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Proche-Orient - Déplacement de Laurent Fabius (18-20 juillet 2014)

Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, s’est rendu au Caire où il a rencontré le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, ainsi que le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi et son homologue égyptien Sameh Chokri. Laurent Fabius s’est entretenu également avec son homologue italienne Federica Mogherini, dont le pays assure la présidence de l’Union européenne.

Le ministre des affaires étrangères et du développement international s’est rendu le 19 juillet à Amman afin de s’entretenir avec les autorités jordaniennes.

Il s’est rendu ensuite à Tel Aviv pour y rencontrer notamment le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.

Cette visite avait pour objectif de soutenir tous les efforts pour obtenir un cessez-le-feu immédiat. Il est essentiel de mettre un terme à la spirale de violence, d’appuyer la mise en œuvre d’une trêve durable et de reprendre les négociations pour apporter une solution politique au conflit israélo-palestinien.

Point de presse conjoint de Laurent Fabius et de Samih Choukri, ministre égyptien des affaires étrangères - Propos de M. Fabius (Le Caire, 18 juillet 2014)

(…)
Q - Vous avez parlé avec vos homologues russe et qatarien pour leur demander d’exercer leur influence sur le Hamas. Quelle a été la réponse ?

R – En effet,, le président Abbas m’a demandé d’user de l’influence de la France auprès d’un certain nombre de partenaires pour faire en sorte que le Hamas puisse accepter le cessez-le-feu. J’ai donc eu et j’aurai dans les heures qui viennent toute une série de conversations avec ces partenaires.

S’agissant des Qatariens et de mon collègue, le ministre des affaires étrangères du Qatar, je lui ai dit l’analyse qui était la nôtre et je lui ai demandé quelle était sa réaction. Il a souligné le fait - ce qui n’est pas une surprise - qu’à son avis, le Hamas souhaitait, pour qu’il y ait cessez-le-feu, qu’il y ait des éléments de négociation en particulier par rapport au blocus.
Nous allons discuter de cela.

Ce qu’il faut éviter, c’est de s’enfermer dans une espèce de cercle vicieux, les uns disant « il faut un cessez-le-feu, ensuite on négociera » ; les autres disant « il faut d’abord négocier et ensuite, il y aura le cessez-le-feu ».

C’est donc autour de ces points que nous avons discuté. J’espère que de cette discussion et de celles que j’aurai avec d’autres les initiatives que prend l’Égypte et que prennent d’autres collègues permettront d’avancer vers un cessez-le-feu.

Entretien avec la presse de Laurent Fabius, à l’issue de son entretien avec M. Mahmoud Abbas, à l’aéroport du Caire (18.07.14)

Je viens de Côte d’Ivoire où je me trouvais avec le président de la République. Je suis en Égypte parce que c’est un pays ami qui joue, dans les difficultés du Proche et Moyen-Orient, un rôle extrêmement important pour essayer de trouver des solutions.

Je viens de rencontrer le président Mahmoud Abbas. Cet après-midi, je rencontrerai un certain nombre de responsables dont mon collègue le ministre des affaires étrangères égyptien. Demain je verrai le président égyptien, M. Sissi. Ensuite je me rendrai à Amman puis, dans la soirée, je verrai, à Tel-Aviv,le Premier ministre israélien, M. Netanyahou.

Cette visite a un but : tout faire pour essayer de casser la spirale de la violence et arriver le plus rapidement possible au cessez-le-feu.
Vous avez vu les développements de ces derniers jours, de ces dernières heures, le nombre des victimes malheureusement s’accroît. La France est une puissance de paix. C’est le premier objectif de notre diplomatie, la paix et la sécurité. La France peut être un pont entre les uns et autres parce que nous avons à la fois de bonnes relations avec les Palestiniens, les Israéliens, avec l’ensemble des pays de la région. Nous avons un rôle majeur en Europe, nous sommes l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité et ce rôle de pont, nous voulons l’assumer pour essayer - c’est très difficile - d’aller rapidement vers un cessez-le-feu.

Voilà l’objet de ma mission. J’aurai bien évidemment pendant toute cette mission, des contacts avec d’autres collègues d’autres pays qui ne sont pas ici représentés pour les tenir au courant.

Mardi, nous aurons d’ailleurs une réunion de l’ensemble des collègues européens notamment sur cette question d’Israël et de la Palestine.

