1. Aspects généraux
2. Enjeux et échéances
3. Actions de la France
La diversité biologique, ou biodiversité, décrit la variété de la vie sur terre, c’est-à-dire le nombre, la variété et la variabilité des organismes vivants, ainsi que la façon dont cette diversité change géographiquement et temporellement. Elle englobe la diversité au sein des espèces (diversité génétique), entre les espèces (diversité des espèces) et entre les écosystèmes (diversité des écosystèmes).
La biodiversité a un rôle vital, car de son maintien dépend l’équilibre fragile des écosystèmes qui fournissent les services indispensables à la vie sur terre (par exemple la nourriture, l’eau propre et l’air pur). Ces écosystèmes jouent également un rôle régulateur face aux catastrophes naturelles et aux épidémies, et façonnent les cultures humaines et les croyances spirituelles. Ils participent au maintien des processus vitaux par la production de biomasse, ou de nutriments (services d’aide), essentiels à la vie humaine. Enfin, la diversité biologique constitue un réservoir de potentiel d’évolution d’une valeur inestimable pour permettre l’adaptation des écosystèmes aux changements notamment climatiques.
De fait, les modifications des écosystèmes ont apporté des gains substantiels en termes de développement économique : en 50 ans, l’activité économique a été multipliée par 6, la production alimentaire par 2,5 ; l’utilisation de l’eau et de l’énergie hydraulique a doublé et la récolte de bois d’œuvre triplé. Ces avancées ont pourtant souvent été réalisées au détriment de l’environnement et de manière inégalitaire. À ce jour, un milliard d’êtres humains n’ont pas accès à des services d’approvisionnement en eau adéquats et plus de 2,6 milliards à des moyens d’assainissement.
En outre, la crise d’extinction de la diversité biologique en cours est sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Son ampleur a été mesurée par l’Évaluation des écosystèmes pour le Millénaire (MEA en anglais). Ce travail scientifique, coordonné par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), a établi, en 2005, un bilan de l’évolution des écosystèmes et de ses conséquences pour le bien-être de l’homme. Cette évaluation a démontré qu’au cours de ces cinquante dernières années, les activités humaines ont entraîné des modifications des écosystèmes plus rapides et plus étendues qu’à aucune autre période de l’humanité, et une perte substantielle de la diversité biologique sur terre, qui serait irréversible.
Selon de nombreux experts, si des mesures énergiques ne sont pas prises rapidement pour endiguer ce phénomène d’érosion de la biodiversité, au rythme actuel et d’ici à 2050, l’étendue des forêts et des prairies pourrait diminuer encore de 10 à 20%, l’effondrement des stocks de poissons se poursuivra, et la prolifération des espèces exotiques envahissantes sera amplifiée. Par ailleurs, la crise de la biodiversité et la perte des services rendus par les écosystèmes seront accentués par les changements climatiques. Les conséquences dépassent donc la sauvegarde de certaines espèces emblématiques et situent l’enjeu de la conservation de la biodiversité au premier plan des préoccupations environnementales, y compris dans le cadre de l’adaptation au réchauffement climatique.
Toutefois, la prise de conscience de la crise de la biodiversité reste à construire. Cette crise apparaît comme étant diffuse, éloignée de la vie quotidienne des hommes et complexe dans ses causes et ses dynamiques. Pourtant, il s’agit également d’une crise planétaire, d’autant plus si l’on considère les liens existant entre climat et biodiversité : si la biodiversité est menacée par le changement climatique, sa préservation peut enrayer les effets de celui-ci. Aujourd’hui, il manque encore un message scientifique et politique fort sur la réalité et la portée de cette menace, qui puisse faire connaître celle-ci à l’opinion publique et lui en faire mesurer les risques.
La perte de biodiversité est un défi mondial menaçant la stabilité même des écosystèmes qui pourraient ne plus être en mesure de fournir des services essentiels pour notre bien-être et notre survie. Au-delà des aspects culturels et esthétiques qui lient l’homme à la nature, sont aussi et surtout mis en jeu les services de production (de nourriture, de bois...) ainsi que ceux de régulation et de support (fourniture d’air pur, prévention de la diffusion des organismes pathogènes, protection contre les catastrophes naturelles).
