne pas communiquer avant que tout soit effectivement bouclé, même si c’est un peu décevant pour vous. L’opposition, en particulier, veut pouvoir consulter un certain nombre de ses mandants, ce qui est tout à fait compréhensible.
Ce que je peux vous dire, c’est que nous avons effectivement négocié plus de cinq heures avec M. Yanoukovitch et plusieurs heures avec l’opposition. Ensuite, les uns et les autres ont parlé ensemble. Tous les sujets ont été abordés : comment mettre fin aux violences ? Quid de ce que l’on appelle la constitution de 2004 ? Quid des élections ?
Ces négociations sont conduites dans une atmosphère extrêmement difficile, puisqu’il y a eu hier des dizaines de morts et le pays est ou était - je ne sais pas comment il faut dire - au bord de la guerre civile.
J’étais entouré de mes deux collègues et amis les ministres des affaires étrangères de Pologne et d’Allemagne. Je pense que c’est bien que l’Union européenne ait été très active dans tout cela.
Par rapport à la question principale qui vous intéresse, je pense que l’on ne peut rien dire de définitif avant la fin de la matinée.

Q - Est-ce qu’il y a eu quand même des avancées ?

R - Oui bien sûr.

Q - Lesquelles ? Vous disiez tout à l’heure que vous aviez parlé de la violence, le président est-il prêt à l’arrêter ?

R - J’ai dit que quelques-uns des sujets avaient été abordés mais - dans ce genre de situation, tant que les choses ne sont pas effectivement faites, il faut rester très prudent. Notre souhait est évidemment qu’un accord soit trouvé parce que, je le répète, c’est l’avenir même du pays qui est en cause avec, vous le sentez, une tension extraordinaire, exceptionnelle.

Q - À tout moment, la situation peut basculer dans la violence et le chaos.

R - Exactement.
Hier et toute la nuit, lorsque nous étions en train de négocier, nous nous trouvions quasiment dans un bunker, en tout cas, dans une atmosphère de bunker.
Je crois qu’il faut rester prudent parce que, d’une part, une convention a été passée entre nous de ne rien dire avant que les résultats ne soient définitifs et, d’autre part, ils ne sont définitifs que lorsque tout le monde est présent et donne son accord. Il faut donc la respecter.

Q - Mais c’est un accord entre les différentes parties ukrainiennes avec peut-être la bénédiction ou la présence de l’Union européenne que vous avez représentée ?

R - Bien sûr, tout à fait. D’un côté le pouvoir, avec M. Yanoukovitch, et de l’autre l’opposition, les trois ministres français qui représentent l’Union européenne et un représentant russe.

Q - Et il y aura des élections anticipées si tout va bien en 2014 ?
R - Je ne veux pas être plus précis là-dessus, vous le comprendrez. Je crois que quand des conventions ont été passées, elles doivent être respectées.

Q - Pour les Européens, quel doit être le rôle de la Russie, est-elle partie prenante et a-t-elle été consultée ?

R - Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il ne faut pas, s’agissant de l’Ukraine, dire qu’elle doit choisir entre la Russie et l’Union européenne. Ce n’est pas du tout la réalité ; la réalité, vous la vivez sur le terrain. Bien évidemment, l’Ukraine est en Europe mais les Ukrainiens parlent russe, et toute une partie du pays est non seulement russophone mais extrêmement russophile. D’autres sont plutôt tournés vers l’Union européenne. Mais si on veut garder l’intégrité de l’Ukraine et permettre son développement, il faut qu’il n’y ait pas d’opposition entre ces deux réalités géographiques et historiques. C’est ce qu’il faut essayer de construire dans le futur. Je ne vous dis pas que c’est facile, mais c’est ce qu’il faut tenter de faire dans le futur.

Il y a évidemment une profonde évolution du régime à opérer. Jusqu’à il y a quelques jours, une des questions qui était posée était de savoir s’il fallait un accord d’association. Mais dans les derniers jours la question qui est posée, c’est la question du régime, vous le sentez bien. C’est tout cela qu’il faut essayer de faire avancer. Mais je le répète, restons prudent, tant les choses ne sont pas complètement faites.

Q - Aujourd’hui, l’Histoire va peut-être choisir la paix civile, le chemin de la démocratie et des élections.

R - Elle doit choisir la paix civile. Les Ukrainiens que nous soutenons, que nous aimons et à côté desquels nous sommes ont le droit à la paix et au développement. C’est un pays magnifique, potentiellement porteur de grandes richesses. Cela a été tout l’effort de l’Union européenne pour aller vers cela. Maintenant, nous ne pouvons pas à nous seuls conclure un accord, s’il doit être conclu, il ne peut l’être que si toutes les parties prenantes sont d’accord.

Q - Vous êtes en voiture, vous êtes en route vers la place Tienanmen pour rencontrer le président chinois.

R - En effet, il a été plus qu’aimable parce que je devais partir la veille pour la chine et compte tenu de ce qui se passait en Ukraine, le président Hollande m’a demandé, et il avait tout à fait raison, de me rendre en Ukraine. Nous avons négocié toute la journée et une grande partie de la nuit. Vous serez fixé à la fin de la matinée.


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