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Asie

La France et l’Asie

L’Asie continue de surprendre, tant par l’amplitude des mutations dont elle est le théâtre depuis une vingtaine d’années que par les disparités et les contrastes qui y perdurent et en rendent l’analyse toujours plus complexe. Ces mutations se fondent sur de grandes dynamiques, sans doute désormais bien identifiées - croissance chinoise, émergence de l’Inde, processus d’intégration régionale -, mais dont l’anticipation à court ou moyen terme demeure un exercice risqué. Surtout, elles posent des questions qui dépassent, pour l’Europe, les enjeux économiques et les problèmes de marchés aussi bien que les enjeux sécuritaires.

L’Asie est en pleine mutation et c’est là que, pour une large part, se dessine aujourd’hui le monde de demain. Les défis qui en découlent dépassent le cadre régional. Ils portent en eux les germes des grandes réformes systémiques du 21ème siècle. Aussi conviendrait-il de les envisager avant tout comme des défis, plutôt que comme des menaces. L’Europe a sans doute beaucoup à attendre de la résolution de ces défis asiatiques. L’Europe et la France ont aussi beaucoup à lui apporter, étant en mesure de multiplier les axes de dialogue et de renforcer la qualité des partenariats existants, notamment en termes de réflexion politique, à travers l’ASEM et le dialogue UE-ASEAN en particulier.


1. Un enjeu stratégique et politique de première importance

Plusieurs facteurs contribuent à faire de l’Asie un enjeu stratégique et politique de premier ordre. Elle compte quatre puissances nucléaires (Chine, Corée du Nord, Inde, Pakistan). Elle est le théâtre de crises complexes et de tensions multiformes, au premier rang desquelles la crise coréenne mais également encore la crise afghane, chacune d’elles avec des incidences stratégiques et politiques spécifiques et importantes dans et hors de leur région : relations Corée-Chine-Japon-Etats-Unis pour la crise coréenne, relations Inde-Pakistan-Chine-Iran-Etats-Unis pour la crise afghane. Il convient d’y ajouter la présence de plusieurs zones à la stabilité incertaine, comme les Maldives, le Sri Lanka, la Birmanie, les Philippines et la Thaïlande, sans parler du détroit de Taïwan.

La réforme de la gouvernance mondiale née de la crise financière et économique qui a éclaté en 2008 a vu le poids de l’Asie s’accroître avec la formation du G 20. Ce continent compte désormais cinq pays dans cette instance internationale : Chine, Corée, Inde, Indonésie er Japon. L’Asie compte un nombre croissant d’acteurs avec lesquels il faut désormais compter dans le traitement de l’ensemble des grands dossiers internationaux : enjeux globaux et lutte contre le changement climatique, lutte contre la crise financière et les déséquilibres macro-économiques globaux, négociations commerciales, non prolifération et crises internationales.


2. L’émergence de politiques étrangères tendant à dépasser le cadre régional

Alors que la pénétration de la Chine en Afrique a sans doute constitué une des évolutions marquantes de la décennie écoulée, les efforts de positionnements de l’Inde sur la scène internationale l’amènent progressivement à afficher l’ambition d’accorder sa puissance politique à la nouvelle donne économique du pays sur la scène internationale.

L’Indonésie de son côté s’efforce de tirer parti de son statut de plus grande démocratie musulmane en s’appuyant à la fois sur la relation de confiance qu’elle a su bâtir avec l’Iran et sur son rôle actif au sein de l’ASEAN. A ce titre, elle constitue de façon croissante pour nous un partenaire de dialogue dans la région.

Enfin, on ne saurait oublier que le conflit en Afghanistan contient une dimension internationale et régionale, qui implique la construction d’un dialogue politique avec les pays concernés, tout particulièrement avec le Pakistan.

La France est en tout état de cause reconnue comme un acteur de la sécurité régionale. C’est ainsi que notre pays, qui entretient un dialogue au niveau politico-militaire avec des partenaires traditionnels (Chine, Inde, Japon, Corée du Sud, Singapour) ou nouveaux (Indonésie, Malaisie, Mongolie, Vietnam), participe notamment au Shangri-La Dialogue à Singapour.


3. Un partenaire économique capital


L’Asie constitue pour la France un enjeu capital sur les plans économiques, commercial et financier dans le cadre bilatéral comme dans le cadre multilatéral. Cette partie du monde, où ont été réalisés 57% de la croissance de nos exportations au cours des années 2006-2011, concentrera près de 50% de la croissance mondiale pour la période 2012-2017. Compte tenu du dynamisme de la demande, les pays d’Asie contribueront de plus en plus à la croissance des exportations françaises. 13 d’entre eux sont déclarés prioritaires pour les exportations françaises d’ici à 2022 : Chine, Inde, Japon, Indonésie, Singapour (pays avec lesquels nous avons un partenariat stratégique), Corée du Sud, Hong Kong, Malaisie, Philippines, Taïwan, Thaïlande et Vietnam.

