Pistes pour une agriculture durable

À gauche : l’agriculture industrielle intensive, grande consommatrice d’eau, d’engrais et de pesticides, est aussi responsable de l’épuisement des sols.
À l’instar des transports ou du chauffage, l’agriculture moderne participe à la détérioration de la planète. Mais si les experts s’accordent sur la nécessité de modifier les méthodes utilisées, ils sont partagés entre tenants d’une approche technologique et partisans d’une agriculture biologique.
Une agriculture de « précision »
Le bio plébiscité
Forte consommatrice de produits pétroliers (engrais, gazole...), l’agriculture moderne libère quantité de gaz à effet de serre, appauvrit les sols et pollue durablement les réserves en eau.
Une agriculture de « précision »
Comment réagir ? Deux écoles s’affrontent. Celle des « techniciens » et celle des « paysans ». Les premiers estiment que l’agriculture industrielle peut perdurer à condition d’inventer de nouveaux outils permettant de concilier les impératifs économiques, sociaux et environnementaux. Pour y parvenir, ils comptent sur le suivi des parcelles par satellite [1], l’extension des surfaces ou le recours aux organismes génétiquement modifiés (OGM). « C’est un progrès énorme pour l’environnement et l’agriculture durable, affirme Jacques de Bohan, le président de la Coopérative agricole Champagne Céréales. Les OGM limitent les intrants (engrais, herbicides, insecticides) et diminuent les coûts. » Les tenants de cette approche assurent pouvoir maîtriser la consommation d’engrais et de produits phytosanitaires. Grâce à des techniques de plus en plus sophistiquées (analyses de la terre, bilan azoté...), ils apportent à la plante « la bonne dose au bon moment », réduisant ainsi la fuite de produits toxiques dans l’environnement. Cette agriculture dite « raisonnée » est portée par le Farre (Forum pour une agriculture raisonnée et respectueuse de l’environnement). Le réseau, créé en 1993 à l’initiative des organisations professionnelles agricoles, devrait, selon la Stratégie nationale de développement durable, représenter 30 % des exploitations agricoles en 2008. Les défenseurs de cette agriculture de « précision » tablent aussi sur le développement des carburants d’origine végétale (blé, colza...), qui constitueraient 5,75 % de la consommation de carburants en France à l’horizon 2 010. À plus long terme, « la chimie verte » devrait également connaître un puissant essor. Il s’agit d’employer des matières agricoles en lieu et place du pétrole. Colza, tournesol, blé, maïs ou betterave peuvent être transformés en plastique, en lubrifiants, en tensio-actifs [2] ou encore en solvants (encre d’imprimerie, par exemple), tous biodégradables. D’après l’Agrice, le groupement d’intérêt scientifique qui finance une grande partie des recherches sur les bioproduits dans l’Hexagone, la France, première puissance agricole européenne, pourrait mobiliser l’équivalent de 25 à 30 millions de tep (tonne d’équivalent pétrole) de biomasse d’origines agricole et forestière, soit 30 % de sa consommation pétrolière.
Le bio plébiscité

Contrairement aux « techniciens », les partisans d’une approche « paysanne » estiment que les mesures techniques ne sauraient à elles seules permettre un développement durable. Ils prônent une agriculture qui ne dilapide pas le capital naturel. Pour eux, l’utilisation des ressources naturelles ne doit pas excéder leur taux de renouvellement ou leur remplacement par des ressources renouvelables. Leurs exploitations, de taille humaine, ne recourent pas ou peu aux intrants. Les produits de la ferme, qui bénéficient souvent d’un label de qualité, sont valorisés et commercialisés régionalement. C’est la « méthode Pochon », du nom d’un éleveur laitier breton qui a redonné ses lettres de noblesse au polyélevage. Au lieu de maïs et de soja, ses vaches sont nourries presque exclusivement avec de l’herbe et du trèfle cultivés sur l’exploitation. « Cette technique, explique son auteur, évite le travail de la terre, les engrais, les traitements phytosanitaires, l’arrosage du maïs, la récolte, l’ensilage... » Autant d’économies qui la rendent rentable et trois fois moins polluante. Les agriculteurs biologiques sont les seuls à garantir qu’ils n’utilisent ni engrais chimiques, ni pesticides. Leur démarche, de fait la plus durable, connaît actuellement un fort engouement puisque 37 % des Français consomment régulièrement des produits bio, malgré leur prix élevé. Mais le marché intérieur est loin de répondre à une demande qui a littéralement explosé après la crise de la « vache folle ». En effet, l’agriculture bio n’est encore pratiquée que sur 1,4 % des surfaces agricoles françaises, contre 8 % en Italie et 11 % en Autriche. Enfin, chacun, en sa qualité de consommateur, peut également être l’acteur d’une agriculture plus durable. Pourquoi, par exemple, s’obstiner à acheter en plein hiver des tomates ou des fraises cultivées sous serre ?
Emmanuel Thévenon journaliste
Les coccinelles à la rescousse
Problème : sachant que les pucerons sont des insectes nuisibles au jardin et que les insecticides sont néfastes pour l’environnement, comment se débarrasser de ces animalcules ? Solution : par l’introduction de coccinelles, qui en raffolent, et plus précisément de leurs larves, huit fois plus voraces que les adultes. À l’école primaire Jules-Ferry de Brive (Corrèze), les élèves participent depuis plusieurs années à une activité éminemment écologique et éducative qui rencontre un succès national : l’élevage de coccinelles. Sur commande, ils en expédient les larves dans la France entière, sur de petits bouts de papier à placer, par exemple, dans les rosiers. Au bout de trois semaines, les coccinelles, devenues grandes, prennent leur envol. Mission accomplie : les pucerons ont disparu.
- [www.coccinelles.com
>http://www.coccinelles.com]
Monique Perrot-Lanaud
Yaourt voyageur
Une scientifique allemande a calculé qu’un pot de yaourt à la fraise parcourt 9 115 kilomètres et consomme 0,006 litre de gazole ! Ces chiffres prennent en compte le trajet parcouru par chacune des matières premières (fraises, lait, levures, sucre, pot, couvercle, étiquettes...), auquel s’ajoute celui du produit fini jusqu’au domicile du consommateur.
E. T.