Q - Vous venez de voir le président palestinien Mahmoud Abbas. Que pouvez-vous lui apporter comme engagement français pour appuyer ses démarches ?

R - Le président de l’Autorité palestinienne sait que la France, depuis de nombreuses années, défend la thèse des deux États et que nous voulons absolument à la fois la sécurité d’Israël et que les Palestiniens puissent disposer d’un État. Il sait que nous sommes l’un de ses amis, moi notamment.

Nous avons donc procédé à l’analyse de la situation et réfléchi aux moyens d’arriver à un cessez-le-feu. Mahmoud Abbas se rend en Turquie et ensuite dans d’autres pays. Il m’a demandé de joindre à la fois les Turcs et les Qatariens avec lesquels nous avons de bonnes relations parce qu’eux-mêmes peuvent sans doute exercer une influence particulière sur le Hamas.

Nous avons également parlé de la nécessité absolue d’aller vite vers un cessez-le-feu qui est la priorité.

Q - Quels sont les leviers que l’Union européenne peut exercer sur les Palestiniens et les Israéliens ?

R - D’abord, il y a le cessez-le-feu, le souhait de la trêve et, ensuite, les négociations pour la paix. L’Europe est présente depuis très longtemps dans la région, vous savez qu’elle apporte un soutien, y compris un soutien matériel et financier important. Nous allons discuter d’une idée, proposée en particulier par la France, dont nous allons discuter. Si elle est acceptée de part et d’autre mardi prochain, c’est le possible envoi de superviseurs européens au passage de la frontière entre Gaza et l’Égypte.

Vous savez qu’il y avait eu la mission EUBAM en 2005. Elle avait été interrompue en 2007. Son redéploiement permettrait à la fois à l’Autorité palestinienne d’exercer ce contrôle et, en même temps, à l’Europe d’assurer une supervision pour que nous soyons certains que tout cela se passe de manière très objective. Cela suppose bien évidemment d’abord, un cessez-le-feu, ensuite l’acceptation par nos amis égyptiens. Mais en ce qui concerne l’Autorité palestinienne, le président Mahmoud Abbas m’a dit qu’il était entièrement d’accord avec cette idée.

Q - Qu’est-ce qui explique, selon vous, l’échec de l’initiative égyptienne ?

R - Le fait que le Hamas l’a refusé. Je pense que c’était une bonne proposition qui est encore sur la table. D’ailleurs, elle a été endossée par la Ligue arabe ; la France l’a expressément soutenue ; Israël l’avait acceptée mais le Hamas l’a refusée. Et il faut maintenant que cette proposition de cessez-le-feu soit reprise, parce que, tous les jours, toutes les nuits, il y a des victimes supplémentaires, et ceci on ne peut pas l’accepter durablement.

Q - La France dénonce l’incursion israélienne cette nuit ?

R - L’opération qui été lancée est un nouvel élément, très inquiétant, de la crise. Toute victime est une victime de trop. Bien évidemment, ce sont des sujets dont j’ai commencé à m’entretenir avec le président palestinien et dont je traiterai aussi avec mes autres interlocuteurs, y compris bien sûr israéliens.

Q - Est-ce que la France ne va pas pousser à une initiative égyptienne qui inclut peut-être plus les demandes du Hamas, puisque le Hamas dit avoir été plutôt exclu de ces négociations ?

R - Une proposition a été faite et j’en parlerai bien sûr aux Égyptiens. Nous, nous l’avons totalement soutenue. Maintenant, il peut y avoir des influences, j’espère, qui permettront au Hamas d’accepter ce cessez-le-feu qu’il avait refusé. C’est dans cet esprit que le président de l’Autorité palestinienne se rend en Turquie et au Qatar. Et je vais dans quelques minutes m’entretenir au téléphone avec les autorités de ces deux pays pour leur dire que toute pression qui pourra être exercée vers un cessez-le-feu sera une pression utile.

Conférence de presse conjointe de Laurent Fabius et de Nasser Joudeh, ministre jordanien des affaires étrangères et des expatriés - Propos de M. Fabius (Amman, 19 juillet 2014)

Je pense que vous me recevez dans un moment difficile. J’aurai l’occasion dans quelques instants de rencontrer le Premier ministre de Jordanie, et c’est important que je puisse m’entretenir avec Nasser Joudeh qui est à la fois un collègue, un ami, avec lequel nous travaillons chaque semaine.

L’objectif de mon déplacement au Proche-Orient est de contribuer aux efforts qui sont entrepris pour casser la spirale de la violence et pour protéger le plus possible les populations civiles. Le bilan humain est déjà lourd, et il faut éviter qu’il ne s’alourdisse encore. Je répète ici à Amman que notre priorité absolue doit être le cessez-le-feu. Je me suis rendu d’abord en Egypte où j’ai rencontré notre homologue, M Choukri, et le président égyptien. L’Egypte a lancé une initiative, soutenue par la Ligue arabe et la Jordanie, et également par la France.

Au cours de ces journées, j’ai multiplié mes contacts avec nos partenaires et nos amis, pour qu’ils exercent leur influence dans un sens convergent. Je vais plaider également ce soir auprès du Premier ministre israélien, M. Netanyahou, pour la mise en œuvre de ce cessez-le-feu dont Israël a accepté le principe mais que le Hamas a rejeté.

(…)

S’agissant du conflit israélo- palestinien, l’Europe, et singulièrement la France, ont leur rôle à jouer et nous pouvons également contribuer à l’établissement d’une paix durable. Mme Mogherini était ici il y a peu de temps ; je l’ai rencontrée de nouveau aujourd’hui en Egypte. D’autres amis européens étaient là dernièrement, notamment nos amis allemands. Il est possible que ce que l’on appelle la mission des superviseurs européens, Eubam, à Rafah puisse, le moment venu, jouer un rôle utile pour permettre, en liaison avec l’autorité palestinienne, de trouver des chemins pour faciliter les accès.

(…)

Q - Comment peut-on vouloir obtenir un cessez-le-feu tout en refusant de parler au Hamas qui contrôle la situation sur le terrain ?

R - Il y a l’initiative égyptienne, je le répète, que nous soutenons. Que dit-elle essentiellement ? Priorité absolue au cessez-le-feu. Cette initiative a été acceptée par l’une des parties, pas encore par l’autre, et elle a été très très largement soutenue et endossée, à la fois par les pays arabes et puis par la communauté internationale. Il s’agit donc maintenant de faire en sorte que la partie qui ne l’a pas encore acceptée puisse l’accepter pour qu’on évite des pertes de vies humaines. Toute une série de contacts ont lieu pour permettre cette acceptation par les uns et par les autres.

L’initiative, comme le président Al-Sissi et le ministre égyptien Choukri me l’ont dit ce matin, reste sur la table. L’objectif de cette initiative, c’est le cessez-le-feu, c’est-à-dire arrêter de tirer, arrêter les morts et faire en sorte que l’on revienne à une situation plus pacifique où on peut discuter de tout. Sur cette initiative, la Jordanie fait sa part, la France fait sa part, d’autres pays font en sorte qu’elle puisse voir le jour.

Q – (Sur la condamnation du Hamas par le Conseil de sécurité des Nations unies)

R - Je pense que la position de la France, comme d’ailleurs la position de nombreux pays, est assez simple.

Bien évidemment, Israël a droit à la sécurité, comme tout État, et on ne peut donc pas admettre l’idée qu’un État, en l’occurrence Israël, reçoive des roquettes sur son sol ; c’est un des aspects. L’autre aspect, très important, c’est que les Palestiniens doivent pouvoir disposer d’un État. Cela fait très longtemps que la France, avec d’autres pays, le dit.

Par ailleurs, nous constatons, de façon absolument tragique, que les opérations qui ont été engagées ont abouties à la mort de nettement plus de 200 victimes palestiniennes. C’est la raison pour laquelle nous avons approuvé le cessez-le-feu. Le cessez-le-feu cela veut dire quoi ? Cela veut dire que, je vais être très concret - souvent on finit par oublier le sens du mot - qu’il n’y aura plus de roquettes envoyées par le Hamas sur Israël ; cela veut dire qu’Israël cessera ses opérations en direction de Gaza, donc il n’y aura plus de victimes palestiniennes.

Voilà, je pense qu’il faut donner aux mots leur véritable sens. Le rôle d’un pays comme la France, qui est un pays de paix et de sécurité, qui a des relations depuis longtemps, à la fois avec les Palestiniens et à la fois avec Israël, est d’encourager un cessez-le-feu.

Q - Et la manifestation à Paris ? Son interdiction signifie-t-elle que la France soutient l’agression israélienne ?

R - Non, l’interprétation n’est pas celle-là, et je vous remercie beaucoup de poser cette question. En France, le droit de manifester pacifiquement est évidemment un droit extrêmement important. La France est, chacun le sait, une terre de liberté, et il n’est pas question de porter atteinte à ce droit. Simplement, la tradition de la France, pas seulement sa tradition, mais son système juridique, c’est que les manifestations ne doivent pas avoir comme conséquence de pouvoir porter atteinte à l’ordre public, ne peuvent pas avoir des conséquences dangereuses sur la sécurité.

Or, vous le savez probablement, très récemment, il y a eu des manifestations, que l’on pourrait appeler pro-palestiniennes, pour être simple, qui ont dégénéré et qui se sont portées vers des synagogues avec des affrontements violents. Donc le ministre de l’intérieur français, connaissant tous les paramètres, a estimé que la manifestation qui était prévue risquait de dégénérer et d’avoir des conséquences sur l’ordre public et sur la sécurité. C’est la raison pour laquelle, en conformité avec le droit, il n’a pas autorisé la manifestation, ce qui est quelque chose de tout à fait exceptionnel. Alors bien sûr, cette décision prise par le ministre de l’intérieur est susceptible de faire l’objet d’un recours devant les tribunaux.

Qu’on me comprenne bien, je vais être encore plus simple. La liberté de penser des choses différentes est évidemment entière en France, qui est la terre des libertés, mais nous ne voulons pas que cela ait des conséquences négatives sur la sécurité de l’ensemble du territoire, voilà. Mais cela ne signifie en aucun cas, bien sûr, que le gouvernement français prendrait position, par exemple, contre les Palestiniens. J’ai moi-même rencontré hier Mahmoud Abbas, qui est quelqu’un que nous connaissons depuis longtemps et pour lequel nous avons la plus grande estime. Donc il ne faut pas confondre les plans. Cette décision qui a été prise vise la sécurité de la population, et non pas les idées des uns et des autres qui sont totalement libres.

Déclaration à la presse de Laurent Fabius avant son entretien avec Benjamin Netanyahu, Premier ministre de l’Etat d’Israël (19.07.14)

Je suis ici dans la région pour 2 jours. J’ai rencontré le Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le Président Sissi. Tout à l’heure j’étais avec le Premier ministre jordanien et je termine par vous et je vous remercie beaucoup de m’accueillir. Et j’ai eu l’occasion aussi bien sûr de m’entretenir par téléphone avec Ban Ki Moon ainsi qu’avec les Américains, les Qatariens, les Turcs, les Norvégiens. Et je mesure la difficulté, la gravité de la situation. Mais à chaque fois, puisque la France est une puissance de paix, j’ai plaidé pour un cessez-le-feu, autant que possible.
Je sais bien qu’un cessez-le-feu a été proposé par l’Egypte et a été refusé par le Hamas mais nous maintenons l’idée qu’il faut le plus vite possible arrêter les nombreuses victimes.

(…)

Nous comprenons bien sûr l’immense difficulté de la situation. Et bien sûr Israël a le droit à sa sécurité, nous l’avons toujours dit.

Déclaration de Laurent Fabius aux médias français, à l’aéroport avant son départ de Tel-Aviv (19.07.14)

La France est une puissance de paix, donc j’ai voulu me rendre dans la région. J’ai rencontré d’abord le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, ensuite le président égyptien, M. Sissi, le premier ministre jordanien et maintenant le premier ministre israélien. Et puis j’ai eu des contacts avec le Secrétaire général des Nations unies , avec toute une série de ministres des affaires étrangères, américain, turc, qatarien, italien, norvégien et d’autres encore.

A chaque fois j’ai plaidé pour le cessez-le-feu parce qu’il y a en ce moment beaucoup de victimes et parce que la France est une puissance de paix.

Malheureusement je constate que cet appel au cessez-le-feu n’est pas, ou pas encore, entendu et qu’au contraire il risque d’y avoir encore plus de victimes civiles. Et cela nous alarme profondément. Dans ces conditions, la France continue et continuera de plaider et d’agir pour un cessez-le-feu qui prenne en compte la sécurité d’Israël et les conditions de vie des Palestiniens à Gaza. Mais au moment où je m’exprime, le sentiment qui domine c’est que malheureusement l’appel au cessez-le-feu n’est pas entendu et qu’au contraire il risque d’y avoir dans les jours qui viennent davantage de victimes civiles et cela nous alarme profondément.


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