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L’Union européenne et l’Allemagne

Présentation

1- L’Allemagne occupe une place centrale dans les institutions européennes. Premier pays de l’UE par son économie mais également sa population, l’Allemagne compte, avec 96 députés, la première délégation au Parlement européen. Elle y jouit d’une influence sans égale fondée sur sa tradition parlementaire, le faible taux de renouvellement de ses députés et l’importance des délégations allemandes au sein des groupes parlementaires les plus actifs au Parlement européen. L’Allemagne bénéficie en outre d’une assise politique tout à fait singulière en Europe, les élections du 22 septembre 2013 ayant marqué un large soutien populaire à la gestion de la crise de la zone euro par Mme Merkel et son ministre des Finances, M. Schäuble. A noter que l’Allemagne a obtenu le portefeuille du numérique dans la Commission Juncker (commissaire Günther Öttinger).

2- L’Allemagne n’a cessé d’affirmer son profond ancrage européen depuis les débuts de la crise de la zone euro. D’après un sondage IFOP du 7 juillet 2015, 78 % des Allemands considèrent que l’appartenance de leur pays à l’UE est une bonne chose. « L’intégration européenne est l’enseignement primordial tiré de l’histoire allemande et le fondement de la politique extérieure allemande », peut-on lire dans les conclusions de la « Review 2014 » de politique étrangère réalisée par l’Auswärtiges Amt. L’Allemagne est le plus grand contributeur net de l’UE (19,7% du budget européen en 2014 ; France : 16,7%). Elle est le 1er contributeur (27%), juste devant la France (20%) au Mécanisme européen de stabilité (MES), entré en vigueur en 2012. La Chancelière et Wolfgang Schäuble ont défendu le troisième plan d’aide à la Grèce devant le Bundestag le 19 août et ont pu le faire approuver confortablement. Soucieuse de l’avenir de l’union économique et monétaire, l’Allemagne a rédigé avec la France le 22 mai une contribution proposant une architecture en deux étapes : une phase de court terme, servant à consolider l’acquis dans le cadre des traités actuels, et une phase de plus long terme avec des évolutions institutionnelles. La contribution franco-allemande a influencé le « rapport des cinq présidents » de l’UE publié le 22 juin.

3- L’Allemagne est cependant confrontée, dans certaines franges de son opinion, à une remise en question de la doctrine fermement intégratrice portée par la génération politique marquée par le souvenir de la Seconde guerre mondiale. Les débats sur « l’union des transferts », la subsidiarité et le « tourisme social » (accès aux prestations sociales et les fraudes, réelles ou alléguées, aux prestations sociales commises par des ressortissants européens en Allemagne), mais aussi les actes de malveillance contre des centres de réfugiés témoignent de ces interrogations. Le succès, un temps, du parti eurosceptique, Alternative für Deutschland, aux élections européennes ainsi qu’aux élections locales à l’automne 2014, ou encore la tentation d’une majorité de l’opinion allemande de soutenir une sortie de la Grèce de la zone euro (c’était le cas de 60 % des selon un sondage IFOP du 7 juillet 2015), peuvent être vus comme un signe de l’essoufflement de l’élan européen dans l’opinion allemande.

4- La jurisprudence de Karlsruhe, en s’attachant à défendre depuis 2009 les prérogatives du Bundestag, conteste, en creux, le fonctionnement démocratique de l’UE. Avec le rejet des plaintes contre le MES, le Tribunal constitutionnel de Karlsruhe a renforcé la marge de manœuvre politique du Bundestag, y compris pour ce qui est des mesures de sauvetage de l’euro.

5- L’Allemagne entretient des relations bilatérales fortes avec ses voisins et soigne son image vis-à-vis des pays de l’Europe du Sud. Comme le précise le contrat de coalition, l’Allemagne entretient un lien privilégié avec la France. Elle affirme aussi vouloir promouvoir les intérêts de ses voisins, en particulier de la Pologne (au sein du Triangle de Weimar, avec la France) dans l’UE. Elle cherche à valoriser ses convergences avec le Royaume-Uni (traditionnelle connivence sur les questions budgétaires, coopération étroite dans le domaine des relations extérieures de l’UE et sur les Balkans), dans un contexte d’interrogation à Berlin sur la stratégie et les objectifs poursuivis par le Premier ministre britannique. Le contrat de coalition du gouvernement Merkel III fait par ailleurs une priorité de la revitalisation des relations avec Athènes et prévoit en particulier la création d’un office germano-grec pour la jeunesse (lancé à Berlin le 12 septembre 2014). La Chancelière s’est rendue en Grèce à deux reprises (le 9 octobre 2012 et le 11 avril 2014), tandis que le ministre adjoint chargé des Affaires européennes a effectué le 30 mars son neuvième déplacement en Grèce depuis sa prise de fonctions. Le gouvernement de Mme Merkel entretient par ailleurs de très bonnes relations avec le gouvernement de M. Rajoy en Espagne.

6- Berlin souhaite un renforcement de la politique européenne de l’asile, dans le contexte d’un afflux massif de migrants en Europe et vers l’Allemagne en particulier. La chancelière a souligné lors d’une interview télévisée le 16 août que la problématique de l’asile pourrait devenir le prochain grand chantier européen, « susceptible de nous occuper plus longtemps que la Grèce et la stabilité de l’euro ». Elle s’est prononcée pour une « politique commune européenne en matière d’asile ». Il s’agirait notamment de déterminer en commun quels sont les pays d’origine sûrs, comment gérer les flux de demandeurs d’asile, comment aboutir à des critères d’asile communs. Une lettre du Président de la République et de la Chancelière sur l’accueil des réfugiés a été adressée le 3 septembre aux présidents de la Commission et du Conseil européen, ainsi qu’à la présidence luxembourgeoise.

7- Enfin, l’Allemagne participe à la construction de l’Europe de la défense, en liaison étroite avec la France, mais aussi la Pologne, comme en témoigne la lettre adressée à Mme Mogherini le 7 avril 2015 par les ministres de la Défense et des Affaires étrangères français, allemands et polonais présentant les points de consensus entre les trois Etats du triangle de Weimar en vue du Conseil européen de juin 2015. L’Allemagne est particulièrement attachée à la mise en oeuvre de l’initiative « Enhance and Enable », visant au renforcement à long terme des capacités des États tiers.

Mise à jour : 15.10.15

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