Avec 18% des implantations françaises dans le monde, l’Asie est la deuxième zone partenaire de la France, quatre pays (Japon, Australie, Singapour et Hong Kong) accueillant près de 80% des implantations de filiales française en Asie. Les investissements asiatiques en France restent encore à ce jour faibles au regard des autres investisseurs étrangers. L’internationalisation accrue des grands groupes asiatiques, et notamment chinois, japonais et indiens, devrait cependant faire progresser ces données.

La crise financière n’a pas épargné l’Asie et les économies les plus développées de la région sont alors toutes entrées en récession (Corée du Sud, Japon, Hong Kong, Singapour, Taïwan) tandis que les grands émergents (Chine, Inde, Indonésie) subissaient également un recul de leur croissance. Cette situation a mis en évidence l’intégration mondiale des économies d’Asie. La crise aura également accéléré la montée en puissance de l’Asie dans la recomposition du système bancaire, économique et financier international ; elle aura enfin ouvert aux stratégies diplomatiques des pays de la région, notamment dans le cadre du G20, des perspectives nouvelles, sans qu’ils soient d’ailleurs toujours capables de les exploiter pleinement.

C’est une dynamique à laquelle nous devons prendre la part active que requiert la défense de nos intérêts, tout en étant conscients du fait que cette nouvelle donne n’est pas exempte de revers : l’OIT, dans un rapport publié en février 2009, prévoyait pour les années suivantes un retour progressif du taux de travailleurs pauvres en Asie à son niveau de 2004. Les orientations de la région en matière de libre-échange et de structuration économique revêtiront en tout cas une importance capitale, qu’il s’agisse de la zone de libre-échange entre l’ASEAN et la Chine, de la mise en œuvre de l’accord de libre-échange UE-Corée, le plus ambitieux qu’ait jamais conclu l’UE, de la négociation en cours de nouveaux accords entre l’UE et les pays d’Asie (Indonésie, Japon, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Vietnam) ou, à l’échelle de la région du Pacifique, du projet de Partenariat Trans-Pacifique.


4. Une intégration régionale positive

L’ASEAN a célébré, en novembre 2007, à Singapour, son quarantième anniversaire sur un réel constat de succès. Elle ambitionne de se présenter comme une formule de rechange économique solide, face aux géants nationaux que sont l’Inde et la Chine, pour les grands partenaires occidentaux comme pour la Russie. La mise en œuvre d’une Charte des droits de l’homme, constitue un jalon important dans l’histoire de l’Association. Sa constitution en une Communauté économique en 2015, ses programmes en matière d’infrastructures, le développement de la « connectivité » entre les pays de la région amplifient encore les perspectives pour nos entreprises. Cet effort d’intégration, inédit depuis la construction de l’Union européenne, fait de l’ASEAN un partenaire naturel et privilégié de l’Europe. Ce partenariat s’est d’ailleurs concrétisé par l’adhésion de l’Union européenne au Traité d’Amitié et de Coopération en Asie du sud-est.

Dans la partie méridionale de la région, l’Association des Pays d’Asie du Sud pour la Coopération régionale (SAARC), qui regroupe huit Etats (Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka), a mis en place en 1995 un Accord Commercial Préférentiel, qui pose les bases d’une coopération commerciale et qui a abouti au 1er janvier 2006 à la mise en place de la zone de libre échange (SAFTA) entre les pays membres.

Dans un cadre géographique beaucoup plus vaste, il convient également de souligner la mise en place en 1989, à l’initiative de l’Australie, de l’Asia Pacific Economic Forum (APEC).


5. Des systèmes financiers en pleine évolution

Des politiques macroéconomiques et financières relativement solides, avec de larges réserves de devises étrangères et des dettes externes à court terme limitées, ont permis d’absorber les chocs, de même qu’une faible exposition aux actifs toxiques en raison de systèmes financiers peu sophistiqués. Par ailleurs, les cadres réglementaires qui mettent globalement en avant la stabilité et la sécurité des systèmes financiers ont contribué à l’impact modéré de la crise sur les économies asiatiques.

Sur le plan financier, la montée en puissance de l’Asie s’est matérialisée par l’introduction en bourse de nombreux groupes d’envergure internationale. Ce mouvement a particulièrement bénéficié à la place de Hong Kong ainsi qu’à Shenzhen et Shanghai. La politique d’internationalisation de la monnaie chinoise (RMB ou yuan) devrait renforcer la position de la Chine en encourageant notamment la formation d’une « région yuan » soutenue par le commerce intra-régional en plein essor et le développement de centres financiers offshore (Hong Kong, Singapour, Taipei).

