Honoré de Balzac

Eugénie Grandet (extrait)
« [...] Nanon vint cogner au mur pour inviter son maître à descendre, le dîner était servi. Sous la voûte et à la dernière marche de l’escalier, Grandet disait en lui-même :
- Puisque je toucherai mes intérêts à huit, je ferai cette affaire. En deux ans, j’aurai quinze cent mille francs que je retirerai de Paris en bon or.
- Eh bien, où donc est mon neveu ?
- Il dit qu’il ne veut pas manger, répondit Nanon. Ça n’est pas sain.
- Autant d’économisé, lui répliqua son maître.
- Dame, voui, dit-elle.
- Bah ! il ne pleurera pas toujours. La faim chasse le loup hors du bois. Le dîner fut étrangement silencieux.
- Mon bon ami, dit madame Grandet lorsque la nappe fut ôtée, il faut que nous prenions le deuil.
- En vérité, madame Grandet, vous ne savez quoi vous inventer pour dépenser de l’argent. Le deuil est dans le coeur et non dans les habits.
- Mais le deuil d’un frère est indispensable, et l’Eglise nous ordonne de... »




