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Conférence Lyon - "Les collectivités territoriales pour la paix et le développement du Mali" - Discours du ministre délégué chargé du développement, Pascal Canfin (19 mars 2013)

Messieurs les Ministres,

Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs les élus français et maliens,

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux de nous voir tous réunis. Plus de 500 personnes inscrites, des dizaines de parlementaires, des représentants d’ONG, une soixantaine d’élus maliens et représentants de collectivités territoriales maliennes témoignent du succès de cette rencontre. Nous tenions beaucoup, avec Laurent Fabius, qui vous rejoindra tout à l’heure, à la tenue de cet événement. Il s’inscrit dans la réponse globale que nous entendons donner aux défis du Mali. Les liens qui unissent les collectivités françaises et maliennes sont forts et nombreux.

Laissez-moi rappeler quelques chiffres : plus de cent-soixante-dix collectivités françaises sont aujourd’hui liées à des collectivités maliennes. Près d’une collectivité malienne sur trois est dans une relation de partenariat avec une collectivité française. Au total, ce sont plus de 300 projets de coopération qui ont été menés à ce jour par nos collectivités.

La force de ces liens, qui sont aussi et avant tout des liens humains, est une chance pour atteindre l’objectif qui est le nôtre : gagner la bataille du développement, gagner la paix au Mali. Car nous le savons, il n’y a pas de développement possible sans sécuritémais il n’y aura pas de sécurité durable sans développement.

Vous, qui travaillez avec les collectivités maliennes, le savez, les besoins sont aujourd’hui immenses. Nous avons permis aux Maliens de recouvrer l’intégrité de leur territoire. Nous devons maintenant être à leurs côtés pour construire la paix. Ce défi du développement et de la démocratie est en premier lieu celui des Maliennes et des Maliens, et de leurs responsables politiques. Mais la communauté internationale peut et doit y contribuer. La France souhaite bien entendu être au rendez-vous du développement.

Notre stratégie dans ce domaine repose sur quatre piliers.

Le premier d’entre eux, c’est la reprise de notre aide bilatérale. Cette reprise est en cours. J’étais moi-même à Bamako et à Mopti mi février lors de la réouverture du bureau de l’agence française de développement. L’Agence française de développement travaille, à présent, à la sélection des projets qui seront financés avec les 150 millions d’euros qui avaient été gelés après le coup d’État de mars 2012. Il s’agit d’une part de relancer des projets déjà commencés mais suspendus, par exemple la station de pompage dans le fleuve Niger qui donnera de l’eau potable à 100 000 personnes à Bamako. Ce projet avait été stoppé, il va aujourd’hui reprendre.

Mais une grande partie de cette aide ne pourra pas être mise en œuvre avant plusieurs mois. Elle s’inscrit dans le temps long. Or il faut absolument réussir à gagner la bataille des six premiers mois, sans quoi les grands projets de développement risquent de ne jamais voir le jour. Les maliens et maliennes ont besoin de voir rapidement une amélioration de leur condition de vie. L’euphorie de la libération pourrait sinon laisser la place à la déception.

Il s’agit tout d’abord de continuer à nous mobiliser pour répondre aux besoins humanitaires. Il existe un risque humanitaire réel dans l’extrême Nord du Mali, où les marchés ont du mal à être approvisionnés, ce qui pourrait conduire à une situation critique sur le plan alimentaire. La communauté internationale doit continuer de se mobiliser. La France y prend toute sa part et vient de débloquer 5 millions d’euros supplémentaires pour répondre à ces besoins (20 M€ en 2012), en plus de sa contribution indirecte via l’Union européenne.

Il s’agit aussi de répondre à des besoins très concrets et immédiats qui ne relèvent ni de l’humanitaire ni du temps long du développement. Le chiffrage n’est pas définitif pour cette réhabilitation sur six mois mais on peut l’évaluer à plusieurs dizaines de millions d’euros. Ce processus de sélection des projets et des priorités se termine et leur mise en œuvre débute progressivement sur le terrain. Un exemple pour n’en citer qu’un. Il n’y a aujourd’hui que quelques heures d’électricité par jour à Gao et Tombouctou. Pour rétablir l’électricité, l’AFD va débloquer un programme d’action d’urgence de plus de 2millions d’euros pour réhabiliter les centrales électriques et les stations de pompage dans le Nord du Mali, notamment à Kidal et Tombouctou, à partir des besoins établis par nos partenaires maliens.

Nous allons enfin aider à rétablir les services publics, notamment au Nord du Pays, pour permettre aux déplacés et réfugiés de rentrer chez eux. Il nous faut également aider au rétablissement des services publics essentiels.

Services de santé évidemment. Cela passe en particulier par le réapprovisionnement des stocks de médicaments, le redémarrage des centres de santé communautaire, par l’intermédiaire des ONG qui travaillent déjà dans la zone. Je pense notamment à « Santé Mali Rhônes-Alpes ».

Services d’éducation également. Il est urgent de rescolariser les 800 000 enfants déscolarisés depuis un an. La reprise de l’école fin septembre, après la saison des pluies, suppose que les salaires des fonctionnaires soient payés, que les écoles soient reconstruites, que les routes soient sécurisées.