La volatilité des mouvements de capitaux constitue néanmoins le principal sujet d’inquiétude à court et à moyen termes dans la région asiatique. L’afflux de capitaux étrangers, attirés par des rendements supérieurs à ceux offerts par l’Europe et par les États-Unis, est vecteur d’instabilité. Ce flux de capitaux en Asie pousse à la hausse les monnaies locales, faisant craindre des tensions croissantes entre des pays tentés par des mesures protectionnistes qui allégeraient le fardeau de leurs exportateurs. La Corée du Sud, l’Inde ou encore l’Indonésie ont pris des mesures pour freiner ces flux afin de limiter l’appréciation de leurs devises en cas de changes flottants, ou l’inflation, par création monétaire. L’inflation alimente les risques de « surchauffe », sur fond de hausse des prix alimentaires et énergétiques. L’augmentation significative dans la région du poids du système bancaire parallèle non réglementé (shadow banking) pourrait également faire peser un risque financier systémique.


6. Un défi environnemental

L’Asie concentre aujourd’hui les défis les plus extrêmes en matière d’environnement et de changement climatique. Une part importante de la solution aux défis globaux en matière d’environnement, d’énergie et de climat se trouve dès lors en Asie. Entre les grandes puissances émergentes (Chine et Inde) inquiètes du maintien de leur rythme de développement, les pays intermédiaires d’Asie du Sud-est, dont la prospérité reste encore fragile et inégale, et les puissances économiques japonaise ou coréenne, il n’existe toutefois pas de réponse régionale coordonnée aux grands défis environnementaux que constituent le changement climatique, l’érosion de la biodiversité ou l’avancée de la désertification.

La Convention de Rio en 1992 avait fixé un ensemble de principes et d’équilibres qui se heurtent aujourd’hui en partie au poids croissant des grands pays émergents comme la Chine et l’Inde, et donc aux nouveaux équilibres internes à l’Asie et aux relations de l’Asie avec le reste du monde. La Chine est devenue en 2007 le premier pays émetteur de CO2 dans le monde en valeur absolue, devant les États-Unis. Elle a, sur le plan interne, pris des mesures importantes pour faire évoluer son développement vers un modèle plus durable avec la mise en place d’un programme national d’action sur le changement climatique et l’intégration dans son plan quinquennal d’objectifs contribuant à limiter les émissions de gaz à effet de serre. De même, l’Inde a adopté un plan climat relativement ambitieux.

L’Indonésie, quant à elle, est apparue plus visible sur la scène internationale à la fois comme le 3e émetteur mondial de gaz à effet de serre (compte tenu de l’ampleur de la déforestation) et comme pays déterminé à s’engager pour changer la donne en plaçant les questions d’environnement parmi les piliers de son développement. Ce contexte de mobilisation marquée sur le plan interne avait contribué aux avancées importantes de la conférence de Cancún sur le climat fin 2010.

La spécificité des acteurs asiatiques implique à la fois le poids croissant qu’ils prennent dans les négociations internationales sur les questions d’environnement mais aussi une diversité de situations qui leur interdit de défendre des positions harmonisées. L’Asie dispose toutefois d’atouts importants pour mettre en place des modèles de développement durable et économiquement efficace. Le renforcement du dialogue de l’UE notamment avec les grandes puissances émergentes en Asie répond à une demande réciproque et pourrait être de nature à réduire les blocages qui existent encore aujourd’hui.


7. Un foyer de développement social, d’échanges culturels et de conflits de valeurs

L’Asie représente une cible et un marché de la plus grande importance en termes d’échanges scientifiques et culturels de toute nature. Son potentiel de formation et de recherche ouvre des possibilités considérables d’échanges et de partenariats à nos laboratoires et nos universités.

Dans de nombreux pays d’Asie il existe un continuum fort entre universités, instituts de recherche et entreprises, dont nos politiques doivent tenir compte car les enjeux économiques sont considérables. L’émergence des classes moyennes entraîne un développement exponentiel des flux d’étudiants et d’hommes de sciences, qu’il convient d’encourager et de canaliser.

Fondamentalement, et de manière au fond très politique, l’Asie est une force importante pour la promotion de la diversité culturelle. Ayant souvent donné la priorité au développement économique, les pays d’Asie parviennent à un stade où ils s’interrogent inéluctablement sur les moyens de concilier modernité et tradition, ouverture au monde et respect de leurs identités. C’est particulièrement vrai pour des sociétés multiethniques et multiconfessionnelles, qui perçoivent l’uniformité de la mondialisation comme une menace pour leur identité ou pour leur cohésion.

L’Asie reste durablement confrontée à des problématiques traditionnelles où sont liés enjeux humanitaires et sécuritaires : violations massives des droits de l’homme, contentieux territoriaux, migrations forcées, production et trafic de stupéfiants, criminalité organisée et terrorisme. Sur tous ces fronts, nous devons sans relâche demeurer non seulement vigilants mais actifs.



Mise à jour : 15.04.13

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