Il existe un grand nombre d’instruments internationaux, de portée mondiale ou régionale, qui tentent de répondre à ces enjeux. Les premiers instruments ont développé des approches basées sur la protection de la nature ou de préservation des espèces menacées (Commission Baleinière Internationale, Convention de Rome sur les espèces migratrices, Convention de Berne sur la conservation de la vie sauvage en Europe) ou de protection des habitats (législation de l’UE, Convention de Ramsar sur les zones humides, Convention alpine). Le commerce des espèces menacées et de leurs produits dérivés est également réglementé de manière stricte, à travers la convention CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), seule convention traitant de protection de la biodiversité à caractère contraignant.
En 1992, lors du Sommet de la Terre à Rio, a été adoptée la Convention sur la Diversité Biologique (CDB). Cette convention qui rassemble aujourd’hui 191 États, à l’exception notable des Etats-Unis, a vocation à encadrer les autres instruments plus spécialisés traitant de biodiversité. Elle a permis de formaliser les trois piliers du système international en matière de biodiversité :
conservation de la biodiversité : désignation d’aires protégées, conservation des espèces et des espaces ;
utilisation durable de la biodiversité ;
accès et partage équitable des avantages découlant de l’utilisation des ressources génétiques.
L’élaboration d’un régime international sur l’accès et le partage des avantages issus des ressources génétiques (APA, ABS en anglais) fait actuellement l’objet de négociations qui ont été lancées lors du Sommet de Johannesburg de 2002. La neuvième Conférence des Parties à la CDB (COP9) en mai 2008 a débouché sur une feuille de route fixant le calendrier de négociations du régime d’APA, en vue de son adoption d’ici 2010. Les enjeux d’un régime d’APA sont multiples. Sur le plan économique, les régimes de propriété intellectuelle et les conditions de brevetabilité du vivant influencent les investissements dans la recherche, et donc l’innovation. Sur le plan politico-culturel, le partage de la valeur constitue un facteur de justice sociale pour rétribuer les populations, et en particulier les peuples autochtones, directement impliquées dans la préservation de la ressource, celle-ci pouvant nécessiter l’utilisation de savoirs traditionnels et donc constituer un outil de valorisation économique. Enfin, compte tenu du rôle des chercheurs travaillant sur la taxonomie et la systématique, ainsi que dans les domaines de la recherche appliquée, les enjeux d’un régime d’APA sont également scientifiques. La France, pays développé, mais aussi pays mega-divers (les plus riches en biodiversité) au titre de la forêt tropicale de la Guyane, est dans une position inhabituelle : c’est un des rares pays à être concerné à la fois par les questions d’accès et par celles de partage des avantages.
S’agissant de la conservation de la biodiversité, la 6ème Conférence des Parties de la CDB a fixé en 2002 un objectif mondial de réduction significative du rythme de perte de la biodiversité d’ici à 2010 (« objectif 2010 »). Force est de constater que cet objectif ne sera probablement pas atteint. Les raisons sont nombreuses. Pour les pays en développement, la responsabilité partagée de l’avenir de la biosphère est liée à celle de leur développement. Les ressources naturelles sont, pour eux, moins un capital à protéger qu’un capital à exploiter. Même si les pays émergents qui exercent une forte pression sur les ressources naturelles sont de plus en plus conscients du caractère non soutenable de leur développement, la satisfaction des besoins de leur population en expansion rapide et en forte demande de revenu, prime sur tout.
L’insuffisante mobilisation internationale sur cette question tient sans doute au caractère « peu global » de ce bien - la disparition d’une espèce est un phénomène local - à la difficulté d’ appréciation de l’impact économique de la réduction de la biodiversité qui est faible sur les économies développées (industries des molécules biologiques mises à part, mais celles-ci s’accommodent bien de la situation présente qui lui permet une exploration sans grandes contraintes). La France a tenté lors de la Conférence de Paris en 2005 de relancer la mobilisation internationale à travers la mise en place d’un « GIEC [1] biodiversité », la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques ou IPBES (acronyme anglais).
