Les populations civiles sont les premières victimes des conflits armés contemporains. Au cours de la dernière décennie, les guerres auraient coûté la vie à 2 millions d’enfants et en auraient mutilé 6 millions. Nombre d’entre eux ont été victimes de violences sexuelles. 23 millions d’enfants sont réfugiés ou victimes de déplacements forcés, souvent séparés de leur famille ou orphelins. 10 000 enfants sont chaque année victimes des mines anti-personnel. Au cœur de la guerre moderne, ils sont plus de 250 000 dans le monde à les vivre comme enfants soldats.
Sommaire

Silhouette d’un soldat en arme.
© Unicef 2001-Lemoyne
La communauté internationale a été alertée de la nécessité d’un engagement pour la protection des enfants dans les conflits armés, et particulièrement des enfants soldats, par un rapport remis par Madame Graça Machel au Secrétaire général des Nations Unies en 1996 ( « Conséquences des conflits armés sur les enfants »).
La France a beaucoup œuvré à l’élaboration d’un arsenal de normes protectrices des enfants dans la guerre. Aux dispositions des Conventions de Genève de 1949 et de leurs protocoles additionnels de 1977 protégeant les civils, se sont ajoutés la Convention relative aux droits de l’enfant (1989), qui interdit l’enrôlement des enfants de moins de 15 ans, et surtout son Protocole additionnel sur la protection des enfants dans les conflits armés (2000), qui relève à 18 ans l’âge minimal de recrutement. Ce protocole, entré en vigueur en 2002, a été signé à ce jour par 122 Etats et ratifié par 110 Etats. Enfin, le Statut de la Cour pénale internationale (1998) qualifie de crimes de guerre l’utilisation de mineurs de moins de 15 ans dans les conflits, l’attaque intentionnelle des hôpitaux ou des écoles et les violences sexuelles utilisées comme intimidation.
La France est partie à l’ensemble de ces instruments et a ratifié le Protocole facultatif à la Convention sur les droits de l’enfant en février 2003. L’effort de la communauté internationale porte désormais principalement sur l’application de ces normes. En particulier, les institutions internationales tentent d’améliorer la protection des enfants et oeuvrent à leur démobilisation ainsi qu’à leur réhabilitation psychologique et sociale. L’UNICEF joue un rôle de premier plan et assure une fonction de coordination entre agences, programmes des Nations unies et ONG. De plus, la Coalition to stop the use of child soldiers créée en 1998 regroupe des organisations de premier plan dans les domaines humanitaire et de défense des droits de l’homme.
Les enfants soldats sont les garçons ou filles, âgés de moins de 18 ans, membres de manière volontaire ou forcée d’une force combattante (armée gouvernementale ou groupe armé) quelque soit la fonction qu’il exerce (combattants, éclaireurs, espions, serviteurs, esclaves sexuels). La participation directe aux hostilités ou l’usage d’une arme par l’enfant n’est pas un critère déterminant et les filles utilisées comme esclaves sexuelles ou soumises à des mariages forcés au sein d’une force armée sont considérées comme des enfants soldats. C’est pourquoi on parle aujourd’hui d’enfants associés aux groupes et forces armés. Les stratégies de prévention de leur enrôlement ont été conçues pour la première fois en avril 1997 dans les Principes du Cap , lors d’une conférence réunissant en Afrique du Sud l’UNICEF et plusieurs ONG. Le Secrétaire Général des Nations Unies a présenté, le 26 octobre 2006 un rapport sur les enfants dans les conflits armés dans lequel il liste les pays où des enfants sont recrutés par des forces ou groupes armés.
Les jeunes filles sont recrutées à double titre, comme enfants, et comme étant de sexe féminin, par les groupes rebelles, plus que par les armées régulières. Dans certains groupes armés la proportion de filles peut atteindre 40% des effectifs. La violence sexuelle sur les femmes et les filles est un aspect systématique des conflits modernes. Elles sont utilisées comme esclaves sexuelles mais aussi comme combattantes , bombes humaines, ou servantes.
