Pierre de Marivaux
[...]
IPHICRATE s’avance tristement sur le théâtre avec ARLEQUIN.
IPHICRATE, après avoir soupiré.
ARLEQUIN !
ARLEQUIN, avec une bouteille de vin qu’il a à sa ceinture.
Mon patron...
IPHICRATE.
Que deviendrons-nous dans cette île ?
ARLEQUIN.
Nous deviendrons maigres, étiques, et puis morts de faim : voilà mon sentiment et notre histoire.
IPHICRATE.
Nous sommes seuls échappés du naufrage ; tous nos camarades ont péri, et j’envie maintenant leur sort.
ARLEQUIN.
Hélas ! ils sont noyés dans la mer, et nous avons la même commodité.
IPHICRATE.
Dis-moi : quand notre vaisseau s’est brisé contre le rocher, quelques-uns des nôtres ont eu le temps de se jeter dans la chaloupe ; il est vrai que les vagues l’ont enveloppée, je ne sais ce qu’elle est devenue ; mais peut-être auront-ils eu le bonheur d’aborder en quelque endroit de l’île, et je suis d’avis que nous les cherchions.
ARLEQUIN.
Cherchons, il n’y a pas de mal à cela ; mais reposons-nous auparavant pour boire un petit coup d’eau-de-vie : j’ai sauvé ma pauvre bouteille, la voilà ; j’en boirai les deux tiers, comme de raison, et puis je vous donnerai le reste.
| Esclaves (RTF, 64.5 ko) |




