Argent et organisations de solidarité internationale 2000-2001

Les OSI confirment leur place d’acteurs majeurs en France pour la solidarité internationale
Avec plus de 700 millions d’euros de budget en 2001, les organisations de solidarité internationale (OSI) confirment leur place d’acteurs majeurs de la solidarité internationale en France. Certes, il s’agit de sommes dérisoires par rapport aux défis auxquels elles tentent de répondre : accompagner les communautés de populations vulnérables au Sud dans la construction de leur avenir, faciliter les rapprochements entre ces communautés et les citoyens du Nord pour la construction de règles du jeu internationales plus équitables et, en cas de crise aiguë, secourir les populations en danger.
La croissance continue depuis 15 ans des ressources des OSI est le résultat direct d’une attention permanente visant à renforcer la qualité des actions pour répondre au plus près aux besoins des populations. C’est cette compétence accrue qui est reconnue par les bailleurs de fonds internationaux et le grand public français, qu’elle soit mise en œuvre par des bénévoles de plus en plus experts, des volontaires ou par des salariés.
Une donnée essentielle de l’enquête montre que les Français restent très fortement mobilisés aux côtés des organisations de solidarité internationale : les ressources privées des OSI atteignent près de 440 millions d’euros en 2001 (contre 227 millions dix ans auparavant) ; elles contribuent de manière constante à plus de 60 % des ressources des OSI. Ces ressources privées proviennent majoritairement de la générosité du public (avec une hausse de 10 % entre 2001 et 2000).
La dernière enquête BVA-CCFD-La Croix-France Info publiée le 16 octobre 2003 confirme la prise de conscience croissante des Français sur les inégalités et leur souhait d’une plus forte implication : 55 % des Français ont dit avoir effectué un don à une association humanitaire entre octobre 2002 et octobre 2003 (contre 45 % l’année précédente sur les mêmes bases) ; 27 % des Français déclarent faire du bénévolat dans une association de solidarité (contre 26 % l’an passé). On pourra aussi noter que 57 % des Français disent faire plutôt ou tout à fait confiance aux ONG pour lutter efficacement contre la pauvreté et la faim dans le monde, juste derrière l’ONU (69 %) et l’Union européenne (61 %) ; le gouvernement français étant crédité de son côté de 52 %.
Les bailleurs de fonds internationaux constituent le second partenaire majeur pour les OSI françaises. Leur contribution représentait 186 millions d’euros en 2001, soit 26 % du total des ressources. En dix ans, leurs financements ont pratiquement triplé. La reconnaissance de l’expertise des OSI françaises par les bailleurs internationaux a permis aux acteurs non gouvernementaux français de devenir, depuis la fin des années 1990, des partenaires importants des agences de l’ONU (27 millions d’euros en 2001) et d’agences de coopération bilatérale de nombreux pays (en premier lieu la coopération américaine mais aussi britannique ou allemande) pour 32,9 millions d’euros.
En raison de sa place de premier bailleur dans le monde d’aide au développement et de l’action d’urgence, la Commission européenne figure en toute logique comme le principal bailleur de fonds internationaux des OSI françaises, totalisant 17 % des ressources en 2001. Mais la politique européenne d’appui aux acteurs non étatiques et surtout les procédures d’accès aux cofinancements très défavorables aux OSI risquent, à l’avenir, de faire diminuer de manière inquiétante la proportion de financements d’origine européenne. Alors que les Français et certains bailleurs de fonds onusiens ou d’autres pays étrangers font toujours plus confiance à la compétence des OSI françaises, il est paradoxal que l’Union européenne, essentiellement pour des questions administratives, tende vers une diminution de son appui aux acteurs français non gouvernementaux.