Qu’ils soient « volontaires » ou enlevés pour être enrôlés de force dans différentes fonctions, ces enfants, garçons et filles, ont été alternativement témoins de violences, en tant que bourreaux comme en tant que victimes. En l’absence de réinsertion, ces enfants peuvent contribuer à l’enlisement et à la récurrence des conflits, ainsi que freiner le développement de leur pays. Pendant longtemps la démobilisation des enfants soldats s’est produite de manière désorganisée. L’enjeu des programmes Désarmement, Démobilisation, Réintégration (DDR) - outil fondamental pour sortir les enfants de ces conflits - est double : sortir les enfants du groupe armé et les prendre en charge ; accompagner les enfants dans le retour à la vie civile. La réinsertion familiale et sociale présente souvent des difficultés liées à la durée de l’éloignement, aux violences commises ou subies et au rejet de l’autorité.
En savoir plus sur le programme de démobilisation et de réintégration
La France joue un rôle de premier plan aux Nations unies comme au sein de l’Union Européenne.
La France mène une action de pointe dans le cadre du Conseil de Sécurité et préside, depuis sa création, en novembre 2005 le groupe de travail du Conseil de sécurité sur les enfants et les conflits armés. Sous impulsion française, le Conseil de sécurité a inscrit depuis 1999 la question des enfants dans les conflits armés à son ordre du jour et adopté à l’unanimité une série de résolutions visant à accroître progressivement la pression de la communauté internationale sur les auteurs de violations des droits des enfants. La France estime que le Conseil de sécurité doit être prêt à adopter des mesures concrètes ciblées à l’encontre des parties qui refuseraient de coopérer avec les Nations unies en vue de la libération de tous les enfants soldats.

©Minul-E.Kanalstein
Par ailleurs les Nations unies se sont dotées en 1997 d’un Représentant du Secrétaire général sur les enfants dans les conflits armés (Mme Radhika Coomaraswamy assume cette responsabilité depuis 2006) qui rend compte l’Assemblée Générale des Nations Unies, au Conseil des Droits de l’Homme et au Conseil de sécurité. Sa mission est orientée vers la sensibilisation des acteurs, la médiation avec les parties aux conflits et la coordination des actions. Ses rapports comportent en annexe, depuis 2001, à la demande du Conseil de sécurité, une « liste noire » des pays ou groupes armés ayant recours à des enfants soldats.
Afin de renforcer la visibilité de l’action en faveur des enfants dans les conflits armés, la France, avec l’UNICEF, organise une conférence ministérielle à Paris les 5 et 6 février 2007. Cette conférence sera l’occasion de présenter les nouveaux « Principes de Paris » qui serviront de base à la formulation de programmes et à l’adoption d’un cadre de référence exhaustif identifiant les bonnes pratiques en faveur de la prévention, de la libération et de la réinsertion des enfants associés aux groupes et forces armées. Elle permettra par ailleurs de réunir le plus grand nombre possible d’Etats représentés à la conférence autour de l’adoption d’une déclaration finale dénommée « les engagements de Paris ».
Depuis 1999, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté six résolutions majeures visant à combattre le phénomène des enfants soldats. La France est à l’origine de trois d’entre elles (1379,1539 et 1612). Les résolutions 1261 (1999) et 1314 (2000) amorcent l’engagement du Conseil de sécurité sur ce thème en condamnant le recrutement d’enfants et en invitant les Etats à signer le Protocole additionnel relatif à la participation des enfants aux conflits armés.
Dans la résolution 1379 (2001) le Conseil de sécurité invite le Secrétaire général à lui présenter annuellement une « liste noire » des parties à un conflit armé recrutant ou utilisant des enfants soldats : elle est à la fois un moyen d’appeler l’attention de la communauté internationale sur des abus flagrants et un instrument au service des programmes de développement. La première liste de ce genre est soumise au Conseil de sécurité en 2003 et vise 23 pays. En outre, la résolution 1379 appelle les institutions financières internationales et de développement à soutenir les actions de rééducation, démobilisation et réinsertion.