Il faut aussi préparer la prochaine campagne agricole et aider le retour des éleveurs dont une partie a été contraint de se réfugier dans les pays voisins. La saison agricole a été très bonne l’an dernier, il y a donc des réserves. En revanche, la capacité à réussir la saison suivante se joue maintenant. Les travaux agricoles commenceront dès le mois de mai. Si les paysans ne peuvent accéder à leurs champs ou s’ils ne disposent pas de semences, ils ne produiront pas assez pour satisfaire leurs besoins. Le risque existe d’avoir une crise alimentaire sévère l’année prochaine. C’est exactement ça qui est en jeu dans les décisions que nous prenons en ce moment.

Deuxième pilier : nous travaillons dans un cadre européen à la reprise de l’aide des différents partenaires européens. L’Union européenne a d’ores et déjà annoncé une aide de 250 millions d’euros, et nous travaillons à un chiffrage global qui pourra être communiqué lors de la Conférence internationale des donateurs, qui se tiendra le 15 mai à Bruxelles à l’initiative de la France et de l’Union européenne. Le Président de la République et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso ont d’ailleurs confirmé leur présence à cette conférence. Nous allons mobiliser la communauté internationale pour rassembler des financements suffisants pour le Mali, et dégager des priorités d’action qui permettront aux acteurs de coordonner la reprise graduelle de l’aide au développement pour les 18 à 24 mois à venir.

La reprise de cette aide n’est pas sans conditions. Elle dépendra des avancées figurant sur la feuille de route, comme par exemple la tenue des élections et le travail de la commission du dialogue et de la réconciliation récemment créée. Nous sommes évidemment extrêmement attentifs à lier la reprise progressive de notre aide aux avancées inscrites sur la feuille de route.

Le troisième pilier, c’est la mobilisation de la diaspora : 120.000 Franco-maliens vivent en France, qui ont aussi leur rôle à jouer. C’est pourquoi nous organiserons début avril à Montreuil une grande réunion pour les mobiliser en faveur du développement économique. C’est un enjeu important du fait de la présence de 120.000 maliens ou franco-maliens présents sur notre territoire et des flux financiers qui sont transférés, pour des montants supérieurs à ceux de l’aide publique au développement. Même s’ils n’ont pas forcément vocation à financer le développement, ils peuvent y contribuer s’il existe des systèmes d’incitation efficaces.

Le quatrième pilier repose sur la mobilisation des collectivités territoriales. Et c’est tout l’objet de notre rendez-vous aujourd’hui. Il y a sept cents collectivités au Mali. Une partie de la solution au défi Malien passe aujourd’hui par le renforcement de ces collectivités et leur capacité à répondre aux besoins des populations.

Mesdames et Messieurs,

Les collectivités locales maliennes auront un rôle déterminant à jouer dans la sortie de crise.

Elles, qui peuvent veiller à la remise en route des services publics de proximité.

Elles, qui peuvent relancer les investissements de proximité dont l’économie malienne a besoin pour repartir.

Elles, qui peuvent contribuer à apaiser les tensions entre communautés.

Je suis frappé depuis quelques semaines par le consensus de tous mes interlocuteurs sur ce point. Et, je tiens à souligner, ici, la qualité des échanges que j’ai eu la chance d’avoir, en plusieurs occasion, avec des élus locaux maliens. Nous devons faire confiance à ces collectivités, à ces élus. Car ce sont ces collectivités et élus qui sont les plus proches des populations.

Il est important de s’assurer que l’aide bénéficie bien aux Maliens et aux Maliennes. Dans ce contexte, je souhaite que nous mettions en place un mécanisme innovant de contrôle citoyen. Cela permettrait à des habitants d’une certaine zone qui attendent par exemple la construction d’un centre de santé, ou la réhabilitation d’une école, de pouvoir interpeller directement les bailleurs ou les autorités locales si les objectifs annoncés de construction ne sont pas remplis ; ou tout simplement d’être informés en temps réel de la date à laquelle les travaux débuteront.

Ce message, je l’ai relayé, à Bamako, à Bruxelles, auprès de la communauté des bailleurs qui semble aujourd’hui prête à faire transiter une partie plus importante de l’aide par les collectivités locales.

Ce message, je l’ai également passé à l’Agence française de développement qui a pour mission d’étudier les modalités possibles pour apporter une partie de notre aide par ce biais.

Ce message, je vous le passe également, à vous, élus des collectivités françaises. Votre expérience, les compétences de vos services sont autant de leviers pour aider les collectivités maliennes dans cette période de montée en puissance de leur action, notamment en matière de bonne gestion de cette aide, d’équité et d’efficacité dans leur utilisation.

Notre rencontre à Lyon aujourd’hui constitue donc une étape importante de la reprise de la coopération française. Elle s’inscrit dans le cadre de la préparation de la conférence internationale de soutien au Mali qui se tiendra le 15 mai, à Bruxelles et contribue ainsi à construire un volet de la réponse globale que nous construisons. .

Cette journée est donc l’occasion pourvous d’entendre la vision qui sera exprimée par nos partenaires maliens ici présents. C’est aussi l’occasion de faire entendre vos réflexions sur les perspectives de développement du Mali et l’apport de la coopération décentralisée à ce processus. Vos propositions nourrirontles réflexions préalables à la conférence de Bruxelles, et les principales conclusions qui émergeront seront présentées le 15 mai, sans doute par la voix de représentants des collectivités maliennes et des collectivités françaises. Ce processus permettra de porter haut et fort les attentes de collectivités maliennes et de donner à la coopération décentralisée toute la place qui peut, et doit, être la sienne dans le relèvement du Mali . Je sais que je peux compter sur votre mobilisation. Sachez que vous pouvez compter sur notre appui.

Je vous remercie.


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