Débat ouvert du Conseil de sécurité sur les victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient - Intervention du Ministre devant la presse, New York (27 mars 2015)

Mesdames et Messieurs,

Cette réunion du Conseil de Sécurité est une première. Jamais le Conseil n’avait consacré un débat à la situation des chrétiens et des autres minorités persécutées au Moyen-Orient. Je pense que c’est un geste fort.

Pourquoi au nom de la France, ai-je pris l’initiative de cette réunion au titre de notre présidence. Parce que nous pensons que c’est notre devoir – et que c’est conforme à la tradition française– de répondre à l’urgence et à la gravité de la situation. Cette situation, tous ceux qui sont intervenus l’ont qualifiée, est une tentative d’éradication, c’est-à-dire de disparition ethnique et religieuse. Les terroristes de Daech, et c’est essentiellement d’eux dont il s’agit, ont un projet simple, et effroyablement simple : supprimer tous ceux qui ne pensent pas comme eux, soit les asservir, soit les forcer à l’exil, soit les tuer. Ils s’en prennent aux femmes, aux hommes, aux enfants. Vous avez entendus le témoignage très bouleversant de cette députée Yazidi qui a dit ce qu’elle vivait, ce qu’ont vécu ses collègues. Et les terroristes de Daech poussent la fureur jusqu’à s’en prendre au patrimoine culturel de l’humanité, parce qu’ils ne veulent pas qu’il puisse exister une histoire avant eux ou en-dehors d’eux.

Le danger dont il s’agit est le risque de disparition totale des minorités au Moyen-Orient. La communauté internationale dit beaucoup de chose, elle déplore, elle agit mais je l’ai qualifié dans ce domaine de « puissance impuissante ». Nous demandons donc qu’il y ait une action efficace et rapide en direction de ces populations.

Dans le débat, qui n’est pas terminé, il y a eu beaucoup de convergences, cela m’a frappé. D’abord sur l’objectif. La priorité ne doit pas être seulement de venir en aide aux minorités ou de les accueillir dans nos pays amis, mais de permettre qu’elles restent sur place ou qu’elles retournent dans leurs pays. Ce n’est pas un passe-droit, parce que ces terres sont les leurs.

Comment y parvenir ? J’ai proposé une charte d’action autour de quatre volets.

1. Tout d’abord, sur le plan humanitaire. On fait beaucoup de choses, on ne fait jamais assez. Mais nous souhaitons que l’action humanitaire soit non seulement pour recueillir ceux qui sont obligés de partir, mais pour faire en sorte qu’on encourage et qu’on permette le retour sur place. Pour cela, la France propose de mettre en place, sous l’égide de l’ONU un Fonds spécifique d’aide au retour, qui serve à la reconstruction des habitations, des écoles, des lieux de culte.

2. Deuxièmement, l’action militaire. Si on veut que les minorités puissent rester en sécurité, il faut qu’on crée des zones de sécurité. Et donc l’action militaire, je pense en particulier à l’action de la Coalition internationale, doit non seulement viser à faire reculer Daech mais à mettre en place ces zones de sécurité.

3. Troisièmement, la lutte contre l’impunité. Nous demandons que ces criminels soient traduits devant la Cour pénale internationale.

4. Enfin, l’aspect politique. Si on veut trouver une solution, que ce soit en Irak, que ce soit en Syrie, que ce soit en Libye ou d’une autre manière au Liban, il faut que les gouvernements soient « inclusifs », c’est-à-dire qu’ils ne protègent pas une seule communauté mais qu’ils assurent les droits de la diversité des communautés. C’est ce qui doit être fait en Irak, c’est ce qui peut être fait au Liban, c’est indispensable, notamment en élisant un Président, alors que vous connaissez la paralysie institutionnelle qui frappe ce pays. Et c’est aussi ce que nous souhaitons en Syrie. Parfois on dit « la France ne veut pas de solution en Syrie ». Bien sûr que si, nous voulons une solution politique. La solution ne peut pas passer par M. Bashar al-Assad qui, compte tenu de son action, ne peut pas être l’avenir de son peuple. Mais la solution politique doit être à la fois des éléments du régime, je suis clair, et de l’opposition. Nous travaillons à cela avec toute une série de parties prenantes.

Le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, que je remercie à la fois pour sa présence et sa proposition, a décidé de mettre sur pied un Groupe de Sages. C’est une bonne chose pour se pencher sur ces questions. Je demanderai à ce Groupe de Sages d’abord de s’atteler à la définition de cette charte et, s’ils veulent bien, une conférence internationale à Paris pourrait accueillir leurs conclusions afin de les mettre en œuvre le plus tôt possible.

Voilà, on dira c’est un cri d’alarme. Oui, il est indispensable mais nous souhaitons que ce ne soit pas seulement un cri d’alarme mais que ce soit vraiment quelque chose qui permette une action concrète, parce que plus que jamais les minorités au Moyen-Orient sont menacées.

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