L’État français reste au dernier rang européen de la part d’APD mise en œuvre par des ONG. Une particularité française du financement des organisations de solidarité internationale est la faible part relative des ressources d’origine publique nationale (seulement 8,4 % du total des ressources). Certes, le ministère des Affaires étrangères français confie des sommes importantes aux associations françaises (plus de 40 millions d’euros en 2001) et l’on constate une croissance en valeur absolue de 30 % en dix ans des subventions publiques françaises. La France creuse toutefois son retard à l’échelle européenne dans son partenariat avec les ONG et reste au dernier rang européen avec toujours moins de 1 % de l’aide publique au développement (APD) française mise en œuvre par des ONG, contre une moyenne européenne de 5,1 % (moyenne issue des chiffres de l’étude « OSI et pouvoirs publics en Europe » publiée en juin 2001 par le ministère des Affaires étrangères, DGCID). Paradoxalement, la bonne qualité du dialogue entre les pouvoirs publics français et les OSI et l’augmentation de l’APD française constatée depuis 2002 ne semblent en rien modifier cette situation ; les gels budgétaires de 2002 et 2003 ont en effet plutôt tiré vers le bas les financements publics confiés aux OSI.
Deux tendances de fond confirmées sur l’indépendance financière des OSI :
Tout d’abord, les moyens des OSI augmentent de manière structurelle en dépit de l’actualité internationale. L’impact médiatique des crises humanitaires se reflète bien entendu directement dans les chiffres de la collecte de fonds auprès du public et des appuis des bailleurs de fonds publics (comme Echo, l’office d’aide humanitaire européen, qui a pu représenter au moment de la crise des Balkans à la fin des années 1990 plus de 10 % du total des ressources des OSI françaises). Mais l’étude des chiffres sur quinze ans démontre clairement une progression de manière structurelle des ressources des OSI quelle que soit l’actualité internationale. S’il est vrai que le panorama des acteurs français est largement dominé par de grandes associations humanitaires françaises ayant acquis une reconnaissance mondiale, il faut relativiser cette analyse. Sur les 15 premières ONG françaises de solidarité internationale [1], à peine la moitié sont des ONG « dites » d’urgence. Par ailleurs, bon nombre d’actions de ces dernières ne sont pas exclusivement de l’urgence mais aussi de la réhabilitation et plus largement du développement.
En second lieu, l’étude illustre bien la stratégie des OSI visant à conserver une forte indépendance en n’étant pas dépendant d’un seul bailleur mais en constituant des partenariats avec des bailleurs de fonds institutionnels très diversifiés en France comme à l’étranger. Contrairement aux idées reçues, les OSI françaises sont très peu dépendantes des pouvoirs publics français ; elles souhaiteraient même... l’être davantage.
Les chiffres présentés dans l’étude ne permettent pas, en revanche, de prendre en compte certaines nouvelles évolutions essentielles. Il aurait été intéressant d’analyser plus finement l’évolution d’activité par thème d’intervention. De la même manière, les intitulés de la ventilation par secteurs ne permettent pas de prendre en compte la démarche des OSI d’intervenir essentiellement (sauf dans les interventions d’urgence) en renforcement des capacités des acteurs de la société civile qui ne se résume pas au soutien financier des organisations locales. La répartition des dépenses par zone géographique semble toutefois confirmer l’ouverture de leur zone d’intervention (mais là encore, plus du tiers des volumes n’étant pas ventilé, il est difficile d’en tirer des conclusions définitives) : l’Afrique ne représenterait plus que 25 % des dépenses ventilées en 2001 (contre près de la moitié dix ans auparavant), au profit de l’Asie (18 %), des PECO (9,5 %) de l’Amérique latine et Caraïbes (7,2 %).
L’enquête permet de conclure sur une note optimiste. Les OSI travaillent dans un contexte difficile : l’accès à la générosité du public est sans cesse plus complexe et aléatoire ; l’accès aux fonds institutionnels en France ou en Europe n’est pas très favorable et l’accès aux fonds internationaux est particulièrement contraignant. Aussi pouvons-nous penser que la hausse croissante des ressources dans un tel contexte est la meilleure preuve de la pertinence et de l’efficacité des actions menées par les OSI françaises.
Directeur exécutif de Coordination SUD
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[1] Soit dans l’ordre décroissant de budget solidarité internationale en 2002 : MSF, HI, MDM, ACF, CCFD, Acted, Secours Catholique/Caritas, AFVP, Solidarités, Raoul Follereau, Première Urgence, Aide et Action, Gret, PSF et Partage.


