Cheval : l’élevage à la française
En France, les Haras nationaux, fondés en 1665 par Colbert, sont chargés de promouvoir et de développer l’élevage des équidés et les activités liées au cheval en partenariat avec d’autres acteurs publics et privés.

Fête du cheval de trait.
© Vincent/REA
En matière d’élevage, rigueur de la conservation des races, savoir-faire de la protection animale et progrès techniques dus à la collecte et au traitement d’informations économiques chevauchent botte à botte. Ce n’est pas de trop pour gérer environ 500 000 équidés en France (soit huit pour 1 000 habitants) où 41 races de chevaux, d’ânes et de poneys sont reconnues et élevées.
La volonté de préserver la diversité des races

Le baudet du Poitou
© Hoaqui
"Les Haras nationaux mettent en permanence et dans toutes les régions leurs compétences au service des éleveurs et des utilisateurs du cheval. Ils contribuent à une politique équilibrée d’aménagement du territoire en fournissant des services d’appui technique de qualité. Ils élaborent un système d’identification et d’informations et donnent satisfaction aux besoins exprimés par les associations d’éleveurs en matière d’amélioration génétique, notamment à travers l’étalonnage public", explique leur directeur général, Christian Ferte.
Depuis sa création, cette institution n’a cessé d’évoluer en œuvrant souvent à contre-courant des modes de son temps, avec la volonté de préserver la diversité des races et les spécificités de l’élevage français au-delà de la valeur d’usage de l’animal. C’est notamment grâce à son travail sur le terrain que les importantes races de chevaux de trait ou d’ânes (voir encadré) ont pu se maintenir jusqu’à nos jours.
Historiquement, après la recherche de chevaux résistants pour l’armée, la demande de variétés adaptées à l’attelage a été la plus forte jusqu’à l’apparition de l’automobile, qui ruina le commerce des chevaux utilitaires. Seul le travail sur le terrain des Haras nationaux a permis de favoriser la transformation du "carrossier" en cheval de selle (grâce notamment au classement de poulinières - on dit que le caractère et la morphologie se transmettent davantage par la jument que par l’étalon -, au choix de pur-sang et au croisement de demi-sang).
Tournée vers le partenariat, cette institution a été largement réformée, depuis 1999, afin de donner naissance à un établissement public à caractère administratif, placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture. Les Haras nationaux trouvent désormais leur légitimité dans leur rôle fédérateur par l’intermédiaire de leurs comités d’orientation stratégique, scientifique, technique et de prospectives économiques et génétiques. Leur champ d’action concerne quatre secteurs : sport, loisirs, course et trait. Néanmoins, pour tous les acteurs de la filière française de l’élevage, ils représentent d’abord un travail sur le terrain dans leurs vingt-trois dépôts d’étalons, qui sont un bel exemple de décentralisation.
Le haras de Pompadour (Corrèze) est l’un des plus prestigieux, avec ses étalons (de sang et de trait) et sa jumenterie nationale de la Rivière, unique en France. Le site est mondialement connu pour être le berceau de la race anglo-arabe. Courageux mais susceptible, volontaire mais parfois craintif, ce cheval, doté d’un excellent équilibre, fait le bonheur des cavaliers expérimentés.
Depuis les années 1950, le moteur essentiel de l’élevage du cheval de selle en France est le concours de saut d’obstacles (CSO), l’activité la plus pratiquée par les 412 000 licenciés à la Fédération française d’équitation (on compte en France 650 000 cavaliers).
La Normandie, vitrine de l’élevage français

