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25e anniversaire du rétablissement des relations diplomatiques entre la France et les États baltes - Discours de Jean-Marc Ayrault (Paris, 16 novembre 2016)

C’est le 25e anniversaire du rétablissement des relations diplomatiques de la France avec l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, les 29 et 30 août 1991. Ces trois pays ont joué un rôle précurseur dans la fin de l’Union soviétique.

Messieurs les Ministres, Cher Harlem,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Cher Edgars, Cher Linas, Cher Jürgen,
Mesdames et Messieurs,

Vous savez, nous sommes réunis aujourd’hui pour un anniversaire, mais ce n’est pas n’importe quel anniversaire.

C’est le 25e anniversaire du rétablissement des relations diplomatiques de la France avec l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, les 29 et 30 août 1991. Ces trois pays ont joué un rôle précurseur dans la fin de l’Union soviétique.

Il faut se rappeler que c’était bien avant la chute du Mur de Berlin que la voie balte, cette chaîne humaine de près de deux millions de personnes, a relié Tallinn, Riga et Vilnius, le 23 août 1989, pour dénoncer le pacte Molotov-Ribbentrop, le pacte germano-soviétique et montrer au monde l’espoir de vos peuples en le recouvrement de leur souveraineté.

Et je rappelle ici que la France n’a jamais reconnu l’annexion de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie par l’Union soviétique. Le général de Gaulle, dans ses interventions publiques, rappelait l’asservissement auquel étaient soumis les États baltes par l’empire que représentait l’URSS.

Plus encore, la France a préservé pendant plus d’un demi-siècle le patrimoine que lui avaient confié l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Je pense en particulier aux réserves d’or lituanienne et lettonne sous-entreposées à la Banque de France. Mon pays est fier de vous en avoir, une fois votre souveraineté reconquise, rendu les attributs. Je pense aussi aux accords du 13 décembre 2001, signés par mon prédécesseur, Hubert Védrine, avec ses trois homologues de l’époque, pour régler la délicate question des légations baltes à Paris.

Vous avez pu voir en arrivant au Quai d’Orsay des photographies du président François Mitterrand. Il a été le premier chef d’État européen à se rendre en visite officielle en Lituanie, en Lettonie et en Estonie, dès le mois de mai 1992. Lors de ce voyage, il a évoqué devant le parlement lituanien une « résurrection », une « victoire de la liberté », exprimant le souhait « d’amitiés solides et de relations fortes avec - comme il l’a dit à l’époque - l’ensemble balte ». Sur ce dernier point, il précisait avec justesse : « on dit souvent les pays baltes et on a raison. Mais on aurait tort de ne pas distinguer, tant il y a aussi de différences et, disons les choses, d’identités très affirmées pour chacun de vos trois pays ». L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie sont unies par la géographie et les vicissitudes de l’histoire. Mais elles conservent aussi leurs identités propres.

Et justement, au cours des vingt-cinq dernières années, nous sommes parvenus, ensemble, à réconcilier histoire et géographie. Le temps de la Guerre froide est révolu. En tout cas c’est ma conviction. S’il peut séduire certains par l’illusion nostalgique d’une parité de puissance retrouvée, il ne correspond plus à la réalité du monde. Le monde a profondément changé, les acteurs se sont multipliés et diversifiés, plus aucun État n’est en mesure d’affirmer quelque domination que ce soit.
Ce quart de siècle a été ponctué par des étapes décisives pour l’Union européenne, notamment en 2004 avec l’adhésion des États baltes à l’Union européenne et à l’OTAN. L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie font partie du premier cercle de solidarité de l’Union européenne, comme membres de l’espace Schengen depuis 2007 et membres de la zone euro depuis respectivement 2011, 2014 et 2015. Ce sont des choix politiques souverains mais qui témoignent d’une volonté constante d’être à l’avant-garde de la construction européenne. Et ils fondent le socle de notre coopération politique.

Cette coopération est d’autant plus cruciale aujourd’hui, et vous l’avez évoquée avant moi dans un contexte international difficile, incertain, voire menaçant, entre les intimidations russes à l’Est, le terrorisme de Daech au Sud, les incertitudes découlant de la décision du peuple britannique de sortir de l’Union européenne à l’Ouest et les interrogations sur la posture de la prochaine administration américaine. Ce contexte ne fait que renforcer la nécessité pour la coopération entre nos pays, la nécessité de poursuivre et d’intensifier cette coopération.

C’est bien sûr le cas en matière de sécurité et de défense. La France contribue, jusqu’à la fin de l’année et pour la 6e fois, à la police du ciel balte, avec quatre Mirage-2000 particulièrement sollicités. Le président de la République française a également décidé que la France participerait au renforcement de la présence de l’OTAN à l’Est, avec le déploiement prévu de soldats français en Estonie en 2017 et en Lituanie en 2018.

Vos pays apportent eux aussi des contributions utiles à la défense européenne, en particulier sur les théâtres d’opérations africains. Je rappelle également la solidarité immédiate et inconditionnelle témoignée par vos gouvernements en réponse à notre invocation de l’article 42-7 du traité sur l’Union européenne après les terribles attentats qui avaient frappé la France, il y a un peu plus d’un an, et en particulier le 13 novembre 2015.

