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Syrie - Réunion d’urgence du Conseil de sécurité - Intervention du Représentant Permanent de la France auprès des Nations unies (25 septembre 2016)

Madame la Présidente,

La France, avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, a demandé la convocation de cette session d’urgence parce que les informations qui nous parviennent d’Alep marquent un nouveau palier dans l’escalade militaire et dans la descente vers l’abîme qui caractérisent le drame syrien. Ces informations, corroborées par ce que vient de nous dire l’Envoyé Spécial du Secrétaire Général, Staffan de Mistura, que je remercie au nom de la France pour son engagement, témoignent en effet d’un degré de violence sans doute encore jamais atteint en cinq années de conflit - un conflit qui est, faut-il le rappeler, la plus grande tragédie humanitaire depuis la seconde guerre mondiale.

Après l’attaque inqualifiable d’un convoi humanitaire lundi dernier, le régime a engagé jeudi, avec l’appui de ses soutiens, une offensive aérienne majeure, dont l’objectif évident est de faire tomber rapidement Alep. Les rues d’Alep ne sont plus qu’un amas de décombres. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, des centaines de victimes, dont de nombreux enfants, ont été tués, massacrés, en trois jours, dans les bombardements du régime. A l’heure où nous parlons, 275 000 civils demeurent prisonniers de la ville, et vivent dans la terreur des bombardements indiscriminés du régime syrien et de ceux qui le soutiennent activement.

Madame la Présidente,

Nous sommes horrifiés par cette nouvelle surenchère militaire du régime syrien, qui s’acharne depuis plusieurs mois à faire tomber Alep, avec l’appui de ses soutiens. Sous couvert de lutte anti-terroriste, le régime bombarde aveuglément les habitations, les maternités, les hôpitaux, les écoles, les camps de réfugiés, les quartiers tenus par l’opposition modérée. Tandis que la communauté internationale s’évertue depuis plusieurs mois à obtenir l’établissement d’une trêve, le régime d’Assad n’a eu de cesse de violer le droit international humanitaire, les résolutions du Conseil de sécurité, et les principes d’humanité les plus élémentaires.

A bien des égards, Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs, Alep est à la Syrie ce que Sarajevo était à la Bosnie, ou encore ce que Guernica était à la guerre d’Espagne. Une ville symbole, une ville carrefour, une ville martyre. Alep, cette ville symbole, plusieurs fois millénaire, classée au patrimoine mondial de l’humanité. Cette ville carrefour, où se sont entrechoquées, entremêlées tant de cultures, est aujourd’hui une ville martyre. Ce symbole de la civilisation est l’objet d’un siège de type médiéval. Mesdames, Messieurs, quelle régression, et franchement, quelle honte !

Les renseignements dont nous disposons font état de l’usage systématique d’un nouveau type d’armement incendiaire et de munitions et sous-munitions perfectionnées, permettant de perforer des bunkers et de causer l’effondrement d’un immeuble entier en un seul impact. L’usage de telles armes contre des civils ne saurait malheureusement nous surprendre de la part d’un régime qui, depuis des années, depuis tant d’années, bombarde sa population au gaz de chlore, au phosphore ou aux barils d’explosifs. Comme l’a rappelé le Secrétaire général hier, l’usage indiscriminé et systématique de telles armes dans des zones habitées par des civils est constitutif de crime de guerre. Oui, de crimes de guerre. Et ces crimes ne sauraient rester impunis.

Si nous ne faisons rien pour empêcher la destruction totale d’Alep, cette semaine demeurera dans les mémoires comme celle qui a vu échouer la diplomatie et triompher la barbarie et la brutalité. Le Conseil de sécurité et le Groupe international de soutien pour la Syrie se sont réunis cette semaine pour tenter d’obtenir un accord pour la cessation des hostilités, et l’accès immédiat et sans entrave de l’aide humanitaire. Ces discussions n’ont, pour l’heure, pas abouti. La surenchère militaire, l’escalade militaire, à laquelle nous assistons, met en péril l’espoir fragile de trêve auquel on pouvait croire il y a une semaine. La Russie pense-t-elle pouvoir restaurer la confiance avec ses partenaires en négociant la cessation des hostilités d’une main, tandis qu’elle soutient le régime qui bombarde Alep de l’autre ?

Aujourd’hui, Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs, sauver Alep doit être notre priorité. Il y a quelques semaines, la Russie et les Etats-Unis avaient été en mesure de s’accorder sur un plan opérationnel permettant d’établir une cessation des hostilités et d’assurer l’acheminement humanitaire. La France a soutenu cet accord, comme elle avait soutenu toutes les initiatives du processus de Vienne permettant de soulager les souffrances des populations civiles. L’application immédiate de cet accord, en commençant par Alep, est notre seul espoir. Cela doit donc être notre priorité. La France demande également la mise en place d’un mécanisme de surveillance de la cessation des hostilités robuste, qui seul permettra de recréer la confiance nécessaire et d’assurer la consolidation de la trêve, d’abord à Alep puis sur l’ensemble du territoire. Mon pays a fait, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Monsieur Jean-Marc Ayrault, des propositions précises en ce sens.

S’il est une zone où la cessation des hostilités doit être appliquée en priorité, c’est à Alep. S’il est une zone où les avions du régime doivent être immédiatement interdits de survol, c’est à Alep. S’il est une zone où la population a un besoin vital de recevoir une aide humanitaire d’urgence, c’est à Alep.

Madame la Présidente,

Le Conseil de sécurité se trouve aujourd’hui à un moment de vérité. Notre Conseil doit être à la hauteur de l’immense responsabilité qui pèse sur lui, et donc sur chacun de nos pays et sur chacune et chacun d’entre nous. Nous attendons notamment de la Russie qu’elle donne la preuve de sa réelle disposition à cesser de soutenir l’option militaire et à réellement rechercher une solution négociée au conflit syrien, avec tous les moyens et leviers dont elle dispose. Si nous voulons mettre un terme à la tragédie d’Alep et de la Syrie, il faut enfin mettre toutes les cartes sur la table, appeler un chat un chat, mais aussi savoir se rassembler autour d’une approche collective. C’est la seule option possible, ô combien difficile, pour briser le terrible engrenage actuel et tenter de recréer une dynamique politique qui seule peut mettre un terme au conflit syrien.

Je vous remercie.


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