Camargues.
© Lancelot
Si la Normandie s’impose comme la plus belle vitrine de l’élevage français, toutes les régions sont aujourd’hui actives dans ce domaine, et il faudrait entreprendre un recensement encyclopédique pour établir un tour d’horizon des associations nationales d’éleveurs.
Les forces vives de la planète équitation reposent sur cette filière qui rassemble 40 000 éleveurs possesseurs de 93 000 poulinières (dont 13 000 pour le seul cheval de selle français). En revanche, on compte seulement 1 000 éleveurs professionnels, qui sont surtout répartis dans le domaine des courses. Cet élevage compte 24 000 poulinières (18 000 pour le trot, 6 000 pour le galop).
La principale région d’élevage de pur-sang est la Basse-Normandie, notamment autour du célèbre haras du Pin (Orne), haut lieu des Haras nationaux, qui offre au premier regard du visiteur la stèle rappelant le souvenir de l’étalon Furioso, un pur-sang qui a laissé derrière lui de très belles lignées.
En 2001, 4 320 naissances ont été enregistrées alors que seulement 383 étalons pur-sang étaient répertoriés. Les effectifs sont en progression en raison de la bonne santé du secteur des courses (en France, c’est le ministère de l’Agriculture qui dispose de l’autorité générale sur les courses de chevaux et les paris hippiques, soit 6,5 milliards d’euros issus principalement des enjeux collectés par le PMU [1]) et de l’envolée des ventes de chevaux.
Pour tous les passionnés des hippodromes, Deauville (Normandie) est synonyme de yearling (poulain de dix-huit mois). Les principales ventes ont lieu en août et les enchères sont spectaculaires : en 2001, un poulain a été adjugé plus d’un million d’euros et 80 % des chevaux ont été vendus (en cinq ans, le Prix de l’Arc de Triomphe a été remporté à trois reprises par des cracks vendus à Deauville).
Excellent baromètre de l’élevage, les ventes aux enchères se sont également multipliées avec les chevaux de sport. Moins médiatiques, les ventes Fences, organisées chaque année en septembre à Bois-le-Roi (fief de l’entraîneur de saut d’obstacles Marcel Rozier), ont désormais parmi leurs habitués quelques têtes couronnées et les prix grimpent.
Plus qu’une activité de passion, l’élevage est un métier d’attention, de rigueur et de persévérance. Le genre d’équidés (cheval, poney, âne...) et la race (selle français, frison, ardennais...) déterminent le travail de l’éleveur souvent tiraillé entre deux exigences : satisfaire sa passion de faire naître et d’élever au plus haut niveau un animal, mais aussi le vendre et donc répondre à la demande du marché.
Par Alix Maupin, journaliste

Selle français.
© Cuisset/REA
• Huit races françaises de chevaux de sang. Certains sont de course : pur-sang et trotteurs français ; d’autres de selle : selle français, anglo-arabe, arabe, camargue, mérens, castillon.
• Neuf races de chevaux de trait, toutes originaires du nord de la France comme le percheron ou l’ardennais.
• Sept races étrangères de chevaux de selle : trakehner, lipizzan, apaloosa, shagya, barbe, lusitanien, quater horse.
• Douze races de poneys dont des races françaises comme le landais ou le pottock.
• Six races d’ânes : baudet du Poitou, de Provence, du Cotentin, des Pyrénées... Quelle que soit sa race, l’animal doit beaucoup aux éleveurs français et aux Haras nationaux pour sa conservation et sa reconnaissance. De 400 000 au début du XXe siècle, le nombre d’ânes était tombé à 20 000 dans les années 1980. Doté d’un important capital de sympathie auprès du grand public et surtout des enfants, il a depuis "repris du poil de la bête" tout en quittant le dur labeur qui représentait autrefois son quotidien. Cet animal de compagnie, très efficace en randonnée, est remonté à 40 000 représentants. Mais des efforts restent à faire : il n’y a guère plus d’une trentaine de baudets du Poitou en France.

Boulonnais.
© Denance/Jacana
Selle français : énergique, tranquille et bon sauteur d’obstacles. Il est l’héritier naturel du cheval normand. Son stud-book (sorte de répertoire) existe depuis 1958, date à laquelle fut créée cette appellation afin de regrouper tous les chevaux "demi-sang" nés en France.
Camargue : rustique et résistant, le célèbre petit cheval blanc du delta du Rhône, popularisé par l’histoire de Crin Blanc, était, semble-t-il, très apprécié par Jules César.
Ardennais : ce cheval de trait est tellement volontaire que Napoléon l’utilisa à des fins militaires, notamment pendant la campagne de Russie. La race est reconnue depuis 1929.
Percheron : le plus célèbre des chevaux "lourds" français. Docile et généreux dans l’effort, il reste élégant malgré sa stature imposante. Issu du Perche (au sud de la Basse-Normandie), il doit ses allures à des ancêtres orientaux.
Chez Castor Pollux (Chassigny), des ouvrages sur les différentes races françaises de chevaux, Le percheron, Le boulonnais, Le cheval ardennais...
[1] Pari mutuel urbain.