En savoir plus sur le programme de rééducation, démobilisation et réinsertion
La résolution 1460 (2003) pérennise cette liste et élargit sa portée en ouvrant la voie à des sanctions ciblées contre les responsables. Elle prévoit également l’intégration plus systématique de la protection des enfants dans l’activité des opérations de maintien de la paix. La résolution 1539 du 22 avril 2004, initiée par la France, reprend cet acquis et vise à une mise en œuvre plus efficace des normes existantes en instaurant un mécanisme de suivi. Les acteurs des Nations unies présents sur le terrain seront chargés d’évaluer les progrès des forces ou groupes placés sur la première partie de la « liste noire », afin que le Conseil de sécurité puisse prendre d’éventuelles mesures à leur encontre sur la base d’informations fiables et précises. Des sanctions sont prévues en cas de défaut de coopération. La résolution encourage enfin l’action des organisations régionales, telles la CEDEAO ou l’UE, pour la protection des enfants dans les conflits armés.
La résolution 1612 du 26 juillet 2005, déposée par le Bénin et la France, prévoit, outre la mise en place du mécanisme de surveillance, la création d’un groupe de travail du Conseil de sécurité chargé de la question des enfants dans les conflits armés. Dans un premier temps, le mécanisme de suivi examine les conflits à l’ordre du jour du Conseil de sécurité impliquant des enfants. Une réunion publique du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies s’est tenue, sous présidence française, à New York, le 24 juillet 2006, sur le thème des enfants dans les conflits armés. Cette rencontre, présidée par l’Ambassadeur, Représentant Permanent de la France au Conseil de Sécurité, M. Jean-Marc Rochereau de la Sablière, a permis de donner une impulsion politique à la dynamique engagée par le Conseil de Sécurité sur ces questions, conformément à la résolution 1612. A l’issue de ce débat, a été adoptée une déclaration présidentielle par laquelle les Etats membres réaffirment leur soutien au Groupe de travail et renouvellent leur engagement à coopérer très fortement sur ce sujet La France a annoncé, à cette occasion, une nouvelle contribution de 5 millions d’euros à l’UNICEF, témoignant ainsi de son soutien effectif à l’action des Nations Unies dans le domaine des enfants soldats.
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Déclaration du Président du Conseil de sécurité (New York, 24 juillet 2006)
La France participe activement au plan d’action de l’Union Européenne. L’Union Européenne a adopté des lignes directrices sur les enfants dans les conflits armés le 8 décembre 2003. Afin de mettre en oeuvre ces orientations, l’UE a adopté le 9 décembre 2004 un plan d’action sur les enfants dans les conflits armés concentré sur 13 pays particulièrement touchés, dont l’Ouganda et le Burundi. Les pays de l’UE sont appelés à mettre en place des projets de coopération conjoints dans ces pays.
L’Union européenne a adopté le 8 décembre 2003, des lignes directrices sur les enfants dans les conflits armés, après consultation avec le rapporteur spécial, l’UNICEF et les ONG. Elles témoignent de l’engagement de l’UE à se doter d’une vaste palette d’instruments pour encourager la protection des enfants : démarches dans le cadre politique, prise en compte de la problématique des enfants dans les conflits armés dans l’ensemble des relations extérieures et dans la gestion des crises, notamment dans les opérations de paix.
Cette thématique est également prise en compte dans le cadre des programmes humanitaires opérés par ECHO, des programmes de désarmement concernant les armes légères et de petit calibre et les mines anti-personnel, des programmes en direction des personnes déplacées, ou encore des programmes de coopération (notamment l’Initiative européenne pour la démocratie et les droits de l’homme).
Les lignes directrices ont abouti à l’adoption, le 9 décembre 2004, d’un plan d’action de l’UE sur les enfants dans les conflits armés, qui vise à leur donner une traduction plus pratique. Ce plan vise notamment à promouvoir une meilleure coordination des actions de coopération des Etats membres et de la Commission dans les pays concernés. Les Etats membres sont invités à coordonner leurs coopérations sous la houlette de "pays chefs de file" dans 5 domaines au choix : éducation, prévention du recrutement et démobilisation, prévention des violences sexuelles, aide humanitaire, protection.
L’UE a effectué dans ce cadre en 2005 des démarches de sensibilisation auprès de la Côte d’Ivoire, du Burundi, du Soudan et du Liberia. Les ambassades des pays membres de l’UE au Népal ont également proposé un plan d’action local. La mise en œuvre des lignes directrices et du plan d’action sera évaluée par l’UE à la fin de l’année 2007 ?.
La France consacre une partie de son Aide Publique au Développement à la question des enfants dans les conflits armés et renforce sa coopération avec l’UNICEF, le HCR et les ONG les plus directement concernées.