Je tiens ici, Mes Chers Collègues, Messieurs les Ministres, à vous exprimer la gratitude de la France.

Et puis on oublie trop souvent les progrès remarquables accomplis au cours de ces dernières décennies, à la fois en termes de convergence économique et sociale et de rapprochement dans toute une série de domaines. Notre faiblesse collective est sans doute de ne pas accorder une attention suffisante au chemin parcouru et de voir ce qui reste à faire, de donner souvent, je dirai même trop souvent l’impression que l’Europe ne fait que subir une succession de crises, alors que, chaque fois, elle parvient à trouver des solutions.

La France et les États baltes doivent désormais se tourner vers l’avenir. C’est la raison même de notre rencontre aujourd’hui. Je souhaite que cet avenir favorise l’approfondissement de notre coopération au sein de l’Union européenne. Le résultat du référendum britannique du 23 juin dernier fait de notre unité, l’unité des 27 une priorité. Nous devons éviter à tout prix la fragmentation et la résurgence de lignes de fractures sur notre continent. C’est lorsqu’elle est unie et solidaire que l’Europe fait entendre sa voix. C’est parce qu’elle était unie qu’un accord sur le climat a été trouvé, il y a un an, ou que les agissements de la Russie à l’est de l’Ukraine n’ont pas été laissés sans réaction. C’est à force d’unité aussi et de cohésion que l’Union européenne parviendra à peser en faveur d’un retour de la paix et de la stabilité en Syrie, dont dépend le règlement à long terme de la crise migratoire.

Les chefs d’État et de gouvernement ont décidé, en septembre dernier, à Bratislava, de donner un nouvel élan au projet européen en adoptant une feuille de route. La priorité, et c’est aussi notre contribution de responsabilité de ministre, c’est de la mettre en œuvre et d’être en mesure, on peut se fixer cet objectif de calendrier, lorsque nous célèbrerons le 60e anniversaire du traité de Rome en mars prochain, de proposer à nos peuples, aux peuples européens, chacune de nos nations de poursuivre, sur une base solide et conforme à leurs aspirations, cette aventure, cette histoire commune.

Les États baltes sont parties prenantes de cette dynamique collective. Après la présidence lituanienne et celle de la Lettonie aux 2nd semestres 2013 et 2015 respectivement, ce sera bientôt le tour de l’Estonie d’assumer ces responsabilités importantes, au 2nd semestre 2017. Je l’ai dit aux ministres des affaires étrangères, l’Estonie sait pouvoir compter sur le soutien de la France pour faire de sa future présidence un succès.

Le dialogue politique de la France avec chacun de vos pays repose sur la confiance. Il couvre l’ensemble des sujets bilatéraux, européens et internationaux. Nous avons eu des entretiens aujourd’hui. J’ai eu la chance de vous recevoir, Cher Edgars, Cher Linas, Cher Jürgen, et ces entretiens sont l’illustration supplémentaire de cette volonté de coopération bilatérale. Je n’oublie pas la contribution aussi des parlementaires - et je veux en particulier saluer le travail des groupes d’amitiés. Je voudrais saluer la contribution de la société civile : elle est représentée ce soir dans toute sa diversité, avec des artistes, des chefs d’entreprises, des chercheurs, des journalistes, des étudiants, qui illustrent, chacun dans leur domaine, la richesse de nos relations.

En matière économique, les opportunités existent ; c’est à nous de les saisir ! À nous tous ! Nous souhaitons développer les investissements croisés, les échanges commerciaux et les flux touristiques entre pays et je pense au projet d’interconnexion ferroviaire « Rail Baltica », qui est un beau projet soutenu massivement par l’Union européenne, et, le soutien à la recherche et à l’innovation où vos pays, chacun de vos pays ont montré bien des succès sans oublier aussi le secteur de la coopération en matière industrielle de défense.

En matière culturelle, nous allons célébrer en 2018 le centenaire des indépendances des États baltes. Vous pouvez compter sur le soutien du ministère des affaires étrangères et du développement international pour que la France accueille l’exposition, nous en avons parlé ensemble aujourd’hui, consacrée au symbolisme balte. Ce sera l’occasion de présenter au public français mais aussi international à Paris cette exposition qui est en cours de préparation, qui demande beaucoup de travail et qui sera la première étape de cette exposition. Ce sera la première exposition à Paris depuis celle du musée du Jeu de paume en 1937. Vous voyez le symbole, un symbole magnifique. Et un symbole de confiance. Un symbole d’amitié et de confiance dans des valeurs qui nous sont communes et l’attachement à la culture qui est si précieuse.

La France et les États baltes sont des partenaires authentiques. Des pays amis. Nos intérêts convergent à partir des valeurs de liberté et de démocratie que nous avons chevillées au corps, l’histoire le montre. Je forme le vœu que la France, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie contribuent, au sein de l’Union européenne, à renforcer les liens entre nos peuples. En tout cas, c’est l’engagement que je vous propose de prendre ensemble ce soir, Mesdames et Messieurs, Cher Amis.

Vive les États baltes, vive la France et vive l’amitié franco-balte !


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