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Attentat contre l’ambassade de France à Tripoli - Point presse du porte-parole (23 avril 2013)

Un attentat à la voiture piégée a visé ce matin notre l’ambassade de France à Tripoli. L’attentat s’est produit vers 7h00, heure locale. Comme l’a dit le ministre des affaires étrangères, cet attentat était fait pour tuer. Il aurait pu provoquer un carnage car l’explosion était très violente.

Le bilan est le suivant pour l’instant : deux gendarmes mobiles affectés à la sécurité de l’ambassade ont été touchés par l’effet de souffle. L’un d’entre eux n’est heureusement que légèrement blessé, l’autre se trouve dans un état grave mais sa vie n’est pas en danger. Il a été transporté à l’hôpital pour être soigné et sera rapatrié dès que son état le permettra.

S’agissant du bilan matériel, le bâtiment abritant les locaux de l’ambassade a été fortement endommagé et une partie du mur d’enceinte a été détruite. En raison de la puissance de l’explosion, les bureaux du rez-de-chaussée ont été soufflés ainsi que plusieurs maisons du quartier.

Le président de la République et le ministre des affaires étrangères ont réagi immédiatement pour condamner avec la plus grande fermeté cet attentat. Le ministre libyen des affaires étrangères a fait de même.

Le ministre est sur place pour évaluer la situation, marquer notre solidarité avec les personnels diplomatiques et consulaires ainsi qu’avec la communauté française sur place et faire le point avec les autorités libyennes.

Nos implantations diplomatiques, consulaires et culturelles ont été fermées, le lycée français y compris. Nous avons demandé aux autorités libyennes qui sont garantes de la sécurité de ces implantations de renforcer les dispositifs et notamment de fermer les accès à l’ambassade. Nous avons également décidé d’envoyer sur place une équipe de renfort du GIGN. La situation bien sûr est évaluée en temps réel par le centre de crise du ministère des affaires étrangères, en liaison avec notre ambassade à Tripoli.

Au-delà de la seule Libye, nous avons rappelé les mesures de vigilance à nos ambassades implantées dans la région et demandé aux autorités locales de renforcer les moyens mis en œuvre au titre de leur devoir de protection. Il s’agit notamment de tout ce qui concerne la fermeture et le contrôle des accès, de l’interdiction de stationner aux abords des sites diplomatiques et consulaires et enfin du renforcement de la surveillance dans les environs de ces bâtiments.

La communauté française en Libye compte aujourd’hui 319 ressortissants permanents figurant sur nos registres. S’y ajoute une vingtaine de personnes en déplacement, souvent en voyage d’affaires. A tous nos ressortissants, permanents ou de passage, nous avons fait passer le même message d’extrême vigilance.

Dernier point, le ministre libyen des affaires étrangères a annoncé la formation d’une commission franco-libyenne pour enquêter sur les circonstances de cet attentat. C’est donc en collaboration avec les autorités libyennes que cette enquête est ouverte.



Q – Est-ce qu’il y avait des menaces avant cet attenta
t ?

R - Il n’y avait pas de menaces spécifiques contre notre dispositif en Libye, à Tripoli notamment. Le contexte général faisait que nous avions déjà recommandé la plus grande prudence, tant à notre personnel diplomatique et consulaire qu’à la communauté française. La quasi-totalité du territoire libyen, à l’exception d’une partie de la bande côtière, était classée en zone rouge, ce qui signifie en clair qu’il est formellement déconseillé de s’y rendre.

Q –Que va-t-il se passer maintenant ? Allez-vous déménager l’ambassade ?

Du fait des dégâts matériels qu’elle a subis, l’ambassade est indisponible et nous avons commencé à réfléchir au basculement du dispositif sur une autre de nos implantations. Ce sont des décisions que prendra le ministre des affaires étrangères sur place.



Q – Y avait-il déjà eu des mesures de renforcement de la sécurité de l’ambassade ?

Notre ambassade avait été à moitié détruite pendant la révolution et la guerre et nous avions utilisé un temps un site transitoire. Dès avant la réouverture en septembre 2011, nous avions mis en place un dispositif renforcé de sécurité. Il avait été encore durci après l’attaque contre l’ambassadeur américain à Benghazi.

Concrètement, les locaux de l’ambassade avaient été entièrement refaits, les accès renforcés, certains murs, certains vitrages blindés. Ces mesures expliquent que les dégâts ne soient pas plus terribles qu’ils ne le sont aujourd’hui. La sécurité active avait été aussi très nettement renforcée avec la présence permanente d’un détachement de huit gendarmes, assurant en particulier le filtrage de l’entrée dans l’enceinte diplomatique. C’est d’ailleurs à ce poste que nos deux gendarmes ont été blessés ce matin.

Q – 7h du matin, c’était un tout petit peu tôt pour la grande affluence…

En effet, si l’attentat était survenu ne serait-ce qu’une heure plus tard, les dégâts auraient certainement été beaucoup plus importants.

Q – Où en est-on de l’enquête ?

R – L’attentat vient de se produire et l’enquête ne vient que de commencer. Je comprends qu’elle est ouverte du coté libyen, avec certainement la désignation d’un magistrat instructeur ou d’un procureur. Idem pour ce qui nous concerne. L’enquête se fera en collaboration entre les autorités judiciaires libyennes et françaises et très vite un magistrat français se rendra sur place.



Q – Feriez-vous le rapprochement entre le prolongement de la mission au Mali et cet attentat ?

R – Il faut se garder de tirer des conclusions hâtives et intempestives. Une chose est sûre, ce pays, cette zone de manière plus générale, était classée par nous comme dangereuse, ce qui explique les mesures de sécurité que nous avions prises. Attendons de voir ce que donnent les premiers éléments de l’enquête qui vient de commencer.

Q – Vous avez des pistes ?

R - Attendons de voir quels sont les premiers éléments de l’enquête pour tirer des conclusions sur les circonstances exactes et les commanditaires de l’attentat. Nous n’avions pas de menace spécifique contre les intérêts français en Libye, mais simplement un contexte général de sécurité dégradée dont les Libyens d’ailleurs sont bien conscients. Je vous rappelle que nous avons avec la Libye des programmes de coopération sur les questions de sécurité. Une conférence internationale avait été organisée à Paris récemment, précisément sur ce sujet.



Q – Est-on certain qu’il s’agisse bien d’une voiture piégée ? Sachant que l’ambassade se trouve dans une ruelle, existe-t-il un filtrage des voitures ?

R – Tout laisse penser que c’est un attentat à la voiture piégée. D’après ce qui me revient de notre ambassade et du Centre de crise ici, il y aurait eu plusieurs explosions qui pourraient provenir d’un seul et même véhicule. Ce sont des éléments que nous sommes en train d’analyser pour comprendre ce qui s’est passé.

Dans sa disposition actuelle, l’ambassade est installée dans une petite rue avec un stationnement sur le trottoir faisant face au mur d’enceinte de l’ambassade. Nous devons regarder tout cela de près avec les autorités libyennes pour voir quelles étaient les conditions de sécurité au moment de l’attentat. Les spécialistes m’expliquent que les dégâts peuvent être aussi terribles, que la voiture stationne ou qu’elle circule, puisqu’il suffit de très peu de temps pour déclencher une explosion. Nous devons donc vérifier à la fois quelles étaient les conditions de circulation, de stationnement, de vérification et de contrôle des véhicules entrant dans le périmètre de sécurité de l’ambassade ou à proximité.

Je vous rappelle une chose importante : la sécurité de l’implantation diplomatique elle-même, comme partout dans le monde, est placée sous la responsabilité directe de la France ; en revanche, la sécurité à l’approche des enceintes diplomatiques relève de la responsabilité des autorités locales, soit par une garde statique, soit par des systèmes de patrouilles.

Q – Avez-vous des revendications ?

R – Nous n’avons aucune revendication pour le moment à ma connaissance.

Q – Considérez-vous que cet acte est bel et bien un acte de terrorisme ?

R – Tout laisse à penser que c’est un acte terroriste en effet.

Q – Concernant le GIGN, peut-on avoir connaissance du nombre d’agents qui seront dépêchés ?

R – Pour ce qui concerne le dispositif existant, un détachement de huit gendarmes assurait la sécurité de l’ambassade. Nous allons y ajouter une équipe de renfort du GIGN. Pour des raisons évidentes de sécurité, je ne vous en donnerai pas la composition.



Q – Pensez-vous qu’il puisse y avoir en Libye des éléments d’AQMI chassés du Mali ?

R – Je n’ai pas d’information formelle et officielle en ce sens. Nous avons en revanche dit deux choses :

- l’opération Serval a permis de réduire de manière très substantielle la menace terroriste au nord du Mali, parce que des centres de commandement et d’approvisionnement ont été touchés et parce que nous avons fait subir à ces groupes terroristes, essentiellement AQMI, Ansar Dine et Mujao, des pertes très substantielles. Je vous renvoie aux déclarations qui ont été faites notamment par le ministre de la défense sur ce point particulier ;

- avec cette très forte réduction de la menace, ces groupes ne sont plus en mesure de faire peser sur le Mali le risque qu’ils faisaient peser ne serait-ce qu’il y a quelques semaines, au moment du déclenchement de l’opération Serval. Mais ce que l’on ne peut écarter, c’est la possibilité que certains de ces éléments n’aient pas été éliminés. C’est la raison pour laquelle des opérations restent en cours, notamment autour de Gao. On ne peut pas non plus exclure que certains éléments soient passés dans d’autres pays. Quant à savoir combien, quand et où, je ne suis pas en mesure de vous le dire.

Pour en savoir plus

- Attentat contre l’ambassade de France à Tripoli - Déclaration de Laurent Fabius (23 avril 2013)


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