Comme le GIEC, l’IPBES produirait des rapports globaux et régionaux sur l’état de la biodiversité, ses évolutions et les conséquences économiques et sociales de son érosion ; il établirait des scénarios à court et moyen termes permettant aux politiques d’évaluer l’impact de leurs décisions sur l’environnement, notamment en termes économiques. Cette plate-forme pourrait ainsi, poursuivre et renforcer l’évaluation entamée par l’économiste Pavan Sukhdev sur le coût économique de la biodiversité et des services rendus par les écosystèmes, comme l’avait fait le rapport Stern pour le climat.
Depuis le lancement de cette initiative en 2005, un certain nombre de pays ont manifesté leur soutien et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) joue maintenant un rôle actif dans la poursuite du processus.
La mesure de cette différence d’approche entre pays développés et pays en développement est indispensable à la formulation des positions internationales. A long terme, il ne peut y avoir d’alliance Nord-Sud qu’à travers une meilleure prise en compte des préoccupations du Sud : des actions de coopération et de renforcement de capacités sont donc, dans ce domaine comme dans d’autres, indispensables.
La France espère donc que l’année 2010, « année de la biodiversité », sera aussi celle de la création de l’IPBES, annonce qui pourrait être faite lors de la session spéciale sur la biodiversité à l’Assemblée Générale des Nations Unies (AGNU) de septembre 2010 ou de la prochaine Conférence des Parties à la CDB qui se tiendra à Nagoya à l’automne.
En 2004, la France a adopté une Stratégie nationale pour la biodiversité. Elle a déjà expérimenté sur son territoire de multiples formes de conservation et de valorisation des ressources naturelles (collections et jardins botaniques, parcs naturels régionaux) et présente un bilan honorable en matière de protection de la biodiversité et de gestion forestière.
Au plan européen, la France est impliquée au travers de l’application de directives européennes comme la directive Oiseaux ou encore la directive Habitat-Faune-Flore, qui la complète et s’appuie sur les exigences de la Convention de Berne traitant de la conservation de la vie sauvage en Europe. Elle participe dans ce cadre activement au développement du réseau Natura 2000 de sites protégés de l’Union européenne.
Au plan international, la France appuie, via son aide bilatérale (Agence Française de Développement ou AFD, Fonds Français pour l’Environnement Mondial ou FFEM [établir un lien avec le dossier Fonds Français pour l’Environnement Mondial]) et multilatérale (Fonds pour l’Environnement Mondial ou FEM [établir un lien avec le dossier Fonds pour l’Environnement Mondial], Banque Mondiale ou BM), les projets impliquant une utilisation durable des ressources naturelles, renforçant l’existence du lien entre protection de l’environnement et lutte contre la pauvreté et impliquant les populations autochtones et locales. En pratique, il s’agit (1) de développer les aires protégées, avec des niveaux adaptés, variables de restriction des activités humaines, de façon à préserver des habitats et des corridors de taille et de diversité suffisante pour permettre la survie d’espèces et (2) de façon générale d’adapter toutes les activités humaines (infrastructures, agricultures) de façon à assurer la survie des espèces, y compris dans un environnement exploité par l’homme. Enfin, elle travaille en partenariat avec les grandes ONG environnementales. Ses partenaires privilégiés sont le World Wide Fund for Nature (WWF), le Conservation International (CI), et l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) avec laquelle elle a signé en 2005 un accord-cadre de partenariat qui a été renouvelé en septembre 2009 pour quatre années supplémentaires.
À consulter
Conférence sur la biodiversité (Putrajaya, Malaisie, 10 au 12 novembre 2008)
Évaluation des écosystèmes pour le Millénaire :
www.millenniumassessment.org/fr/index.aspx
Convention-cadre sur la diversité biologique :
www.cbd.int/
Ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer :
www.developpement-durable.gouv.fr/
Mise en ligne : 25.11.09
[1] Groupe d’expert Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat