Proche Orient - Explication de vote de François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité (23 décembre 2016)

Monsieur le Président,

L’adoption de la résolution 2334 marque un jour important et à bien des égards historique dans l’histoire récente du Conseil de sécurité.
Il s’agit en effet de la première résolution adoptée par ce Conseil sur le règlement du conflit israélo-palestinien depuis huit ans. Et c’est la première fois que le Conseil de sécurité s’exprime ainsi, de manière aussi claire, pour constater ce qui est en réalité une évidence : la colonisation israélienne remet en cause, petit à petit, les chances de voir bâtir un Etat palestinien viable et indépendant, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité avec l’Etat d’Israël. Il était donc nécessaire que le Conseil de sécurité rappelle l’attachement collectif et unanime de la communauté internationale à la solution des deux Etats, et qu’il s’exprime clairement sur les menaces à cette solution.
Si nous ne menons pas une action résolue en ce sens, la solution à deux Etats va s’évanouir, comme un mirage dans le désert, alors même qu’il n’existe aucune alternative crédible qui puisse répondre aux aspirations légitimes des deux parties.

Monsieur le Président,

Au cours de la dernière décennie, la colonisation israélienne a connu une accélération incontestable qui n’a fait qu’attiser les tensions sur le terrain et l’exaspération de la communauté internationale. La colonisation, qui est illégale au regard du droit international, procède d’une politique délibérée. Cette politique vise à mettre les populations comme la communauté internationale devant un fait accompli, en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est. Elle se décline sous de multiples facettes : expansion des colonies au-delà de la ligne verte, y-compris à Jérusalem-Est, annexion de facto de la zone C, transferts forcés de populations, démolitions d’habitations et de structures palestiniennes, restrictions aux accès et mouvements, construction du mur au-delà de la ligne de 1967. Cette politique n’est pas seulement illégale au regard du droit international ; elle met aussi en péril la perspective de la création d’un Etat palestinien viable et indépendant, qui est le meilleur gage de la sécurité d’Israël et d’une solution durable à ce conflit. C’est le message que la France, en votant en faveur de cette résolution, a souhaité adresser aujourd’hui.

3. Si la colonisation est la principale menace, sur le terrain, à la solution des deux Etats, elle n’est malheureusement pas la seule. Les actes de violence, l’incitation à la violence et le terrorisme minent, eux aussi, les chances de voir deux Etats, israélien et palestinien, coexister un jour pacifiquement. Ils détruisent la confiance et le dialogue entre des populations qui sont pourtant appelées à cohabiter. A cet égard, la Résolution 2334 réitère avec force sa condamnation de tout acte de terrorisme, de l’incitation à la violence et de toute attaque délibérée des populations civiles. Elle en appelle à l’Autorité palestinienne pour continuer à mettre tout en œuvre pour décourager les entreprises terroristes.

Identifier et nommer les menaces à la solution des deux Etats est important. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi œuvrer à recréer, après deux ans d’impasse, les conditions d’une reprise des négociations. Les Israéliens comme les Palestiniens ont un intérêt vital à la paix, qui ne peut qu’être fondée sur la solution des deux Etats. C’est tout le sens de l’initiative de la France pour tenter de relancer le processus de paix. Dans ce cadre, après l’importante réunion ministérielle du 3 juin dernier, la France a décidé d’organiser le 15 janvier prochain à Paris une conférence internationale dont l’objectif sera de présenter la contribution de la communauté internationale à la relance d’un processus de négociation et à la conclusion et la mise en œuvre d’un accord de paix - étant entendu, chacun le sait, que seuls les Israéliens et les Palestiniens seront en mesure de conclure la paix directement.

La résolution adoptée aujourd’hui et la conférence internationale de Paris représentent les deux faces de la même médaille, visant à affirmer notre attachement commun à la solution à deux Etats et à créer les conditions permettant d’y parvenir. Cette résolution et l’initiative française constituent ce faisant, nous l’espérons, de premiers et importants jalons vers la relance d’un processus politique crédible. Un processus qu’il nous faudra, collectivement, poursuivre dans les semaines et les mois à venir.

Cette résolution, pour me résumer, n’est en aucun cas le bout de la route. Elle est une étape importante, potentiellement historique, sur le chemin difficile et exigeant qui doit nous conduire à la paix et à la sécurité au Proche Orient.

Alors Monsieur le Président, chers collègues, assumons ensemble la lourde responsabilité qui nous incombe à tous sur ce chemin.

Je vous remercie.

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